‹ Averroès et l'averroïsmeChapitre 29 sur 35 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

C'est pour n'avoir pas tenu compte de cette double acception du nom d'Averroès qu'on a rangé parmi les averroïstes des hommes fort étrangers du reste à la famille des péripatéticiens de Padoue, tels que Césalpin, Cardan, Vanini, Bérigard.

Césalpin est un esprit trop original pour être confondu dans une école dont le caractère est de manquer d'originalité, ^ar quelques points de sa doctrine, il se rapproche.

il est vrai, d'Averroës; mais par l'esprit et la manière, il ne tient en rien à Tayerroïsme padouan. Nicolas Tanrel, son adversaire, trouve sa doctrine plus absurde et plus impie que celle d*Averroès. Césalpin est, en effet, un véritable prédécesseur de Spinoza. Il n*y a qu'une seule vie, qui est la vie de Dieu ou de i'&me universelle. Dieu n'est pas la cause efBciente, mais la cause constituante de toutes choses. L'intelligence divine est unique ; mais l'intelligence humaine se multiplie selon le nombre des individus; car Tintelligence humaine n'est pas en acte mais en puissance ' . Ainsi, tout en conservant le dogme qui fait le fond de Taverroîsme, Césalpin évite la confusion qui a produit dans cette école une si longue suite d'erreurs. L'objet est identique, mais le sujet est multiple, et il est permis de dire que l'objet se multiplie par la conscience individuelle selon le nombre des sujets.

Césalpin traversa le temps de la plus dure inquisition sans être inquiété. Il fut même médecin du pape, professeur à la Sapience, et vit brûler Jordano Bruno au Champ de Flore. Il employait un tour assez adroit pour échapper à la censure : «Je sais bien, disait-il, que toutes ces doctrines sont pleines d'erreurs contre. la foi, et ces erreurs je les repousse; mais il ne m'appartient pas de les réfuter; je laisse ce soin à des théologiens plus profonds que moi ^.

* Cf. Brucker, t. IV, p. 221 sqq.; I. VI, p. 723 sqq.— Ritter, Geseh. der neuem PhiL l^ part. p. 653 et suiv. ^ Fateor in ralionibos deceplionem esse; non tameninpr»-

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La doctrine de Cardan n'est pas sans analogie nwec celle de Césalpin. Toutes les âmes particulières sont Tirtnellement renfermées dans r&me universelle, comme le ver dans la plante dont il se nourrit. Dans le mité De (Mo, un des premiers qu'il composa, Cardan admet sans restriction l'hypothèse averroiste de l'unité de Tinlellect. Plus tard, dans le De CoMolatione. il rétracu son premier sentiment, et reconnut expressément qu'il ne peut exister d'intelligence unique soit pour lou^ le» êtres animés, soit pour tous les hommes. Il y soutient que rintelligence nous est aussi personnelle que la seosibilîté, et que les âmes sont distinctes ici^bas, comme elles le seront dans l'autre vie« Enfin dans un troisième écrit, le Theonoston ou de l'Immortalité de l'àme, Cardan s*efforce de concilier ces deux opinions contradictoires. L'intelligence est unique, mais peut-être envisagée à deux points de vue, soit par rapport à son existence éterneil»' et absolue, soit pi^r rapport à ses apparitions dans le temps. Unique en sa source, elle est multiple en ses manifestations*. Excellente solution, à laquelle il faudra toujours en revenir pour l'explication du fait de l'intelligence.

Malgré cette variation de doctrine, avouée par luimême, Cardan n'en est pas moins traité comme averroiste

sentis meum est hœc aperire, sed lis qui altiorem theologiam profitentur. (Apud Bayle, art. Césalpin, note A.)

* Voy. le savant article de M. Franck sur Cardan, dans le Dict. des sciences philosophiques.

