‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 136 sur 228 · LIVRE XIJ · texte numérisé non relu

LIVRE XIJ

paroles : O Philoctète , qu'avez-vous fait de votre raison et de votre courage? voici le moment de s'en servir. Si vous iiefîisez de nous suivre pour remplir les grands desseins de Jupiter sur vous , adieu ; vous êtes indigne d'être le libérateur de la Grèce et le destructeur de Troie. Demeurez à Lemnos; ces armes, que j'emporte, me donneront une gloire qui vous était destinée. Néoptolème , partons ; il est inutile de lui parler : la compassion pour un seul homme ne doit pas nous faire abandonner le salut de la Grèce entière.

Alors je me sentis comme une lionne à qui on vient d'arracher ses petits; elle remplit les forêts de ses rugissements. 0 caverne , disais-je , jamais je ne te quitterai , tu seras mon tombeau I 0 séjour de ma douleur, plus de nourriture , plus d'espérance ! Qui me donnera un glaive pour me pereer?Oh! si les oiseaux de proie pouvaient m'enleverl... Je ne les percerai plus de mes flèches. 0 arc précieux , arc consacré par les mains du fils de Jupiter 1 0 cher Hercule , s'il te reste encore quelque sentiment , n'es-tu pas indigné? Cet are n'est plus dans les mains de ton fidèle ami ; il est dans les mains impures et trompeuses d'Ulysse. Oiseaux de proie , bêtes farouches , ne fuyez plus cette caverne , mes mains n'ont plus de flèches. Misérable . je ne puis vous nuire , venez m'enlever t ou plut6t4|ue la foudre de l'impitoyable Jupiter m'écrase !

Votre père , ayant tenté tous les autres moyens pour me persuader, jugea enfin que le meilleur était de me rendre mes armes; il fit signe à Néoptolème, qui me les rendit aussitôt. Alors je lui dis : Digne fils d'Achille, tu montres que tu l'es. Mais laiss&4noi percer mon ennemi. Aussitôt je voulus tirer une flèche contre votre père ; mais Néoptolème m'arrêta , en me disant : La colère vous trouble, et vous empêche de voir l'indigne action que vous voulez faire.

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Pour Ulysse , il paraissait aussi trasquille contre mes flèches que contre mes injures. Je me sentis touché de cette intrépidité et de cette patience. J'eus honte d*avoir voulu , dans ce premier transport , me servir de mes armes pour tuer celui qui me les avait fait rendre; mais , comme mon ressentiment n'était pas encore apaisé, j'étais inconsolable de devoir mes armes à un homme que je haïssais tant. Cependant Néoptolème me disait : Sachez que le divin Hélénus, fils de Priam, étant sorti de la ville de Troie par Tordre et par l'inspiration des dieux, nous a dévoilé l'a* venir. La malheureuse Troie tombera , a-t>il dit ; mais elle ne peut tomber qu'après qu'elle aura été attaquée par celui <J[ui tient les flèches d'Hercule : cet homme ne peut guérir que quand il sera devant les murailles de Troie; les enfants d'Ësculape le guériront.

£n ce'moment je sentis mon cœur partagé ; j'étais touché de la naïveté de Néoptolème, et de la bonne foi avec laquelle il m'avait rendu mon arc; mais je ne pouvais me résoudre à voir encore le jour, s'il fallait céder à Ulysse; et une mauvaise honte me tenait en suspens. Me verrat-on , disais -je en moi-même, avec Ulysse et avec les Atrides? Que croira-t-on de moi?

Pendant que j'étais dans cette incertitude , tout à coup j'entends une voix plus qu'humaine : je vois Hercule dans un nuage éclatant ; il était environné de ray^jas de gloire. Je reconnus facilement ses traits un peu rudes, son corps robuste, et ses manières simples; niais il avait une hauteur et une majesté qui n'avaient jamais paru si grandes en lui quand il domptait les monstres. Il médit : Tu entends, tu vois Hercule. J'ai quitté le haut Olympe pour t'annoncer les ordres de Jupiter. Tu sais par quels travaux j'ai acquis ■" *"mortalité : il faut que tu ailles avec le fils d'Achille, Tnarcher sur mes traces dans le chemin de la gloire.

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