LIVRE IX
les fleurs du printemps ni les riches fruits de Fautoinne. Nous avons horreur de cette brutalité , qui , sous de beaux noms d'ambition et de gloire , va follement ravager les provinces , et répand le sang des hommes , qui sont tous frères. Si cette fausse gloire te touche, nous n'avons garde de te l'envier : nous te plaignons , et nous prions les dieux de nous préserver d'une fureur semblable. Si les sciences que les Grecs apprennent avec tant de soin , et si la politesse dont ils se piquent , ne leur inspirent que cette détestable injustice, nous nous croyons trop heureux de n'avoir point ces avantages. Nous ferons gloire d'être toujours ignorants et barbares , mais justes , humains , fidèles , désintéressés, accoutumés à nous contenter de peu , et à mépriser la vaine délicatesse qui fait qu'on a besoin d'avoir beaucoup. Ce que nous estimons, c'est la santé, la frugalité, la ]iberi:é, la vigueur de corps et d'esprit ; c'est l'amour de la vertu, la crainte des dieux, le bon naturel pour nos proches, rattachement à nos amis, la fidélité pour tout le monde , la modération dans la prospérité , la fermeté dans les malheurs, le courage pour dire toujours hardiment la vérité , l'horreur de la flatterie. Voilà quels sont les peuples que nous t'offrons pour voisins et pour alliés. Si les dieux irrités t'aveuglent jusqu'à te faire refuser la paix*, tu apprendras^ mais trop tard, que les gens qui aiment par modération la paix sont les plus redoutables dans la guerre. Pendant que ces vieillards me parlaient ainsi, je ne pouvais me lasser de les regarder. Ils avaient la barbe longue et négligée, les cheveux plus courts, mais blaucs, les sourcils épais, les yeux vifs, un regard et une contenance ferme, une parole grave et pleine d'autorité, des manières simples et ingénues. Les fourrures qui leur servaient d*habits, étant nouées sur l'épaule, laissaient voir
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des bras plus nerveux et 4es muscles mieux nourris que ceux de nos athlètes. Je répondis à ces deux envoyés , que je désirais la paix. Nous réglâmes ensemble de bonne foi plusieurs conditions; nous en prîmes tous les dieux à témoin; et je renvoyai ces hommes chez eux avec des pré^ sents.
Mais les dieux, qui m'avaient chassé du royaume de mes ancêtres, n'étaient pas encore lassés de me persécu-. ter. Nos chasseurs, qui ne pouvaient pas être sitôt avertis de la paix que nous venions de faire , rencontrèrent le même jour une grande troupe de ces barbares, qui accompagnaient leurs envoyés lorsqu'ils revenaient de notre camp : ils les attaquèrent avec fureur, en tuèrent une partie, et poursuivirent le reste dans les bois-Voilà la guerre rallumée. Ces barbares croient qu'ils ne peuvent plus se fier ni à nos promesses ni à nos serments.
Pour être plus puissants contre nous , ils appellent à leur secours les Locriens, les Apuliens, les Lucaniens, les . Bruti^is, les peuples de Grotone, de Nérite, de Messapie et de Brindes. Les Lucaniens viennent avec des chariots armés de faux tranchantes. Parmi les Apuliens , chacun est couvert de quelque peau de bête farouche qu'il a tuée ; ils portent des massues pleines de gros nœuds , et garnies de pointes de fer ; ils sont presque de la taille des géants , et leurs corps se rendent si robustes , par les exercices pénibles auxquels ils s'adonnent, que leur seule vue épouvante. Les Locriei^ , venus de la Grèce , sentent encore leur origine, et sont plus humains que les autres; mais ils ont Joint à l'exacte discipline des troupes grecques la vigueur des barbares, et l'habitude de mener une vie dure , ce qui les rend invincibles. Ils portent des boucliers légers , qui sont faits d'un tissu d'osier, et couverts de peaux ; leurs