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dans les diatribes de son rude adversaire, Jolc^-César Scaliger*. Par sa manière de philosopher el par la forme de ses écrits, Cardan n*appartient nullement à la famille des professeurs de Padoue. Mais par sa position ris^-m de la théologie, il est en effet un des représentante les plus prononcés de ce que dans un autre sens on appelait averroîsme. Le passage du de Subtilitaîe (I. XI) où il fait arguroenler Tun contre Tautre les partisans des religions chrétienne, juive, musulmane et païenne, et qui se termine brusquement, sans conclusion, par cette formule : Igiiur his arbitrio viciorim reliais.». Ta (ait compter parmi les auteurs du livre des Trois Imposteurs. Un des démons familiers qui apparaissent à son père se vante d'éu^ averroïste : Ille vero palam ûterroisiam se profitebath^r*, idée qui a paru fort impertinente à Gabriel Naudé, puisque Averroès ne croyait pas aax démons*.

C'est aussi bien à tort que Ton a rangé parmi les averroistes Claude Bérigard V Brucker ' Fa complètement absous de ce reproche. Bérigard, au contraire, doit être compté parmi les adversaires du.péripatétisme en général et de Taverroisme en particulier. Il admet Tinfusion de

< Exoiericarum exercikUionum de subUl, adv. Cardmtwm liber XF"*. Exerc. cccvii, n«« 14 el 16.

s DesubUL 1. XIX, p. 682.

> Apologie des grands hommes, p. 232 (Paris, 1669). — Bayle, art. Jcerro^j, note F.

* Leibnitz, 0pp. I, p. 73.

• Bist, cHt. phU. t. IV, p. 472, 482, sqq.

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Tâme individuelle au moment de la naissance, et par conséquent la pluralité des âmes. On comprend toutefois que son naturalisme décidé, ses négations hardies lui aient donné place parmi les averroïstes, dans l'acceptioD plus large que Topinion prétait à ce mot.

Mais le type le plus original de Taverroïsme ainsi entendu, c*est sans contredit Tinfortuné Vanini. Lui-même nous assure qu'il eut pour précepteur un carme, Jean Bacon, dit le prince des averroïstes, qui ne faisait jurer son élève que par Averroès' . Nous prenons ici Vanini en flagrant délit de bouffonnerie : le personnage dont il vent parler est sans contredit Jean Baconthorp, qui mourut en 1 346, deux cent quarante ans avant sa naissance * ! Il semble du reste que Vanini ait pris à tâche de mystifier le public sur le nom de ses maîtres. Il se donne sans cesse comme élève

*■ Àmphit. Exercit. IVi p. 17. Duce Averroe, in cajos verba jurare Joannes Bacconius, averroistaruin princeps, meritissimos olim proeceptor, coegerat.

' Ce qu'il y a de plus bizarre, c est que cet énorme anachronisme a été accepté de confiance par presque tous ceux qui ont parlé de Vanini. If. Cousin (Fragments de phil, cartésienne, p. 20) pense que Vanini veut dire seulement que dans sa jeunesse il avait beaucoup étudié les écrits de Bacon. Mais les mensonges de cette espèce sont fréquents dans Vanini. On aurait tort de prendre comme des détails autobiographiques tout ce qu'il dit de sa propre personne, soit dans ses Dialogues^ soit dans son Amphithéâtre. C'était un tour reçu à cette époque de raconter comme étant arrivées à soi-même les anecdotes dont on voulait égayer son livre. Ainsi font Cardan, Cœlius Calcagnini, Montaigne lui-même.

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(le Poniponat; or, Pomponat mourut en 4525, et Yanini naquit en 4585. Yanini n*avait même pas lu avec beaucoup (Inattention les Ivrresûeson divin précepteur, comme il rappelle ; car loin d'en conclure qu'en vertu de la métempsychose Averroès avait dû passer dans le corps de Pomponat, il y aurait trouvé à chaque page la réfutation d' Averroès. Yanini n'y regardait pas de si près. Cet esprit bizarre se prenait à tout ce qui pouvait servir ses fanfaronnades d'impiété. Dans le 30* de ses dialogues, il raconte qu'un jour préchant sur cette question : Pourquoi l'homme a été créé de Dieu? il la résolut par cette fameuse échelle d' Averroès, en vertu de laquelle il doit y avoir une sorte de gradation du plus humble de tous les êtres à l'être le plus relevé, qui est Dieu ou la matière première *. A Gênes, Yanini voulut enseigner selon ces principes; mais, dit son biographe, on, n'y était point prévenu en faveur d* Averroès, et il fut obligé de partir'. Ses auteurs favoris, disait-il, étaient Aristote, Averroès, Cardan, Pomponat', et à l'exemple de son prétendu maître, Jean Bacon, il ne mettait d'autre livre qu' Averroès entre les mains de ses élèves^. Évidemment T Averroès dont il est ici question

* Materia prima, secundum averroistas, sola potentia, actus paru9, solus Deus.(Dia!. XXX.)

