LISA, RAISINET
USA , revenant.
Eh bien! Raisinet?...
RAISINET
Voyons, Lisa, c'est pas tout ça, votre père m’a chargé de vous interroger, il m’a passé ses pouvoirs.
USA
Et que voulez-vous que je vous dise, Raisinet?
RAISINET
Pas de manières... Je vous préviens que je sais tout.
USA
Oui, je la connais celle-là... on dit : Je sais tout, et on ne sait rien... A d’autres!
RAISINET
Je sais tout au sujet de Dagobert...
USA
Quel Dagobert?
RAISINET
Parbleu ! ce n’est pas celui qui mettait ses lunettes à l’envers...
Dagobert le... (il fait le signe de jouer île l’orgue.)
USA
Chut! eh bien, oui... j’ai eu une attache pour lui!
RAISINET
Narrez-moi ça,allonS-y ! (ils s’asseyent tous deux, tournant presque le dos au public.)
USA
Voilà comment je l’ai connu. C’était au déclin du jour, tout reposait dans la rue des Vieilies-Audrieltes... Aucun chien n’aboyait, aucun chat ne miaulait... aucun passant ne passait... la nature était en deuil, il avait neigé... le grésil fouettait les ’ carreauxde ma mansarde... Je m’embètaisà quarante sous l’heure,
JEAN GIGOT, entrant tout effaré.
Ah ! c’est vous, bonjour!... Il est là sur mes talons... Il m’emboîte... et... ah!.. (Raisinet se lève.)
USA, qui s’est levée.
Quoi donc?...
JEAN GIGOT
Rien... oh!... (U se sauve à droite.)
AVEZ-VOÜS BESOIN B* ARGENT
PLUVIER, arrivant de même.
Je l’ai vu... laissez-moi passer... oh!... (il court du c6cé où est passé Jean Gigot.) ‘
USA
Qu’est-ce qp’iHpijî'jdpnc»?... •
RAISINET
Ce n’est rien... Ilsjouent à cache-cache. L’un court après son argent, et l’autre cherche à ne pas le rendre... mais continuez... ce récit qui ne m’intéresse que ruédiocrçqaent... (u se rassied m* vis de Usa qui s’est assise.)
USA
Où en étais-je?... Ah! je sais... mon père m’aVait laissée seule.?, il était occupé à ne pas payer ses nombreux créanciers... and tout à coup un cri grimpa jusqu’à oies oreilles...
RAISINET
Voyons ce cri ! (iis se lèvent.)
Terne magique!... Pièce curieuse !... j’ouvris la fenêtre... je fis signe au trouvère... en lui criant: au cinquième, la porte au fond...
A RAISINET
Vous m’émouvez !... après?
USA
Le trouvère eut bientôt gravi quatre-vingt-seize marches!... 11 avait dans les yeux un accent!... dans la voix un regard !.. Que vous dirai-je... Dagobert laissa traîner le verbe aimer par terre; je l’ai ramassé... Dagobert était gai, il chantait dans ma mansarde, en s’accompagnant sur son orgue ! heureux souvenir !
Air du Grenier ,
« Je vois encore l’asile où ma jeunesse « De la musique a reçu les leçons ;
« J’avais quinze ans, ma beauté pour richesse,
« Un cœur ardent et l’amour des chansons î « Ce souvenir, à mon âme ravie, r
« Me représente encor tous les serments « Que uous faisions sur l'orge’ de Barbarie...
« Dans un grenier qu’on est bien à quinze ans ! (bis.)
RAISINET
Mais tout ça ne me dit pas.
. USA, fièrement.
Et de quel droit m’interrogez-vous? Est-ce que j’ai des comptes à vous rendre? Je ne confierai mes secrets qu’à mon père !
Mais il ne veut pas les entendre.
J’aime mieux ça...