LIVRE III
Elle avait su gagner le cœur de Pygmalion , par sa beauté, par son esprit, par sa douce voix, et par Tharmonie de sa lyre. Pygmalion, aveuglé par un violent amour pour elle, avait abandonné la reine Topha^ son épouse. Il ne soi^eait qu'à contenter toutes les passions de Tambitieuse Astarbé : l'amour de cette femme ne lui était guère moins funeste que son infâme avarice. Mais, quoiqu'il eût tant de passion pour elle, elle n'avait pour lui que du mépris et du dégoût ; elle cachait ses vrais sentiments ; et elle faisait semblant de ne vouloir vivre que pour lui , dans le même temps où elle ne pouvait le souffrir. Il y avait à Tyr un jeune Lydien nommé iVf alachon , d*une merveilleuse beauté , mais mou , efféminé , noyé dans les plaisirs. Il ne songeait qu'à' conserver la délicatesse de son teint, qu'à peigner ses cheveux blonds flottants sur ses épaules , qu'à se parfumer, qu'adonner un tour gracieux aux plis de sa robe, enfin qu'à chanter ses amours sur sa lyre. Astarbé le vit; elle l'aima, et devint Iftirieuse. 11 la méprisa, parce qu'il était passionné pour une autre femme. D'ailleurs il craignit de s'exposer à la cruelle jalousie du roi. Astarbé , se sentant méprisée , s'abandonna à son ressentiment. Dans son désespoir, elle s'imagina qu'elle pouvait faire passer Malachon pour l'étranger que le roi faisait chercher, et qu'on disait qui était venu avec Narbal. En effet , elle lé pei*suada à Pygmalion , et corrompit tous ceux qui auraient pu te détromper. Comme il n'aimait point les hommes vertueux , et qu'il ne savait point les discerner, il n'était environné que de gens intéressés, artificieux , prêts à exécuter ses ordres injustes et sanguinaires. De telles gens craignaient l'autorité d'Astarbé , et ils lui aidaient à tromper le roi , de peur de déplaire à cette femme hautaine qui avait toute sa confiance. Ainsi Mala-
choQ, quoiqae oonna pour Lydien dans toate la villej passa pour le jeune étranger que Nail»l a^ait «mwifti^ d'Egypte : il fut mis en prism. |
Astarbé , qui craiguit que Nail»i ii*allât parler ao roi^l et ne découvrit soa imposture, envoyait en diligence i Narbal cet officier, qui iui dit ces paroles : Astarbé vous! défend de découvrir au roi quel est votre étranger ; elle ne vous demande que le siloice, et elle saura bien faire en sorte que le roi soit contât de vous :oependant bâtez- vous de faire embarquer avec les Gbypriens le jeune étranger que vous avez emmené d'Egypte, afin qu*on ne le voie plus dans la ville. Narbal , ravi de pouvoir ainsi sauver sa vie et la mienne, promit de se taire^ et l'officier, satisfait d'avoir obtenu ce qu'il demandait, s'en retooma rendre compte à Astarbé de sa commission.
Narbal et moi , nous admirâmes la bonté des dieux , qui récompensaient notre sincérité et qui ont un smn si touchant de ceuiL qui hasardent tout pour la vertu. Nous regardions avec horreur un roi livré à l'avarice et à la volupté. Celui qui craint avec tant d'excès d'être trompé, disions-uous, mérite de l'être, et l'est presque toujours grossièrement II se défie des gens de bien, et il s'abandonne à des scélérats : il est le seul qui ignore ce qui se passe. Voyez Pygmalion ; il est le jouet d'une femme sans pudeur. Cependant les dieux se servent du mensonge des méchants pour sauver les bons qui aiment mieux perdre la vie que de mentir.
En même temps nous aperçûmes que les vents changeaient, et qu'ils devenaient favorables aux vaisseaux de Chypre. Les dieux se déclarent, s'écria Narbal ; ils veulent, mon cher Télémaque , vous mettre en sûreté : fuyez cette terre cruelle et maudite I Heureux qui pourrait vous