' La vie et les sentiments de Lucilio Vanini, par David Durand (Rotterdam, 1717), p. 47.

» Ibid. p. 18.

* Qoam a me primis philosophiae sacrls inltiaretur, nullius juravit in verba magistri, sed Averrois libres a me oblatos avide excepiti et in eis perlegendis adeo profecit ut balbutien-

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n*e8t pas le grand commentateur, mais Tauteur imaginaire auquel on attribuait des ouvrages impies et d'une facile lecture. Vanini connaissait pourtant le Grand Commentaire. Il réfute avec une sévérité affectée les théories averroistes de Téternité du monde, des intelligences, de la providence, de Tunilé des &nies*. Mais Vanini ne doit pas être pris au sérieux dans ses doctrines; ropinion qu'il réfute est presque toujours celle qullveut inculquer. Quelque faible qu*on puisse éprouver malgré soi pour cet esprit flexible, et en particulier pour les piquantes esquisses philosophiques qu'il a intitulées Dialogues^ on ne peut nier que cette verve, cette finesse, cette malice, cette pénétration d'esprit ne recèlent le scepticisme le plus immoral, le matérialisme le plus effronté. Au lieu de la gaie et spirituelle franchise qui caractérise l'incrédulité française du xviii^ siècle, l'incrédulité averroïsta du xvi« est sombre, méprisante,, hypocrite, sans dignité. On faisait des livres pour défendre les dogmes qu'on voulait attaquer. On présentait les objections dans toute leur force, en traitant de misérables et d'insensés ceux qui les faisaient ; puis on y répondait d'une manière dérisoire ou bien l'on avouait qu'il est impossible d'y répondre par la raison. Quelle prise avait l'inquisition sur un homme qui faisait l'apologie du concile de Trente, méritait l'approba-

tium scholasticoruffl ineptias confatare sit aggressus. (Àmphit. p. 350.)

* Cf. Amphith, Eierc. 1, 4, 33, 35, 36. 37. 41.— Cf. Cousin. Fragmmts de phiL cartes, p. 27.-*-X. Rouaselot, Œuvres pML de Vanini, notice, p. vi.

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lion de laSorbonne, intitulait un livre : Amphithéâtre de t étemelle prorÂdenee^ divino^magiquet ehristianchphysique, (utrologico^eatholique, contre les anciens philosophes. Us Athées, les Epicuriens^ les Péripatéd'^ ciens, les stoïciens, etc., et terminait ses tirades les plus notoirement impies par ces mots : Ceterum sacrosanctm Momanee ecclesim me subjicio 7 '

Peut-être aussi le xvi* siècle, comme le xiii^, s*exagérait-ii à dessein la malice des averroïstes, et se plaisait-ii à accumuler sur quelques types d'impiété toutes les mauvaises pensées qui couraient dans Tair, et dont chacun avait à s*avouer coupable. La première fois que Ja pensée incrédule s'élève ainsi dans Tâme du croyant, il s*en effraye, et aime à rejeter sur le compte d'autrui ses propres tentations. Les Trois Imposteurs revenaient, comme un cauchemar, épouvanter la conscience. € Le quolibet que le monde a été séduit par trois pipeurs, dit Ijà Monnoie, continuellement rebattu par les libertins, aura donné Toccasion à quelqu^un d'entre eux de dire qu'il y avait bien là de quoi exercer son esprit, et que ce serait un beau sujet de livre*. » Puis, tous les partis, catholiques, pro-

