‹ Averroès et laverroïsmeChapitre 2 sur 49 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Cet essai, qui fut publié pour la première fois en 1852, a subi dans la pn'sente édition d'assez nombreux remaniements. La biographie d'Averroès, l'histoire de l'averroisme chez les juifs et même deux ou trois points de l'histoire de l'averroisme au moyen â^^e ont pu élre complétés, grâce à l'élude de qiiel(|ues sources nouvelles et aux travaux récents de MM. Munk, Joseph Millier, Steinscbneider ', Amari, Dozy, Gosche. Pour déférer au vœu de quelques personnes, j'ai donné en appemlice les textes arabes inédits d'après lesquels ont été dressées la biographie et la bibliographie d'Ibn-Roschd. M. Munk avait déjà préparé pour l'impression trois de c^s textes, à savoir les morceaux d'Ibn el-Abbar, d'EI-Ansâri et de Dhéhébi; c'est d'après sa copie qu'ils sont publiés ici. Le morceau IrèsdilTicile d'EI-Ansâri, que mon savant confrère, vu son état de cécité, ne pouvait revoir, a été l'objet d'un nouveau travail critique pour letiuel les conseils de MM. de Slane, Dozy et Derenbourg m'ont été infiniment utiles. Je crois que ce singulier fragment sera lu avec intérêt par les ara-

* J'ai pu consulter un travail bibliographique encore inédit que ce savant a rédigé pour la bibliothèque bodléïenne, grâce à JL Max Millier, qui a bien voulu faire copier pour moi la parlio de ce travail relative à Averroès

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bisants pour son beau style rimé et surtout pour la circulaire curieuse d'Ibn-Ayyasch que l'auteur y a insérée. Le morceau de Dhéiiébi n'est en partie que la répétition des autres; j'ai cru cependant devoir le donner, car il fournit des variantes. Pour la pii'Cî d'ibn Abi-Oceibia, j'ai pu profiter d'une collation de deux manuscrits d'Oxford, que M. Dozy a bien voulu me communiquer. Quant au document publié dans l'appendice sous le n" v, je n'ai eu pour en constituer le texte qu'une copie très-déferlueuse. L'imprimerie impériale, avec sa libéralité accoutumée, a bien voulu mettre à la disposition de l'éditeur la composition de ces diiïérents morceaux, exécutée avec toute la perfection qu'elle sait apjiorlerà ses labeurs orientaux.

J'ai pesé avec un soin extrême les observations que des critiques fort autorisés, en particulier M.' Henri Ritter, voulurent bien m'adresser lors de la première édition. Je n'ai pu cependant modifier ma manière de voir en ce qui concerne les origines et le caractère de la philosophie arabe en général. Je persiste à croire qu'aucun grand parti dogmatique n'a présidé à la création de cette philosophie. Les Arabes ne firent qu'adopter l'ensemble de l'encyclopédie grecque telle que le monde entier l'avait acceptée vers le vii« et le viii* sif'cle. La science grecque jouait à celte époque chez les Syriens, les Nabatéens, les Harraniens, les Perses sassaiiides un rôle fort analogue à celui que la science européenne joue en Orient depuis un demi- siècle. Quand les Arabes s'initièrent à cet ordre (fétudes, ils reçurent Arislote comme le maître autorisé, mais ils ne le choisirent pas; de môme qup telle école du Caire oîi l'on enseigne la géométrie et la chimie selon nos auteurs n'a pas été dirigée dans la préférence qu'elle accorde à ces auteurs par une vue ihéoriciue. Il est trèsvrai, d'un autre côté, qu'en se (lévelop|)ant sur un fond traditionnel, la philosophie arabe arriva, surtout au xi«et

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au XTi* siècle, à une vraie originalité. Ici , je sois prêt à faire quelques concessions. Quand je me suis remis à suivre, après un intervalle de dix années, les traces de ce beau mouvement d'études, j'ai trouvé que le rang que je lui avais altribué était plutôt au-dessous qu'au dessus de celui qu'il mérite. Ibn-Roschd, en particulier, a plutôt grandi que diminué à mes yeux. En somme, le développement intellectuel représenté par les savants arabes fut jusqu'à la tin du xu* siècle supérieur à celui du monde cbrétien. Mais il ne put réussir à passer dans les inslitulions; la théologie opposa à cet égard une infranchissable barrière. Le philosophe musulman resta toujours un amateur ou un fomiionnaire de cour. Le jour où le fanatisme fit peur aux souverains, la philosophie disparut, les manuscrits en furent détruits par ordonnance royale, et les chrétiens seuls se souvinrent que l'islamisme avait eu des savants et des penseurs.

Là est. selon moi, la plus curieuse leçon qui résulte de tonte cette histoire. La philosophie arabe oITce l'exemple à peu près unit] ue d'une très-haute culture suppii niée presque instantanément sans laisser de traces, età peu près oubliée du peuple qui l'a créée. L'islamisme dévoila en cette circonstance ce qu'il y a d'irrémédiablement étroit dans son génie. Le christianisme, lui aussi, a été peu favorable au développement de la science positive; il a réussi à l'arrêter en Espagne et à l'entraver beaucoup en Italie ; mais il ne l'a pas étouffée, et même les branches les plus élevées de la famillechrétienneont finiparse réconcilier avec elle. Incapable de se transformer et d'admettre aucun élément de vie civile et profane, l'islamisme arracha de son sein tout germe de culture rationnelle. Cette tendance fatale fui combattue, tandis que l'hégémonie de l'islamisme resta entre les mains des Arabes, race si fine et si s|)iriliielle, ou des Persans, race irès-poriée à la spéculation; mais elle

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