LIVRE xxm
naires : ne faites que ce que nul autre ne peut faire pour vous soulager; vous ferez alors les véritables fonctions de roi.
On me presse encore , disait Idoménée ^ de faire certains mariages. Les personnes d'une naissance distinguée qui m'ont suivi dans toutes les guerres*, et qui ont perdu de très-grands biens en me servant, voudraient trouver une espèce ,de récompense en épousant certaines filles riches : je n'ai qu'un mot à dire pour leur procurer ces établissemens.
Il est vrai, répondait Mentor, qu^il ne vous en coûterait qu'un mot ; mais ce mot lui-même vous coûterait trop cher. Voudriez-vous ôter aux pères et aux mères la liberté et la consolation de choisir leurs gendres, et par conséquent leurs héritiers? ce serait mettre toutes les femilles dans le plus rigoureux esclavage; vous vous rendriez responsable de tous les malheurs domestiques de vos citoyens. Les mariages ont assez d'épines , sans leur donner encore cette amertume. Si vous avez des serviteurs fidèles à récompenser, donnez-leuc des terres incultes; ajoutez-y des rangs et des honneurs proportionnés à leur condition et à leurs services; ajoutez-y, s'il le faut, quelque argent
pris par vos épargnes sur les fonds destines k votre dépense ; mais ne payez jamais vos dettes en sacrifiant les filles riches malgré leurs parens.
Idoménée passa bientôt de cette question à une autre. Les Sibarites, disait-il, se plaignent de ce que nous avons usurpé des terres qui leur appartiennent, et de ce que nous les avons données , comme des champs à défricher , aux étrangers que nous avons attirés depuis peu ici : céderai-je à ces peuples? Si je le fais, chacun croira qu'il n'a qu'à former des prétentions sur nous.
U n'est pas juste , répondit Mentor, de croire les Sibarites dans leur propre cause; mais il n'est pas juste aussi de vous croire dans la vôtre. Qui croirons-nous donc? repartit Idoménée. U ne faut croire ,^ poursuivit Mentor, aucune des deux parties; mais il faut prendre pour arbitre un peuple voisin qui ne soit suspect d'aucun côté : tels sont les Sipontins ; ils n'ont aucun in térèt contraire aux vôtres.^
Mais suis-}e obligé , répondit Idoménée , à croire quelque arbitre? ne suis-je pas roi? Un souverain est-il obligé à se soumettre à des étran-^ gers sur l'étendue de sa domination?