‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 28 sur 228 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

chasser devant eux toutes les étoiles du eiel , nous reprendrons, mon cher Tclémaque, l'histoire de vos malheurs. Jamais vôtre père n*a égalé votre sagesse et votre courage : ni Achille, vaiuqueur d'Hector, ni Thésée revenu des enfers, ni même le grand Alcide, qui a purgé la terre de tant de monstres, n'ont fait voir autant de force et de vertu que vous. Je souhaite qu'un profond sommeil vous rende cette nuit courte. Mais, hélas I qu'elle sera longue pour moi 1 qu'il me tardera de vous revoir, de vous entendre , de vous faire redire ce que je sais déjà, et de vous demander ce que je ne sais pas encore I Allez, mon cher Téléraaque, avec le sage Mentor, que les dieux vous ont rendu ; allez dans cette grotte écartée, où tout est préparé pour votre repos. Je prie Morphée de répandre ses plus doux charmes sur vos paupières appesanties, de faire coulerune vapeur divine dans tous vos membres fatigués , et de vous envoyer des songes légers qui , voltigeant autour de vous , flattent vos sens par les images les plus riantes , et repoussent loin de vous tout ce qui pourrait vous réveiller trop promptement.

La déesse conduisit elle-même Télémaque dans cette gi'otte séparée de ia sienne. Elle n'était ni moins rustique ni moins agréable. Une fontaine , qui coulait dans un coin, y faisait un doux murmure qui appelait le sommeil. Les nymphes y avaient préparé deux lits d'une molle verdure sur lesquels elles avalent étendu deux grandes peaux. Tune de lion, pour Télémaque, et l'autre d'ours, pour Mentor.

Avant que de laisser fermer ses yeux au sommeil. Mentor parla ainsi à Télémaque : Le plaisir dci raconter vos histoires vous a entraîné; vous avez charmé la déesse en lui expliquant les dangers dont votre courage et votre fa-

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dustric vous ont tiré : par là vous n*avez fait qu'enflammer davantage son cœur et que vous préparer une plus dai^ereuse captivité. Gomment espérez-vous qu'elle vous laisse maintenant sortir de son île, vous qui l'avez enchantée par lerécitde vos aventures? L'amour d'une vaine gloire vous a fait parier sans prudence. Elle s'était engagée à vous raconter des histoires et à vous apprendre quelle a été la destinée d'Ulysse; elle a trouvé moyeu déparier longtemps sans rien dire, et elle vous a engagé à lui expliquer tout ce qu'elle désire savoir : tel est l'art des femmes flatteuses et passionnées. Quand est-ce, ô Télémaque, que vous se* rez assez sage pour ne parler jamais par vanité, et que vous saurez taire tout ce qui vous est avantageux , quand il n'est pas utile à dire? Les autres admirent votre ss^esse dans un âge où il est pardonnable d'en manquer : pour moi, Je ne puis vous pardonner rien : je suis le seul qui vous connais , et qui vous aime assez pour vous avertir de toutes vos fautes. Combien êtes-vous encore éloigné de la sagesse de votre père 1

Quoi donc ! répondit Télémaque , pouvais-je refuser à Galypso de lui raconter mes malheurs? Non , reprit Mentor, il fallait les lui raconter; mais vous deviez le faire en ne lui disant que ce qui pouvait lui donner de la compassion. Yous^Hiuviezdirequevousaviezété tantôt errant, tantôtcaptifen Sicile, puis en Egypte. G'étaitlui dire assez; et tout le reste n'a servi qu'à augmenter le poison qui brûle d^à son cœur. Plaise aux dieux que le vôtre puisse s'en préserver! Mais que ferai-je donc? continua Télémaque, d'un ton modéré et docile. Il n'est plus temps, repartit Mentor, de lui cacher ce qui reste de vos aventures : elle en sait assez pour ne pouvoir être trompée sur ce qu'elle ne sait pas encore; votre réserve ne servirait qu'à l'ir-

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