‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 154 sur 228 · LIVRE XIV. 3Ï · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. 3Ï

vine renverse tjous leurs Jugements superfidets; elle coqdamne souvent ce qu'ils admirent , et justifie ce qu'ils eon* damnent.

A ces mots , ce philosophe , comme frappé d'un coup de foudre» ne pouvait se supporter soi-même. La complai* sancequ'il avait eue autrefois à contempler sa modération , son courage et ses inclinations généreuses , se change en désespoir. La vue de son propre cœur, ennemi des dieux , devient son supplice : il se voit, et ne peut cesser de se voir; il voit la vanité des jugements des hommes, auxquels il a voulu plaire dans toutes ses actions : il se fait une révolution universelle de tout ce qui est au dedans de lui , comme si on bouleversait toutes ses entrail-les ; il ne se trouve plus le même : tout appui lui manque dans son cœur ; sa conscience, dont le témoignage lui avait été si doux, s'élève contre lui, et lui reproche amèrement l'égarement et l'illusion de toutes ses vertus , qui n'ont point eu le culte de la divinité pour principe et pour fin : il est troublé , consterné , plein de honte , de remords et de désespoir. Les Furies ne le tourmentent point , parce qu'il leur suf&t de l'avoir livré à lui-même , et que son j^pre cœur venge assez les dieux méprisés. Il cherche les lieux les plus sombres pour se cacher aux autres morts , ne pouvant se cadier à lui-même ; il cherche les ténèbres , et ne peut les trouver : une lumière importune le poursuit par* tout ; partout les rayons perçants de la vérité vont venger la vérité qu'il a négligé de suivre. Tout ce qu'il a aimé lui devient odieux , comme étant la source de ses maux , qui De peuvent Jamais finir. Il dit en lui-même : 0 insensé I je n'ai donc connu ni les dieux, ni les hommes , ni moi-même. Non, Je n'ai rien connu, puisque je n'ai Jamais aimé l'unique et véritable bien : tous mes pas ont été des éga-

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lemeots ; ma sagesse n'était qae folie ; ma verta n*était qu'un CN^eil impie et aveugle : j'étais moi-même mon idole.

Enfin , Télémaque aperçut les rds qui étaient condamnés pour avoir abusé de Jeur puissance. D'un côté, une Furie vengeresse leurprésentait un miroir^ qui leur montrait toute la. difformité de leurs vices : là, ils voyaient et ne pouvaient s'empêcher de voir Jeur vanité grossière et avidedes plus ridicules louanges ; leur dureté pour les hommes y àmt ils auraient dû faire la félicité ; leur insensibilité poup la vertu ; leur crainte d'entendre la vérité ; leur inclination pour les hommes lâches et flatteurs ; leur inapplication, leur mollesse Jeur inddenoe, leur défiance déj^cée, leur faste, et leur excessivemagnificence fondée sur laruine des peuples ; leur ambition pour acheter un peu de vaine gloire par le sang de leurs citoyens ; enfin leur cruauté qui cherche chaque jour de nouvelles délices parmiles larmes et ledésespoirdetantde malheureux. Ils se voyaientsans cesse dans ce miroir : ils se trouvaient plus horribles et plus monstrueuxqueni la Chimère vaincue par Bellérophon, ni l'hydre de Leme abattue par Hercule, ni GerbèreménEie , qudqu'il vomisse, de ses trois gueules béantes, un sang noir et venimeux , qui est capable d'empester toute la race des mortels vivant sur la terre.

En même temps, d'un autre côté, une autre Furie leur répétait avec insulte toutes les louanges que leurs flatteurs leur avaient données pendant leur vie, et leur présentait un autre miroir, où ils se voyaient tels que la flatterie les avait dépeints : l'opposition de ces deux peintures , si contraires, était le supplice de leur vanité. On remarquait que les plus méchants d'entre ces rois étaient ceux à qui on avait donné les plus magnifiques louanges pendant leur vie,

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