‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 130 sur 164 · PS. CXXII · texte numérisé non relu

PS. CXXII

nous lui devons, et d'avoir auprès de lui un accès agréable.

Le péché, nous ayant ôté l'obéissance, nous avait en même temps ravi la paix avec Dieu et avec nous-mêmes; mais les anges, comme ministres du Fils de Dieu, parlent pour lui et par ses ordres, pendant qu'il se tait dans la crèche. Ils nous annoncent de la part du Père et du Fils que notre réconciliation, qui s'opère par l'Incarnation du Sauveur, rend une grande gloire à Dieu et qu'elle donne la paix aux hommes de bonne volonté, c'est-à-dire à tous ceux qui ne voudront point y mettre d'obstacles par une volonté dépravée. Les anges portent la parole; mais Notre-Seigneur la met en pratique, et nous montre en naissant qu'il préfère les œuvres aux paroles, puisqu'il laisse la parole aux anges et qu'il prend les œuvres pour lui.

Il nous enseigne par ses actions et par ses exemples la manière de rentrer en paix avec Dieu et avec nous-mêmes, et tout cela se trouve en raccourci dans sa crèche, qui est la chaire d'où il profère silencieusement son premier discours.

Or ce discours est partagé en trois points qui détruisent efficacement l'orgueil, l'attache aux créatures et la propre volonté, qui sont les trois obstacles qui empêchent lame d'avoir la paix avec Dieu et avec elle-même.

Son premier point est de la sainte Enfance, par laquelle il nous montre la nécessité d'être humbles comme des enfants. Il nous presse fortement de devenir tels à l'égard de Dieu qui nous fait l'honneur de se dire notre Père, et qui par son adoption nous rend ses véritables enfants; il nous presse aussi

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de n'avoir pas plus de malice que les petits enfants à l'égard des hommes, puisque sa divine Sagesse se réduit à l'état de l'enfance pour nous apprendre à être des enfants sages et bons.

Son deuxième point est de la Pauvreté, par laquelle il nous apprend à ne nous point attacher aux biens de la terre, qui ne sont capables que de surcharger les âmes au lieu de les enrichir, et qui ne se les attachent que pour les faire périr avec eux : aussi il nous persuade efficacement d'en rejeter les soins superflus, puisqu'ils ne sont propres qu'à nous ôter la paix ou du moins à la troubler.

Son troisième point est de YObéissance. En effet il veut naître dans un acte d obéissance, en se soumettant à l'édit d'un roi impie ; et ainsi il nous montre la nécessité de ne pas aimer notre propre volonté, et il nous persuade efficacement de la rendre souple à toutes les saintes et justes volontés de Dieu, sans quoi notre volonté propre nous empêchera toujours de goûter la paix.

O Sauveur du monde ! vous êtes un admirable prédicateur, puisque vous instruisez et pénétrez les cœurs sans qu'il soit besoin de paroles. Votre sermon de la crèche est puissant en œuvres : vous y faites paraître le zèle de la charité par les larmes que vous répandez sur les misères de vos auditeurs, et vous leur enseignez à les sanctifier en leur donnant des exemples qu'ils n'ont qu'à imiter. Vous êtes le Seigneur et Maître des cœurs, ouvrez donc les nôtres par votre sainte grâce, afin que vos œuvres et vos larmes les pénètrent intimement, et que nos cœurs en soient si bien remplis que rien ne puisse y entrer qui les déshonore.

La paix est annoncée et le chemin en est ouvert ; mais ce n'est pas tout : il faut encore la conserver contre ce qui pourrait la diminuer, la troubler ou la détruire. Or Jésus nous en indique le moyen en raccourci dans sa Circoncision où il n'épargne ni ses douleurs, ni son sang, ni ses larmes, ni son corps, pour nous apprendre à retrancher les productions et les superfluités de la cupidité. Cette Circoncision nous montre la nécessité qu'il y a de faire de même sur nos cœurs, si nous voulons jouir de la paix de l'âme; et l'endroit où elle a lieu nous indique que tous les désirs superflus de la cupidité nous doivent donner plus de honte que ce que le péché nous a forcés de cacher, parce que ces désirs sont encore plus indignes de nous.

La paix étant bien établie par la sainte enfance et étant conservée par la Circoncision, le Sauveur nous montre la complaisance que Dieu prend de nous attirer à lui pour recevoir de nous des offrandes. Il nous fait connaître les présents qui lui sont les plus agréables, et cela se trouve en raccourci dans le mystère de son Epiphanie, où l'étoile qui amène les Rois Mages nous montre que la grâce attire de bien loin les âmes égarées, et qu'elle leur fait renoncer volontiers à leur grandeur et à leurs commodités. La manière douce et suave avec laquelle le divin Enfant reçoit les présents par l'entremise de sa sainte Mère, qui lui soutient la main, nous indique que Dieu veut bien avoir la complaisance d'accueillir avec faveur ce qu'il nous adonné lui-même, et qu'il estime cette offrande, comme si nous lui donnions quelque chose qui soit à nous. Enfin la qualité de ces présents nous enseigne mys-

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tiquement que pour offrir à Dieu ce qui lui est le plus agréable, il faut lui présenter l'or de la charité, la myrrhe de la pureté qui rejette bien loin la corruption criminelle, et l'encens d'une véritable dévotion qui soit prête et prompte à tout faire pour lui.

Voilà quel est l'enseignement pratique qui se trouve en raccourci dans les treize premiers jours de la vie de notre Sauveur et qui est comme l'abrégé de ce qu'il a fait tout le reste de sa vie. Il n'est question que de le bien concevoir et de le mettre en pratique, pour parvenir au plus haut point de la perfection évangélique. C'est ainsi que Jésus commence sa vie; or il est certain que la Sagesse divine, cachée dans cette sainte enfance, ne Ta disposée de cette sorte que pour nous enseigner que c'était sur ce modèle qu'il nous fallait commencer aussi notre vie spirituelle, si nous voulions devenir des hommes parfaits.

C'est l'une des merveilles de son Incarnation d'avoir joint les choses les plus basses aux choses les plus relevées, et de les avoir parfaitement accordées ensemble : telles sont la divine Sagesse avec la simple enfance, la puissance avec la faiblesse, et la grandeur avec la petitesse.

• Nous pouvons donc bien passer maintenant de son enfance à sa grandeur, et après l'avoir admiré dans l'enfance d'un homme le considérer avec plus de respect dans la grandeur de Dieu.

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