LIVRE XL Ï
allait élever sur ses mines. Mais Protésilas cherchait avec empressement Philoclès ; il voulait lui faire pitié, et l'engager à demander au roi qu'il pût retourner àSalente. Philoclès était trop sincère pour lui promettre de travaiNer à lefaire rappeler , car il savait mieux que personne combien son retour eût été pernicieux : mais il lui parla fort doucement, lui témoigna de la compassion, tâcha de le consoler, l'exhorta à apaiser les dieux par des mœurs pures , et par une grande patience dans ses maux. Gomme il avait' appris que le roi avait ôté à Protésilas tous ses bieos injustement acquis , il lui promit deux choses , qu'il exécuta fidèlement dans la suite : l'une fut de prendre soin de sa femme et de ses enfants , qui étaient demeurés à Salente , dans une affreuse pauvreté , exposés à Tindignation publique ; l'autre était d'envoyer à Protésilas , dans cette lie éloignée, quelque secours d'argent pour adoucir sa misère.
Cependant les voiles s'enflent d'un vent favorable. Hégésippe, impatient, se hâte de faire partir Philoclès. Protésilas les voit embarquer : ses yeux demeurent attachés et immobiles sur le rivage; ils suivent le vaisseau qui fend les ondes , et que le vent éloigne toujours. Lors même qu'il ne peut plus le voir, il en repeint encore l'image dans son esprit. Enfla , troublé , furieux , livré à son désespoir, il s'arrache les cheveux, se roule sur le saUe, reproche aux dieux leur rigueur, appelle en vain à son secours la cruelle mort, qui , sourde à ses prières , ne daigne le délivrer de tant de maux , et qu'il n'a pas le courage de se donner lui-même.
Cependant le vaisseau, favorisé de Neptune et de» vents, arriva bientôt à Salente. On vint dire au roi qu'il entrait déjà dans le port : aussitôt il courut au-devant de Philoclès avec Mentor; il l'embrassa tendrement, lui témoigna
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lin sensible regret de Ta voir persécuté avec tant dinjustice. Cet aveu , bien I in de paraître une faiblesse dans un roi , fut regardé par tous les Salentins comme Teffort d*une grande âme qui s*élève au-dessus de ses propres fautes , en les avouant avec courage pour les réparer. Tout le monde pleurait de joie de revoir Thommede bien qui avait toujours aimé le peuple, et d'entendre le roi parler avec tant de sagesse et de bouté. Philoclès, avec un air respectueux et modeste , recevait les caresses du roi , et avait impatience de se dérober aux acclamations du peuple ; il suivit le roi au palais. Bientôt Mentor et lui furent dans la même confiance que s'ils avaient passé leur vie ensemble, quoiqu'ils ne se fussent jamais vus : c'est que les dieux , qui ont refusé aux méchants d s yeux pour connaître les bons , ont donné aux bons de quoi se connaître les uns les autres. Ceux qui ont le goût de la vertu ne peuvent être ensemble sans être unis par la vertu qu'ils aiment.
Bientôt Philoclès demanda au roi de se retirer, auprès de Salente, dans une solitude , où il continua à vivre pauvrement comme il avait vécu à Samos. Le roi allait avec IVf entor le voir presque tous les jours dans son désert. C'est là qu'on examinait les moyens d'affermir les lois, et de donner une forme solide au gouvernement pour le bonheur public.
Les deux principales choses qu'on examina furent l'éducation des enfants , et la manière de vivre pendant la paix. Pour les enfants , Mentor disait : Ils appartiennent moins à leurs parents qu'à la république; ils sont les enfants du peuple, ils en sont l'espérance et la force; il n'est pas temps de les corriger quand ils se sont corrompus. C*ost peu que de les exclure des emplois , lorsqu'on voit