LIVRE XXI. S
maque leur répondait : Polydamas ^ il est vrai ^ sait la guerre; mais il aime la paix; et voilà les deux choses qu'il faut souhaiter. Un homme qui connaît les malheurs, les dangers^ et les difficultés de la guerre, est bien plus capable de l'éviter qu'un autre qui n'en a aucune expérience. Il a appris à goûter le bonheur d'une^ie tranquille; il a condamné les entreprises d'Â*draste; il en a prévu les suites funestes. Un prince faible, ignorant, et sans expérience^ est plus à craindre pour vous qu'un homme qui connaîtra et qui décidera tout par lui-même. Le prince faible et ignorant ne verra que par les yeux d'un favori passionné, ou d'un ministre flatteur, inquiet et ambitieux : ainsi ce prince aveugle s'engagera à la gueiTe sans la vouloir faire. Vous ne pourrez jamais vous assurer de lui, car il ne pourra être sur de lui-même; il vous manquera de parole ; il vous réduira bientôt h cette extrémité, qu'il faudra, ou que vous le fassiez périr, ou qu'il vous accable. N'est-il pas plus utile , plus sûr, et en niêitie temps plus juste et plus noble, de répondre fidèlement à la confiance des Dauniens , et de leur donner un roi digne de commander?
Toute rassemblée fut persuadée par ce dis-
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cours. On alla proposer Polydamas aux Daunîens^ qui attendaient une réponse avec impatience. Quand ils entendirent le nom de Polydamas, ils répondirent : Nous reconnaissons bien maintenant que les princes alliés veulent agir de bonne foi avec nous, et faire une paix éternelle , puisqu'ils nous veulent donner pour roi un bomme si vertueux , et si capable de nous gouverner. Si on nous eût proposé un homme lâche, efféminé, et mal instruit, nous aurions cru qu'on ne cherchait qu'à nous abattre et qu'à corrrompre la forme de notre gouvei^ nement; nous aurions conservé en secret un vif ressentiment d'une conduite si dure et si artificieuse : mais le choix de Polydamas nous montre une véritable candeur. Les alliés , sans doute, n'attendent rien de nous que de juste et de noble , puisqu'ils nous accordent un roi qui est incapable de feire rien contre la liberté et contre la gloire de notre nation : aussi pouvonsnous protester, à la face des justes dieux, que les fleuves remonteront vers leurs sources avant que nous cessions d'aimer des peuples si bien-faisans. Puissent nos derniers neveux se souvenir du bienfait que nous recevons aujourd'hui, et renouveler de génération en génération la