^ Menagiana, t. IV, p. 283 etsuiv. La perpétuelle préoccupation de ce livre a dû néanmoins engager à l'écrire après coup et amorcer les libraires. En effets au xvin« siècle, on trouve quelques misérables écrits sous ce titre; un, entre autres, antidaté de 1598, un autre ou se mêle le nom de Spinosa. Cf. Brunet, Man. du libr. t. IV, p. 512 et 520 (quatrième éditj, la lettre de Leibnitz à Kortholt. 21 janvier 1716 (0pp. V, 337), et la belle invective de Voltaire (épît. cxi, éd. Beuchot). Cf. Revue

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testants» etc. se le sont jeté comme une injure. Bodin, faisant argumenter les uns contre les autres les partisans des diverses religions, ne donne Tavantage à aucune : tes malintentionnés croyaient même remarquer que les chrétiens avaient presque toujours le dessous dans son livre, et que les réponses n'étaient jamais aussi fortes que les objections ^ Postel prétendait que la religion parfaite serait composée en proportions égales de christianisme» de judaïsme et de mahomélisme. Quant à Vanini, ce méchant belistre^ ce chercheur de repues franches^ cet enragé^ le plus endiablé vilain qui fut jamais (Garasse), avait donné, disait-on, une nouvelle édition de ce livre exécrable '.Le mot que tous les témoins oculaires lui prêtent comme il marchait au supplice, qu'il meurt en philosophe^^ semble même une réminiscence d*AyerrDës : Moriatur anima mea morte phUosophorum.

bibliographique de Miller et Aubenas, 1842, p. 749 et soir.

^ Colloquium heptaplomeres de abditis rerum subtiUum arcanis, publié par H. Guhrauer. Berlin, 1841.

' « Il fit revivre, dit Rosset dans son Histoire tragique, le méchant et abominable livre que Ton intitule les Trois Imposteurs, que Ton imprime à la vue et au grand scandale des chrétiens. » Quel doomiage que le lieu et la date ne soient pas indiqués I

* Couain, op. cit. p. 89 et suiv.

§XVIl

En général, rayerroïsme proprement dit, c'est-à-dire Tétude du Grand Commentaire, se répandit peu hors de ritalie. Patrizzi donne pour trait caractéristique des écoles de France et d*£spagne, qu'on y explique le texte pur d'Aristote sans commentaires*. Des Italiens nomades, François Yimercati par exemple', en apportent seuls quelque bruit de ce côté des monts. Jean Bruyerin Champier(en 4537] atteste la vogue passagère qu'obtinrent ces maîtres étrangers avec leur livre nouveau : Postquam ex Ilalia terra in Gallias nostras phUosophi quidam convolarunt, magna cum laudepariter et frequenti auditorio commentaria Averrhoi in Aristotelis volumina interprétantes*. Âverroës, toutefois, ne fit jamais en France une fortune brillante. Les exemplaires de nos bibliothèques ne portent aucune trace de lecture; les tranches en sont intactes, et toujours j'ai trouvé non coupées les feuilles qui avaient échappé au tranchant du relieur. Lyon, pourtant, présente quelque trace d'averroîsme \ Il

* Diseuse. Perip, 1. XII, p. 106 v«.

* Yimercati est donné comme averroîste par les Goîmbrois (In i. II De anima, cap. i, quœst.?, art. 1.)

s Prœf. in Averrois Collect. med. p. 81 (édit. 1553). * Je trouve imprimé à Lyon, en 1582, un traité Isidori Iso^ lani in Averroistas, de œternitatemundi, en quatre livres.

426 AVKHROàs.

s*y fit plusieurs éditions des œuvres médicales et philosophiques d'Averroès, t lesquelz livres et (raictez, dit le privilège du roi très-chrétien Henri II, sont plains et décorez de belles et singulières auctoritez de philosophie ao bien et proSit de la chose publique de notre royaunne ; ei pour Tulilité et instruction d*iceux qui les vouidront veoir et lire. » Cette royale recommandation ne fut pas fort écoutée. Averroès, au xvi* siècle, sortit définitivement des écoles françaises*, et il faut croire que Keckermann exprimait un souhait tout à fait personnel quand il demandait avec instance que la typographie Médicéenne, qui avait publié le texte arabe d*Avicenne, donnftt pareillement celui d'Averroès*.

