LIVRE VII
des vases percés; où Ixïon tourne à jamais sa roae; où Tantide, brûlant de soif, ne peut avaler Teau qui s'enfuit de ses lèvres; où Sisyphe roule inutilement un rocher qui retombe sans cesse; et où Titye sentira étemeUement, dans ses entrailles tom'ours renaissantes, un vautour qui les ronge.
Baléazar, délivré de ce monstre , rendit grâces aux dieux par d'innombrables sacrifices. Il a commencé son règne par une conduite tout opposée à celle de Pygmalion. Il s*est appliqué à faire refleurir le commerce , qui languissait tous les jours de plus en plus : il a pris les conseils de Narbal pour les principales affaires, et n'est pourtant point gouverné par lui; car il veut tout voir par lui-même : il écoute tous les différents avis qu'on veut lui donner, et décide ensuite sur ce qui lui paraît le meilleur. Il est aimé des peuples. En possédant tes cœurs, il possède plus de trésors que son père n'en avait amassé par son avarice cruelle ; car il n'y a aucune famille qui ne lui donnât tout ce qu'elle a de bien, s'il se trouvait dans une pressante nécessité : ainsi , œ qu'il leur laisse est plus à lui que s'il le leur ôtait. Il n'a pas besoin de se précautionner pour la sûreté de sa vie ; car il a toujours autour de lui la plus sûre garnie , qui est l'amour des peuples. 11 n'y a aucun de ses sujets qui ne craigne de le perdre , et qui ne hasardât sa propre vie pour conserver celle d'un si bon roi. Il vit heureux; et tout son peuple est heureux avec iui : il craint décharger trop ses peuples ; ses peuples craignent de ne lui offrir pas une assez grande partie de leurs biens : il les laisse dans Tabondanoe; et cette abondance ne les rend ni indociles ni insolents; car ils sont laborieux, adonnés au commerce, fermes à conserver la pureté des anciennes lois. La Pliéiiicîe est remontée au plus haut point de sa grandeur et de
sa gloii'e. C'est à son jeune roi qu'elle doit tant de pitispérites.
Narbai gouverne sous lui. 0 Télémaque , s'il vous voyait maintenant^ avec quelle joie vous comblerait-il de présents ! Quel plaisir serait-ce pour lui de vous renvoyer magnifiquement dans votre patrie I Ne suis-je pas heureux de faire ce qu*il voudrait pouvoir faire lui-même, et d'aller dans rfle d'Ithaque mettre sur le tr6ne le fils d'Ulysse, afin qu'il y règne aussi sagement que Baléazar règne à Ty r ?
Après qu'Adoam eut parlé ainsi, Télémaque, charmé de l'histoire que ce Phénicien venait de raconter, et plus encore des marques d'amitié qu'il en recevait dans son malheur, l'embrassa tendrement. Ensuite Adoam lui demanda par quelle aventure il était entré dans Tlle de Calypso. Télémaque lui fit à son tour l'histoire de scm départ de Tyr; de son passage dans Pile de Chypre; de la ma* nière dont il avait retrouvé Mentor ; de leur voyage en Crète; des jeux publics pour l'élection d'un roi après la fuite d'Idoménée ; de la colère de Vénus ; de leur naufrage ; du plaisir avec lequel Calypso les avait reçus ; de la jalousie de cette déesse contre une de ses nymphes ; et de l'action de Mentor,- qui avait jeté son ami dans la mer, dès qu'il vit le vaisseau phénicien.
Après ces entretiens, Adoam fit servir un magnifique repas; et pour témoigner une plus grande joie, il rassembla tous les plaisirs dont on pouvait jouir. Pendant le repas , qui fut servi par déjeunes Phéniciens vêtus de blanc et couronnés de fieurs , on brûla les plus exquis parfums de rOrient. Tous les bancs de rameurs étaient pleins de joueurs de flûte. Achitoas les interrompait de temps en temps par les doux accords de sa voix et de sa lyre, dignes d'être ent«*D< (lus à la table des dieux , et de ravir les oreilles d'Apollon