‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 98 sur 228 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

toijoun plus qa*ils ne vous diront sur les choses qui vous seront désavantageuses. Pour moi, Je veux bien adoucir mes paroles selon votre besoin ; mais il vous est utile qu'un homme sans intérêt et sans conséquence vous parle en seeret un langage dur. Nul autre n'osera jamais vous le parler : vous ne verrez la vérité qu'à demi , et sous de belles enveloppes.

A ces mots, Idoménée, déjà revenu de sa première promptitude, parut honteux de sa délicatesse. Vous voyez , dit-il à Mentor, ce que fait l'habitude d'être flatté. Je vous dois le salut de mon nouveau royaume; il n'y a aucune vérité que je ne me croie heureux d'entendre de votre houdie : mais ayez pitié d'un roi que la flatterie avait empd« «Mme, et qui n'a pu , même dans ses malheurs, trouver des hommes assez généreux pour lui dire la vérité. Non , je n'ai jamais trouvé personne qui m'ait assez aimé pour vou« k^ me déplaire^en me disant la vérité tout entière. ^

En disant ces paroles , les larmes lui vinrent aux yeux , et il embrassait tendrement Mentor. Alors ce sage vieillard lui dit : C'est avec douleur que je me vois contraint de voos dire des choses dures; mais puis-je vous trahir en vous cadiant la vérité? Mettez- vous en ma place. Si vous avez été trompé jusqu'ici , c'est que vous avez bien voulu Tétre ; c'est que vous avez craint des conseillers trop sineères. Avez-vous cherché les gens les plus dé^ntéressés, et les plus propres à vous contredire? Avez-vous pris soin défaire parler les hommes les moins empressés à vous plaire, les plus désintéressés dans leur conduite , les plus capables de condamner vos passions et vos sentiments in* justes?Quandvousavez trouvé des flatteurs, lesavez-vous éeartés? vous eu êtes-vous défié? Non, non ; vous n'avez p(^nt bât ee que font ceux qui aimait la vérité , et qui mé-

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ritent de la connaître. Voyons si yous aurez maintenmit te eourage de vous laisser humilier par la vérité qui vous em^ ^bimne.

Je disais donc que ce qui vous attire tant de louanges ne mérite que d*étre blâmé. Pendant que vous aviez au dehors tant d*ennemis qui menaçaient votre royaume encore mal établi, vous ne songiez au dedans de votre nouvelle ville qu*à y faire des ouvrages magnifiques. C'est ee qui vous a coûté tant de mauvaises nuits, comme vous me Tavezavouévous-mtoe.Vousavezépuisévosrichesses, vous n*avez songé ni à augmenter votre peuple , ni à cultiver les terres fertiles de cette côte. Ne fallait-il pas r^arderoes deux choses comme les deux fondements essentiels de vo^ tre puissance? Avoir beaucoup de bons hommes, et des terres bien cultivées pour les nourrir! U fiedlait une longue paix dans ces commencements , pour favoriser la multipll* cation de votre peuple; Vous ne deviez songer qu*à i'agri-^ culture et à rétablissement des plus sages lois. Une vaine ambition vous a poussé jusques au bord du précipice. A force de vouloir paraître grand , vous avez pensé ruiner votre véritable grandeur. Hâtez-vous de réparer ces fautes ; suspendez tous vos grands ouvrages; renoncez à ce faste qui ruinerait votre nouvelie ville, laissez en paix respirer vos peuples ; appliquez-vous à les mettre dans Tabondance , pour fetciliter les marii^es. Sachez que vous n*étes roi qu'autant que vous avez des peuples à gouverner, et que votre puissance doit se mesurer, non par retendue des terres que vous occuperez, mais par le nombre des hommes qui habiteront ces terres , et qui seront attachés à vous obéir. Possédez une bonne terre ,^uoique médiocre en étendue ; oouvrez*la de peuples innombrables , laborieux et disciplinés ; faites que ces peuples vous aiment : vous étçs plus puis--

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