L'Espagne et le Portugal, où la scolastique 8*est continuée presque jusqu'à nos jours, virent aussi se prolonger plus longtemps Tautorité d'Averroés. Antonio a recueilli

' Théophile Raynaud, parlant des efforts de Raymond Lalie pour faire condamner Averroèt, s'exprime ain&i : cCongruentior et exauditu facilior fuisset petitio, pro qua nunc, qus Dei benignitas est ! non est satagendum : nimirum ne Averrœs onculi loco esset in scholis; quod quum superiori seculoet paacis anterioribus invaluisset, prssertim in Italia. occasio fuit magnorum in oris illis errorum et iputilis diligent!»,... quod indignissimum fuisse nemo non videt. Nunc Âverrois in scboiis depontanus evasit.> {Erotefnata de tnalU ac bonis librU, n» 340, p. 200» Lugd. 1653.) On n'est pas peu surpria de voir Averroès cité comme une autorité en fait de style (!) par François Pidoux, dans sa Germana DefttUfio, à propos de la poe»sejision des religieuses de Loudun (Poitiera, 1636).

* Voy. Bayie,art. Àverroèf, note L

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les éloges qui lui ont été donnés par un grand nombre de médecins espagnols et portugais*. Il est pourtant jugé d*une manière fort sévère par les jésuites de Coïmbre*.

Ailleurs, relégué parmi les t livres des scolasliques, qui ne servent plus fors à envelopper des anchoues ou en faire dés cartons', • Averroès se défigure étrangement dans l'opinion. Ces lourds commentaires, que Ton pouvait consulter avec tant de facilité, on se les représente comme des libelles pleins de blasphèmes. Chose ^urpre* nante! ni Bayte, ni Brucker^, qui consacrent à Averroès des articles étendus, où ils ont recueilli les récits les plus

* Bibl hisp. vet, t. II, p. 395 (édit. Bayer). Averroès plus quam commentator, seu mal leus medicorum venus âppellandus. . . — vir acutissimug, subtilissimus; — Philosophus post Aristo» telem admirandus: — PostGaienum medicus summus.

s Haec commentatoris seu commentiloris potiusdeunitate intellectus sententia adeo stulia est, ut merito Scotus in iv Sent. d. 43, q. 2, dixerit dignum esse Averroem qui ob bas ineplias ex hominum communione averruncetw, alii vero hocejus Ggmentum monstrum vocarint quo nullum œajus Arabum sylvs genuerint. Certe boc unum sat esse debuisset ad eos coarguendos qui filium Roïs tanti faciunt, ut ejus animam Aristotelis animam esse dicaot. (in 1. II De anima, cap. i, quaest. 7, art 2.).

* Bonivard, Advis et devis des letigues {BU>1. de VÉcoU des chartes,^ série, t. V, p. 356.)

A Uli deGnieot quibus plus est temporis, otii atque patieotiœ ad evolvenda scripla nostro tempore plane inulilia. (Brucker, t. III, p. 106.)

hasardés qui couraient sur son compte, Q*ont songe à ou- ▼rir ses œuvres. On dirait qu*il s*agit d*ouvrages inédiL^: ou rares, dont on est obligé de parier de confiance. Naudé, qui aurait dû apprendre à le mieux connaître durant son séjour à Padoue, le représente comme un franc athée, et lui applique le mot de TertuUien ' : Sub pallio philosophorum patriarcha hmreticorum *. Au jagemeat de Duplessis-Mornay, Aristote est peu religieux, mais Averroès son interprète est du tout impie '. Duplessis s*est même donné la peine de réfuter en forme la théorie de rintellect universel ^. Campanella, et après lui Bérigard, regardent Averroès comme le premier auteur du blasphème des Trois Imposteurs *. Je ne sais quel honnête théologien anglais l'appelle un monstre d'homme, le secrétaire de C enfer ^, Le mot célèbre : Moriatur anima mea morte philosophorum, suffit à Vossius pour en faire

* Àdv, Eermog. c. vui,

s Naudœana, p. 21 (éd. V10l).^Àpologie, p. 232 (éd. 1669).

