‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 85 sur 228 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Hélas) disais- je en moi-même, quel changement! Quel exemple terrible ne suis-je point pour les rois I il faudrait me montrer à tons ceux qui régnent dans le monde, pour les instruire par mon exemple. Ils s'imaginent n'avoir rien à eraindre , à cause de leur élévation au-dessus du reste des hommes. Hé! c*est leur élévation même qui fait qu'ils ont tout à craindre ! J'étais craint de mes ennemis , et aimé de mes sujets , je commandais à une nation puissante et belliqueuse : la renommée avait porté mon nom dans les pays les plus éloignés : je régnais dans une lie fertile et délicieuse; cent villes me donnaient chaque année un tribut de leurs richesses : ces peuples me reconnaissaient pour être du sang de Jupiter, né dans leur pays; ils m'aimaient comme le petit- fils du sage Minos, dont les lois les rendent si puissants et si heureux. Que manquait-il à mon bonheur, sinon d'en savoir jouir avec modération! Mais mon orgueil, et la flatterie que j'ai écoutée, ont renversé mon trône. Ainsi tomberont tous les rois qui se livreront à leurs désirs , et aux conseils des écrits flatteurs.

Pendantlejourjetâchaisde montrer un visage gai etpleiii d'espérance , pour soutenir le courage de ceux qui m'avaient suivi. Faisons, leur disais-je, une nouvelle ville, qui nous console de tout ce que nous avons perdu. Nous sommes environnés de peuples qui nous ont donné un bel exemple pour cette entreprise. Nous voyons Tarente qui s'élève assez près de nous. C'est Phalante, avec ses Lacédémoniens, qui a fondé ce nouveau royaume. Philoctète donne le nom de Pétille à une grande ville qu'il bâtit sur b même côte. Métaponte est encore une semblable colonie. Ferons-nous moins que tous ces étrangers errants comme nous? La fortune ne nous est pas plus rigoureuse.

Pendantqae Je tâchais d*adoucirpar ces paroles les peines de mes compagnons , je cachais au fond de mon cœur une douleur mortelle. C'était une consolation pour moi , que la lumière du jour me quittât, et que la nuit vînt m*envelopper de ses ombres pour déplorer en liberté ma misérable destinée. Deux torrents de larmes amères coulaient de mes yeux , et le doux sommeil leur était inconnu. Le lendemain, je récommençais mes travaux avec une nouvelle ardeur. Voilà , Mentor, ce qui fait que vous m'avez trouvé si vieilli.

Après quldoménée eut achevé de raconter ses peines, il demanda à Télémaque et à Mentor leur secours dans la guerre où il se trouvait engagé. Je vous renverrai , leur disait-il, à Ithaque, dès que la guerre sera finie. Cependant je ferai partir des vaisseaux vers toutes les côtes les plus éloignées, pour apprendre des nouvelles d*Ulysse. En quelque endroit des terres connues que la tempête ou la colère de quelque divinité Tait jeté , je saurai bien Ten retirer. Plaise aux dieux qu'il soit encore vivant 1 Pour vous, je vous renverrai avec les meilleurs vaisseaux qui aient jamais été construits dans Tlle de Crète ; ils sont faits du bois coupé sur le véritable mont Ida où Jupiter naquit. Ce bois sacré ne saurait périr dans les flots; les vents et les rochers le craignent et le respectent. Neptune même, dans son plus grand courroux, n*oserait soulever les vagues contre lui. Assurez-vous donc que vous retournerez heureusement à Ithaque sans peine , et qu'aucune divinité ennemie ne pourra plus vous faire errer sur tant de mers; le tnyet est court et facile. Renvoyez le vaisseau phénicien qui vous a porté jusqu'ici , et ne songez qu'à acquérir la gloire d'établir le nouveau royaume dldomé« née pour réparer tous ses malheurs. C'est à ce prix , ô fils

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d*Ulysse, que vous serez Jugé. digne de votre père. Quand même les destinées rigoureuses Pauraient déjà fait descendre dans le sombre royaume de Pluton , toute la Grèce charmée croira le revoir en vous.

A ces mots, Télémaque interrompit Idoménée : B envoyons , dit-il , le vaisseau phénicien. Que tardons-nous à prendre les armes pour attaquer vos ennemis? ils sont devenus les nôtres. Si nous avons été victorieux en combattant dans la Sicile pour Aceste, Troyen ennemi de la Grèce, ne serons-nous pas encore plus ardents et plus favorisés des dieux quand nous combattrons pour un des héros grecs qui ont renversé la ville de Prîam ? L'oracle que nous venons d'entendre ne nous permet pas d'en douter.

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