‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 108 sur 228 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

à la famille assemblée les nouvelles chansoos qu'il a apprises dans les hameaux voisins. Le laboureur rentre avec sa charrae ; et ses bœufs fatigués marchent, le cou penché , d'un pas lent et tardif, malgré l'aiguillon qui les presse. Tous les maux du travail finissent avec la Journée. Les pavots que le sonmieil, par l'ordre des dieux, répand sur la terre, apaisent tous les noirs soucis par leurs charmes, et tiennent toute la nature dans un doux enchantement; chacun s'endort, sans prévoir les peines du lendemain.

Heareax ces hommes sans ambition , sans défiance , sans artifice, pourvu que les dieux leur donnent un bon roi qui ne trouble point leur joie innocente! Mais quelle horrible inhumanité que de leur arracher, pour des desseins pleins de faste et d'ambition, les doux fruits de leur terre, qu'ils ne tiennent que de la libérale nature et de la sueur de leur front I La nature seule tirerait de son sein fécond tout ce qu'il faudrait pour un nombre infini d'hommes modérés et laborieux; mais c'est l'orgueil et la mollesse de certains hommes qui en mettent tant d'autres dans une affreuse pauvreté.

Que ferai-je, disait Idoménée,.si ces peuples que je répandrai dans ces fertiles campagnes négligent de les culliver?

Faites, lui répondait Mentor, tout le contraire de ce qu'on fait communément. Ces princes avides et sans prévoyance ne songent qu'à charger d'impôts ceux d'entre leurs sujets qui sont les plus vigilants et les plus industrieux pour faire valoir leurs biens ; c'est qu'ils espèrent en être payés plus facilement : en même temps , ils chargent moins ceux que la paresse rend plus misérables. Renversez ce mauvais ordre , qui accable les bons, qui récompense le vice, et qui introduit une négligence aussi funeste au roi

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même qu'à tout TÉtat. Mettez destaxes , des amendes, et même, s'il le faut, d'autres peines rigoureuses , sur ceux qui négligeront leurs champs, comme vous puniriez des soldats qui abandonneraient leurs postes dans la guerre : au contraire , domiez des grâces et des exemptions aux familles qui, se multipliant, augmentent à proportion la culture de leurs terres. Bientôt les familles se multiplieront, et tout le monde s'animera au travail ; il deviendra même honorable. La profession de laboureur ne sera plus méprisée , n'étant plus accablée de tant de maux. Ou reverra la charrue en honneur, maniée par des mains victorieuses qui auraient défendu la patrie. Il ne sera pas moins beau de cultiver l'héritage reçu de ses ancêtres , pendant une heureuse paix , que de l'avoir défendu généreusement pendant les troubles de la guerre. Toute la campagne refleurira : Cérès se couronnera d'épis dorés ; Bacchus , foulant à ses pieds les raisins , fera couler, du penchant des montagnes des ruisseaux de vin plus doux que le nectar : les creux vallons retentiront des concerts des bergers, qui, le long des clairs ruisseaux, joindront leurs voix avec leurs flûtes, pendant que leurs t];oupeaux bondissants paîtront sur l'herbe et parmi les fleurs , sans craindre les loups.

Ne serez-vous pas trop heureux, ô Idoménée , d'être la source de tant de biens , et de faire vivre , à l'ombre de votre nom, tant de peuples dans un si aimable repos? Cette gloire n'est-elle pas plus touchante que celle de ravager la terre, de répandre partout, et presque autant chez soi , au milieu même des victoires , que chez les étrangers vaincus, le carnage, le trouble, l'horreur, la langueur, la consternation , la cruelle faim, et le désespoir?

Oh ! heureux le roi assez aimé des dieux , et d'un cœur assez grand, pour entreprendre d'être ainsi les délices des

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