* De la vérité de la relig. chrét. chap. w, f. 258 v«, 259-

* Ibid. chap. xv.

^ Propterea exiit liber de Tribus Impostoribos in Germania juxta Averrois et Àristotelis dogmata, volentium legislatores esse impostures, et praecipue, ut dicit Averroès, Chnstam. Moysen et Mahumetem. {De gentil, nonretinendo, p. 21.) - Averroès scripsit contra très legislatores, Christum, Mosem et Mahumetum, deditque materiam scriptori impio de Tribus Impostoribus. {Àtheismus triumphatus, seu reductio ad religionem, cap. u, n. 19.) — Cf. Berigardum, in Prsf. CircuL Pisan, p. 5.

* Menagiana, t. IV, p, 2d9.

ATEIIOCS. iM

un franc libertin ', et à La Monnoîe poar l'ériger en contempteur fanatique de toutes les religions*. Gui Patin en parait beaucoup moins scandalisé, et le range simplement parmi les déistes'. Un antre se croit autorisé par un passage de Garasse à attribuer à Averroés Tétrange politique (| ue Toici : € Pour les hommes 'c*est Topinion de Yanini > que Ton expose) faudrait faire comme les bûcherons font » tous les ans dans les grandes forêts : ils y entrent pour » les visiter, pour y reconnaître le bois mort ou le bois » vert, et effemeler la forêt, retranchant tout ce qui est » inutile et superflu ou dommageable, pour retenir seulep ment les bons arbres ou les jeunes baliveaux d*espé- » rance. Tout de môme, disait ce méchant athéiste, fau- » drait tous les ans faire une rigoureuse visite de tous les » habitants des grandes et populeuses villes, et mettre à » mort tout ce qui est inutile et qui empoche de vivre le » reste : comme sont les personnes qui n'ont aucun mè- » tier profitable au public, les vieillards caduques, les » vagabonds et fainéants ; faudrait effemeler la nature, » éclaircir les villes, mettre à mort tous les ans un million » de personnes, qui sont comme les ronces ou les horties » des autres pour les empêcher de croître*. » Voil&, s*écrie

« Quam panim viderit tantus philotophut in vera et unica mlatis via arguit illud quod diceret, malle se animam tuam este cum philosopbis quam cum cbristianis. {De philoB. aectit, cap. xYii, p. 91.)

> Menagiana, p. 286 (édit. 1715).

» Patiniana, p. 96-97 (édit. 1701).

* Garasse, Doctrine curieuse, p. 815.

430 AVBRROÈS.

après avoir cité ce passage ud des biographes de Vanlui, voîlà des fraits de Tecole d*Averroès ' I

Enfin, au xvii* siècle, quelques jésaites eurent encore ridée de réfuter Averroès. Antoine Sirmond, dans son livre contre Pomponat (Paris, 46i5, juste cent ans après la mort de Pomponat !] s*escritiia vigoureusement contre Tinteilect unique '. Cette hypolhèse rendrait Dien responsable des erreurs des hommes ; elle suppose d'ailleurs qu'un même sujet est susceptible de modifications opposées. Que si Averroès a seulement entendu parler de l'action de Diea sur rintelligence comme cause première, Sirmond n a rien à y redire; mais il se soucie peu de savoir si telle a été réellement sa pensée*. Possevin, son collègue, est bien plus sévère. Averroès est à ses yeux le chorége de l'impiété; l'édition des Juntes et de Bagolini, une oeuvre de Satan *. Il transcrit dans toute son étendue la longue

i DmàDunnà. La vie et ki sentiments de Lucilio Vanini, p. 52-54

> De immortalitate animas demonstratio physica et aristotelica adversus Pomponatium et asseclas^ p. 368 sqq.

