LIVRE XV. i
sentb touché de cette intrépidité et de cettepatience. J'eus honte d'avoir voulu, dansce premier transport ^ me servir de m^s armes pour tuer celui qui me les avait fait rendre; mais,, comme mon ressentiment n'était pas encore, apaisé , j'étais inconsolable de devoir mes armes à un homme que je haïssais tant. Cependant Néoptolème me disait : Sachez que le divin Hélénus, fils de Priam, étant sorti de la ville de Troie par l'ordre et par Tinspiration des dieux^^ nous a dévoilé l'avenir; La malheureuse Troie tombera, 9-t-il dit; mais elle ne peut tomber qu'après qu'elle aura été attaquée par celui qui» tient les flèches d'Hercule : cet homme ne peut guérir que quand il sera devant les murailles de Troie; les enfans d'Esculape le guériront.
En ce moment je sentis mon cœur partagé :
j'étais touché de la naïveté de Néoptolème et de la bonne foi avec laquelle il m'avait rendu mon arc; mais je ne pouvais me résoudre à voir encore le jour, s'il fallait céder à Ulysse.; et une mauvaise honte me tenait en suspens. Me verra-: t-on ^disais-je en nioi-méme, avec Ulysse et avec les Atrides? Que croira-t^on de moi?
Pendant que j'étais dans cette incertitude, tout à coup j'entends une voix plus qu'humaine :
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je vois Hercule dans un nuage éclatant; il était environné de rayons de gloire. Je reconnus facilement ses traits un peu rudes, son corps robuste et ses manières simples; mais il avait une hauteur et une majesté qui n'avaient jamais paru si grandes en lui quand il domptait les monstres. Il me dit :
Tu entends, tu vois Hercule. J'ai quitté le haut Olympe pour t'annoncer les ordres de Jupiter. Tu sais par quels travaux j'ai acquis l'immortalité : il faut que tu ailles avec le fils d'Achille, pour marcher sur mes traces dans le chemin de la gloire. Tu guériras; tu perceras de mes flèches Paris auteur de tant de maux. Après la prise de Troie, tu enverras de riches dépouilles à Péan ton père, sur le mont (Kta; ces dépouilles seront mises sur mon tombeau comme un monument de la victoire due à mes flèches. Et toi, 6 fils d'Achille! je te déclare que tu ne peux vaincre eansPhiloctète, ni Philoctète sans toi. Allez donc comme deux lions qui cherchent ensemble leur proie. J'enverrai Esculape à Troie pour guérir Philoctète. Surtout, A Grecs, aimez et observez la religion : le reste meurt ; elle ne meurt jamais.
UVRE XV. i^a.
Après avoir entendu ces paroles , je m'écriai : heureux jour, douce lumière, tu te montres enfin .après tant d'années! Je t'obéis^ je pars après avoir salué ces lieux. Adieu , cher antre. Adieu ^ nymphes de ces prés humides; je n'entendrai plus le bruit sourd des vagues de cette mer. Adieu ^ rivage où tant de fois j'ai souflert les injures de Tair.* Adieu, promoyntoire où Écho répéta tant de fois mes gémissenaens. Adieu, douces fontaines qui me fûtes si amères. Adieu, ô terre de Lemnos; laisse-moi partir heureusement, puisque je vais où m'appelle la volonté des dieux et de mes amis !
Ainsi nous partîmes : nous arrivâmes au siège de Troie. Machaon et Podalyre , par la divine science de leur père Esculape, me guérirent, ou du moins me mirent dans l'état où vous me voyez. Je ne souffre plus; j'ai retrouvé toute ma vigueur; mais je suis un peu boiteux. Je fis tomber Paris comme un timide faon de biche qu'un chasseur perce de ses traits. Bientôt Ilion fut réduite en cendres; vous savez le reste. J'avais néanmoins encore je ne sais quelle aversion pour le sage Ulysse, par le souvenir de mes maux; et sa vertu ne pouvait apaiser ce ressentiment :
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mais la vue d'un fils qui lui ressemble , et que je ne puis m'empécher d^aimer, m'attendrit le cœur pour le père même.