LIVRE XII
Le feu consuma bientôt tout ce qull y avait de terrestre et de morte! en lui. Bientôt il ne lui resta rien de tout ce qa*il avait reçu , dans sa naissance, de sa mère AIcmène; mais ii conserva , par l'ordre de Jupiter, cette nature sul>tile et immortelle, cette flamme céleste qui est le vrai principe de vie , et qu*il avait reçue du père des dieux. Ainsi il alla avec eux, sous les voûtes dorées du brillant Olympe , boire le nectar, où les dieux lui donnèrent pour épouse l'aimable Hébé , qui est la déesse de la jeunesse , et qui versait le nectar dans la coupe du grand Jupiter, avant qae Ganymède eût reçu cet honneur.
Pour moi , je trouvai une source inépuisable de douleurs dans ces flèches qu'il m'avait données pour m*élever audessus de tous les héros. Bientôt les rois ligués entreprirent de venger Ménélas de l'infâme Paris , qui avait enlevé Hélène , et de renverser Tempire de Priam. L'oracle d'Apollon leur fit entendre qu'ils ne devaient point espérer de fÎDîr heureusement cette guerre, à moins qu'ils n'eussent les flèches d'Hercule.
Ulysse votre père , qui était toujours le plus éclairé et le plus industrieux dans tous les conseils , se chargea de me persuader d'aller avec eux au siège de Troie , et d'y apporter ces flèches qu'il croyait que j'avais. Il y avait déjà longtemps qu'Hercule ne paraissait plus sur la terre : on n'entendait plus parler d'aucun nouvel exploit de ce héros; les monstres et les scélérats recommençaient à paraître impunément. Les Grecs ne savaient que croire de lui : les uns disaient qu'il était mort ; d*autres soutenaient qu'il était allé jusque sous l'Ourse glacée dompter les Scythes. Mais Ulysse soutint qu'il était mort , et entreprit de me le faire avouer. 11 me vint trouver dans un temps où je ne pouvais encore me consoler d'avoir perdu le grand Alcide. Il eut
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une extrême peine à m'aborder; car Je ne pouvais plu» voir les hommes : je ne pouvais souffrir qu'on m'arrachât de ces déserts du mont (£ta , où j'avais vu périr mon ami ; je ne songeais qu'âme repeindre l'image de ce héros, et qu'à pleurer à Ja vue de ces tristes lieux. Mais la douce et puissante persuasion était sur les lèvres de votre père : il parut presque aussi affligé que moi ; il versa des larmes; il sut gagner insensiblement mon cœur, et attirer ma confiance; il m'attendrit pour les rois grecs qui allaient combattre pour une juste cause , et qui ne pouvaient réussir sans moi. Il ne put jamais néanmoins m'arracher le secret de la mort d'Hercule , que j'avais juré de ne dire jamais ; mais il ne doutait point qu'il ne fût mort, et il me pressait de lui découvrir le lieu où j'avais caché ses cendres.
Hélas I j'eus horreur de faire un parjure, en lui disant un secret que j'avais promis aux dieux de ne dire jamais ; mais j'eus la faiblesse d'éluder mon serment, n'osant le violer ; les dieux m'en ont puni : je frappai du pied la terre à l'endroit où j'avais mis les cendres d'Hercule. Ensuite j'allai joindre les rois ligués , qui me reçurent avec la même joie qu'ils auraient reçu Hercule même. Comme je passais dans l'île de Lemnos , je voulus montrer à tous les Grecs ce que mes flèches pouvaient faire. Me préparant à percer un daim qui s'élançait dans un bois, je laissai , par mégarde , tomber la flèche de l'arc sur mon pied , et elle me flt uue blessure que je ressens encore. Aussitôt j'éprou-vai les mêmes douleurs qu'Hercule avait souffertes; je remplissais nuit et jour Tile de mes cris : un sang noir et corrompu , coulant de ma plaie , infectait l'air, et répandait dans le camp des Grecs uue puanteur capable de suffoquer les hommes les plus vigoureux. Toute l'armée eut horreur de me voir dans cette extrémité ; chacun conclut que