> Restât ergo ut suum istud somnium int»)gru(n Àverroes somnii loco et mendacii haberi sinat, aut certe interpretetar ipsede actions intellectus divini... An ita.possit accipi non disputo, illud contentus ostendisse quod, nisi quid simile sonet ejus doctrina, inanit ae stulta ait; si quid autem simile, ne pilum quidem nobis adversantem habeat. {Ibid,)

* Cernant qui non sunt omnino cœci hsc a satana panlatim obtrusa piis mentibus et adeo privilegiis subdole obtentis confirmata.fructus illos peperisseacerbisstmos; unde magna Eoropae pars per hiereses et atheismum, isto bominum génère

VEftROÊS i3t

diatribe de Vives, et ne peut concevoir qu'un chrétien songe & demander des leçons à un impie qui, au milieu des flots de lumière du christianisme» onze cents ans après Jésus-Christ, a poussé l'endurcissementvolontaire jusqu'à rester dans sa perfidie ' .

Moréri, d'Herbeiot, Bayle, Rapin * n'ont fait qu'accepter sur l'impiélé d'Averroès la tradition commune. Le xvii^ et le xviii* siècle répétèrent de confiance les mêmes fables. Leibnitzie regarde comme un auteur pernicieux, qui a fait le plus grand tort au monde chrétien ', et Vico comme le représentant du fond d'impiété inhérent au péripatétisme *. Par un étrange hasard, le mot qu'on lui prête sur l'eucharistie devint une arme dans la controverse protestante. Duplessis-Mornay *, Daillé *, Drelin-

tanquam chorago prseunte, prorsus ad veritatem, quas altrix est pietatis, obstupuit. [BibL sel, t. Il, 1. XII, cap. xviii.)

« Quum lot potuisset divioœ sapientis oracula miraculaque vidisse, actamen perstitissetin perfidia sua impius, ecquidtantu m christians mentes ex turbido impietatis cœno piscari sese posseexistiinarunt? (Bil>/. sel, t. IL I. IL cap. xvi.)

' Réflex. surVéloq. lapoés, Vhisl, et la phiL gxv.

s 0pp. t. L p. 69 sqq. (édil. Dutens). Cf. la Réfutation de Spinoza du même, publiée par Foucher de Careil, p. 75.

«if^moires» cités dans l'introd. delfB^Belgiojoso à la Science nouvelle de Vico, p. xviii.

» Traité de la Cène, p. 1106.

• « Les sages du monde ne vous ont point pardonné cette étrange créance; témoin la parole du philosophe Âverroès, qu'il ne trouvait point de secte pire ou plus badine que celle des chrétiens, qui mangent et déchirent eux-mêmes le Dieu qu'ils adorent. » (Réplique au P, Adam, p. 116.)

court* s'en autorisèrent pour prouver le tort que le dogme catholique faisait à la religion chrétienne dans l'opinion des païens. C'était la destinée d'Averroès de servir de prétexte aux haines les plus diverses dans les luttes defesprit humain, el de couvrir de son nom les doc^ trines auxquelles assurément il pensait le moins.

\ L'Iiistoire de Taverroïsme n'est, à proprement parler, que l'histoire d'un vaste contre-sens. Interprète très-libre de la doctrine péripatétique, Averroès se voit interprêté à son tour d'une façon plus libre encore. D'altération en altération, la philosophie du lycée se réduit à ceci : Négation du surnaturel, des miracles, des anges, des démons, de l'intervention divine; explication des religions et des croyances morales par l'imposture. Certes, ni Aristote ni Averroès ne pensaient guère qu*à cela se réduirait un jour leur doctrine Mais dans les hommes élevés à la dignité de symbole, il faut toujours distinguer la vie personnelle et la vie d'outre-tombe, ce qu'ils furent en réalité et ce que Topinion en a fait. Pour le philologue, an texte n'a

* Nous ne pouvons oublier le lamentable exemple de ce philosophe païen, qui ayant vu manger le sacrement qu'on avait adoré, dit qu'il n'avait jamais vu de secte plos folle et plus ridicule que celle des chrétiens, qui adorent ce qa'ils mangent ; et c'est à ce propos que ce malheureux s'écria : « Que mon âme soit avec celle des philosophes, vu que les chrétiens adorent ce qu'ils mangent. » {Dial. IX, contre les missionnaires, p. 305, 306.)

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