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Avenzoar, sa vie et ses oeuvres

Si l'étude du passé n'avait d'autre but que de préparer les progrès de l'avenir, on pourrait reprocher à ce livre de ne pas contenir les germes de découvertes prochaines, et, partant, contester son utilité. Mais il n'en est pas ainsi, et, quand ils dressent devant nos yeux le tableau des sociétés disparues, les historiens de la pensée sont animés d'une ambition plus haute : ils tendent à marquer les étapes que l'esprit humain a dû franchir pour parvenir à son état présent et pour acquérir, au prix de longs efTorts, les connaissances qui forment aujourd'hui notre patrimoine intellectuel. Pour servir leurs desseins, il importe donc que les spécialistes de tous ordres leur apportent à pied d'œuvre les matériaux qui, plus tard, seront par eux mis à profit, et qu'ils fouillent les recoins encore ignorés de ce qui fut jadis le domaine des sciences et des lettres.

C'est ce que j'ai voulu tenter de faire, après bien d'autres, heureux si j'ai pu réussir à éclairer suffisamment la grande figure de l'un des savants les plus illustres que l'Espagne musulmane ait comptés, celle d'un homme qui eut la grande originalité de rester uniquement un médecin, alors que toutes les intelligences cultivées se tournaient avec obstination vers la philosophie.

Aussi est-ce surtout au point de vue de leurs doctrines philosophiques qu'on a étudié jusqu'ici les auteurs musulmans d'ordre scientifique. Et pourtant, de toutes les productions

Il PREFACE

de l'esprit, la médecine des Arabes est, à coup sûr, une des plus dignes de fixer l'attention, tant à cause de son rôle historique qu'en raison des résultats pratiques auxquels elle peut encore conduire, même de nos jours. Elle jouit, en outre, d'un rare privilège, au regard des philologues amis des nouveautés : son vocabulaire technique est, en grande partie, inconnu, et ce serait une tâche intéressante que d'en établir enfin la signification. D'un autre côté, il n'est pas bien certain que tout ce qui servit autrefois à soulager les souffrances de nos semblables soit devenu pour nous désormais sans valeur; et la faveur accordée naguère à l'extrait de canîiabis indica, par exemple, peut donner à quelques-uns des remèdes tombés dans l'oubli l'espoir d'une prochaine résurrection. La curiosité n'est donc pas seule satisfaite par de telles études : le sentiment utilitaire peut aussi, à l'occasion, y trouver son compte.

Ai-je besoin de dire que des travaux comme celui-ci ne laissent pas de présenter de graves difficultés matérielles que j'aurais eu grand'peine à surmonter sans les précieux concours qui m'ont été prêtés. M. Ardaillon, Recteur de l'Académie d'Alger, et M. Omont, Conservateur du département des manuscrits à la Bibliothèque Nationale, ont bien voulu se concerter pour qu'il me fût permis de consulter plus aisément les manuscrits arabes dont j avais besoin, et d'en faire prendre des épreuves photographiques; je suis heureux de pouvoir leur offrir l'expression de ma vive reconnaissance. Plusieurs bibliothécaires se sont employés avec une particulière complaisance à accélérer mes recherches : à MM. Blochet et Vitrac, de la Bibliothèque Nationale, à M. le D^ Cornillot et à M. Legrand, de la Bibliothèque de la Faculté de Médecine de Paris, à M. Paoli, de la Bibliothèque universitaire d'Alger, j'ai plaisir à adresser mes remercîments les plus cordiaux Je dois à M. René Basset, doyen de la Faculté

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