‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 126 sur 228 · UVRE XI. 2CI · texte numérisé non relu

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soo pays ; on laisse les terres presque incultes ; on trouble le commerce; mais, ce qui est bien pis, on affaiblit les meUlenres lois , et on laisse corrompre les mœurs ; la jeunesse ne s*adonne plus aux lettres ; le pressant besoin fait qu*on souffre une licence pernicieuse dans les troupes ; la justice, la police, tout souffre de ce désordre. Un roi qui verse le sang de tant d*bommes , et qui cause tant de malbeurs pour acquérir un peu de gloire , ou pour étendre .les bornes de son royaume, est indigne de la gloire qu'il cbercbe, et mérite dépendre ce qu'il possède, pour avoir voulu usurper ce qui ne lui appartient pas.

Mais voici le moyen d'exercer le courage d'une nation en temps de paix. Vous avez déjà vu les exercices du corps que nous établissons, les prix qui exciteront l'émulation, les maximes de gloire et de vertu dont on remplira les Ames des enfants , presque dès le berceau , par le chant des grandes actions des héros ; ajoutez à ces secours celui d'une vie sobre et laborieuse. Mais ce n'est pas tout : aussitôt qu'un peuple allié de votre nation aura une gueiTc , il faut y envoyer la fleur de votre jeunesse , surtout ceux en qui on remarquera te génie de la guerra , et qui seront les plus propres à profiter de Texpérience. Par là vous conserverez une haute réputation chez vos alliés : votre alliance sera recherchée , on craindm de la perdre : sans avoir la guerre chez vous et à vos dépens, vous aurez toujours une jeunesse aguerrie et intrépide. Quoique vous ayez la paix chez vous, vous ne laisserez pas de traiter avec de grands honneurs ceux qui auront le talent de la guerre : car le vrai moyen d'éloigner la guerre et de conserver une longue paix, c'est de cultiver les armes, c'est d'honorer les.horomes qui excellent dans cette profession , c'est d'en avoir toujours qui s'y soient exercés dans les pays étrangers, et qui con-

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naissent les fçrces, la discipline militaire, et les manières de faire la guerre des peuples voisins ; c'est d'être égale* ment incapable et de faire la guerre par ambition , et de la craindre par mollesse. Alors étant toujours prêt à la faire pour la nécessité, on parvient à ne i'avoir presque jamais.

Pour les alliés, quand ils sont prêts à se faire la guerre les uns aux autres, c'est à vous à vous rendre médiateur. Par là vous acquérez une gloire plus solide et plus sûre que celle des conquérants ; vous gagnez Tamour et Testime des étrangers; i's ont tous besoin de vous : vous r^nez sur eux par la confiance, comme vous régnez sur vos sujets par l'autorité; vous devenez le aepositaire des secrets, l'arbitre des traités, le maître des cœurs ; votre réputation vole dans tous les pays les plus éloignés ; votre nom est comme un parfum délicieux qui s'exhale de pays en pays chez les peuples les plus reculés. En cet état, qu'un peuple voisin vous attaque contre les règles de la justice , il vous trouve aguerri, préparé; mais, ce qui est bien plus fort, il vous trouve aimé et secouru ; tous vos voisins s'alarment pour vous, et sont persuadés que votre conservation fait la sûreté publique. Voilà un rempart bien plus assuré que toutes les murailesdes villes , et que toutes les places les mieux fortifiées; voilà la véritable gloire. Mais qu'il y a peu de rois qui sachent la chercher, et qui ne s'en éloignent point! Ils courent après une ombre trompeuse , et laissent derrière eux le vrai honneur, faute de le connaître.

Après que Mentor eut parlé ainsi , Philoclès étonné le r^ardait ; puis il jetait les yeux sur le roi , et était charmé de voir avec quelle avidité Idoménée recueillait au fond de son cœur toutes les paroles qui sortaient, comme un fleuve de sagesse , de la bouche de cet étranger.

Minerve , sous la figure de Mentor, établissait ainsi dans

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