‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 174 sur 228 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

homme dormant, qui, dans un songe affreux, ouvre la bouche , et fait des efforts pour parler; mais la parole lui manque toujours » et il la cherche en vain. D'une main tremblante et précipitée, Adraste lance son dard contre Télémaque. Celui-ci, intrépide comme Tami des dieux, se couvre de son bouclier ; il semble que la Victoire , le couvrant de ses ailes, tient déjà une couronne suspendue au-dessus de sa tête : le courage doux et paisible reluit dans ses yeux ; on le prendrait pour Minerve même , tant il parait sage et mesuré au milieu des plus grands périls. Le dard lancé pas Adraste est repoussé par le bouclier. Alors Adraste se hâte de tirer son épée , pour ôter au fils dUlysse Favantage de lancer son dard à son tour. Télémaque voyant Adraste Tépée à la main , se hâte de la mettre aussi, et laisse son dard inutile.

Quand on les vit ainsi tous deux combattre de près, tous les autres combattants, en silence, mirent bas les armes pour regarder attentivement; et on attendit de leur combat la décision de toute la guerre. Les deux glaives, brillants comme les éclairs d*où partent les foudres, se croisent plusieurs fois, et portent des coups inutiles sur les armes polies , qui en retentirent. Les deux combattants s allongent, se replient, s'abaissent, se relèvent tout à coup, et enfin se saisissent. Le lierre , en naissant au pied d un ormeau , n'en serre pas plus étroitement le tronc dur et noueux par ses rameaux entrelacés jusqu'aux plus hautes branches de l'arbre, que ces deux combattants se serrent l'un l'autre. Adraste n'avait encore rien perdu de sa force; Télémaque n'avait pas encore toute la sienne. Adraste fait plusieurs efforts pour surprendre son ennemi et pour rébranler. Il tâche de saisir l'épée du jeune Grec, niais en vain : dans le moment où il la cherche , Télémaque

l'enlève de terre, et le renverse sur le sable. Alors cet impie, qui avait toujours méprisé les dieux, montre une lâche crainte de la mort ; il a honte de demander la vie , et il ne peut s*empécher de témoigner qui la désire : if tâche d'émouvoir la compassion de Télémaque. Fils d'Ulysse , ditil , enfin c'est maintenant que je connais les justes dieux ; ils me punissent oomifte je l'ai mérité : il n'y'a que le malheur qui ouvre les yeux des hommes pour voir la vérité ; je la vois , elle me condamne. Mais qu'un roi malheureux vous fasse souvenir de votre père qui est loin d'Ithaque, et touche votre cœur. •

Télémaque, qui, le tenant sous ses genoux, avait le glaive déjà levé pour lui percer la gorge, répondit aussitôt : Je n'ai voulu que la victoire et la paix des nations que je suis venu secourir ; je n*aime point à répandre le sang. Vivez donc , ô Adraste I mais vivez pour réparer vos fautes : rendez tout ce que vous avez usurpé ; rétablissez le cahne et la justice sur la côte de la grande Hespérîe , que vous avez souillée par tant de massacres et de trahisons : vivez et devenez un autre homme. Apprenez par votre chute , que les dieux sont justes ; que les méchants sont malheureux, qu'ils se th)mpenten cherchant la félicité dans la violence, dans l'inhumanité et dans le mensonge, et qu'enfin rien n'est si doux ni si heureux que la simple et constante vertu. Donnez-nous pour otage votre fils Métrodore , avec douze des principaux de votre nation.

A ces paroles, Télémaque laisse relever Adraste, et lui tend la main , sans se défier de sa mauvaise foi ; mais aussitôt Adraste lui lance un second dard fort court, qu'il tenait caché. Le dard était si aigu , et lancé avec tant d'adresse, qu'il eût percé les armes de Télémaque, si elles n'eassentété divines. En même temps, Adraste se jette

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