‹ Averroes et l'averroïsme: essai historiqueChapitre 207 sur 235 · Édit. 15S2, f · texte numérisé non relu

Édit. 15S2, f

2. Plerique omnes juniores medici jam intolerabile in Arabum Mauritanorumque dogmata odium conceperunt, ut ne nominandi citandive locus relinquatur : principes enim Hippocralem atque Galenum habere no3 prœdicant.

principe; la philosophie n'est qu'un genre de poésie comme un autre, et les pays poétiques sont les pays philosophiques. Or le trait essentiel du caractère vénitien n'est ni l'art ni la poésie, Qu'est-ce que Saint-Marc comparé au dôme de Pise? Qui peut regarder une des madones de Venise après avoir vu celles de Sienne et de Pérouse ? Analysez ces fortes têtes des cérémonies vénitiennes de Gentile Bellini ou de Paris Bordone. Est-ce la pensée, est-ce l'idéal qui y respire ? Non ; c'est la fermeté, c'est l'action. Au lieu de cette fleur de jeunesse qui s'épanouit éternelle sur les bords de l'Arno, ici c'est la maturité de l'homme fait, le sens exact et ferme des choses de la terre. Certes, sous le rapport de la liberté de la pensée, Florence n'avait rien à envier à Venise. Nulle part la licence d'opinion et l'irrévérence pour les choses saintes ne furent portées aussi loin durant le moyen âge : on y poussait le scepticisme jusqu'à ne pas croire aux miracles de sainte Catherine de Sienne, attestés par tous les Siennois ! La pensée impie du parallèle des religions a-t-elle jamais été exprimée aussi effrontément que dans la troisième nouvelle du Décaméron ? Or la réponse du juif Melchisédech à Saladin, réponse trouvée si sage par Boccace, et qui, dans le reste de l'Europe, eût allumé des bûchers, n'excitait à Florence qu'un gracieux sourire. Au lieu de cette toge pédante où se drapait l'incrédulité vénitienne, l'incrédulité florentine, rieuse et légère, s'abandonnait aux enivrements d'une vie parfumée de jeunesse et de gaieté. Venise arrive à la philosophie par les habitudes d'exigence et de rigueur que donnent le maniement des affaires et l'esprit pratique; Florence, par la sérénité d'une conscience ou tous les éléments de l'idéal se pénètrent avec harmonie, et par cet air de fraîcheur et de joie qu'on respire aux pieds des coteaux de Ficsole.

Marsile Ficin nous apprend lui-même que ce fut par réaction contre le péripatétisme averroïste de Venise qu'il entreprit de relever la tradition platonicienne. L'incrédulité lui sembla si enracinée, qu'il ne vit que deux moyens de la vaincre : des miracles ou une religion philosophique. S'il traduit Platon et Plotin, c'est qu'il espère qu'en qualité de philosophes ils trouveront un meilleur accueil auprès du public que les saints et les prophètes1. Averroès, le représentant du péripatétisme hétérodoxe, est traité avec le plus profond mépris. Il n'a pas su le grec, et n'a rien compris à Aristote2. Le livre XV de la Théologie Platonique est consacré tout entier à la réfutation du monstre averroïstique, l'unité de l'intellect. L'argumentation de Ficin ne manque ni de netteté ni de finesse. Dans l'hypothèse averroïste, la perception, dit-il, n'appartiendrait à aucun sujet personnel; l'acte libre, la volonté seraient inexplicables. L'astrologie elle-même lui fournit des arguments : les âmes ne sont pas identiques, puisqu'il y en a de Saturniennes, de Martiales, de Joviennes, de Mercurielles3. La théorie averroïste de la Providence est aussi vivement réfutée. Dieu voit tout dans sa propre essence ; toujours attentif à faire prévaloir le bien le plus général , il n'a pas besoin de se détourner des grandes choses pour voir les petites4.

1. Ut hac theologia in lucem prodeunte Peripatetici quam plurimi,

id est philosophi pêne omnes, admoneantur non esse de religione, saltem commuai, tanquam de anilibus fabulis sentiendum. (Prsef. in Plotinum.)

2. Averroes — grsecse linguse ignarus, Aristotelicos libros in linguam barbaram e grseca perversos potius quam conversos legisse traditur — Resipiscant igitur quandoque Averroici , et cum Aristotele suo consentant. [Theol. plat., Opp. t. I, p. 327, 342, édit. Henricpetri, 1376.)

Page 1