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PRÉFACE

«Avocats et Magistrats »... voilà un titre qui ne promet pas à ce livre beaucoup de lecteurs. Quand ils se contentent de plaider et de juger, avocats et magistrats sont aujourd'hui d'assez petits personnages, qui font peu de bruit dans le monde et tiennent peu de place dans l'État. Le public ne les aime pas; le pouvoir ne les craint plus; — et, tous ensemble, ils ne l'ont pas la monnaie d'un député, d'un sénateur, ou d'un journaliste de quelque importance.

La Justice avec ses jugements, ses arrêts, ses luùssiers, ses commissaires et ses gendarmes, ne fait plus peur à personne, — si ce n'est à ceux qu'elle rassurait autrefois. — Si elle déplaît, on l'avertit. Si elle gêne, on l'épure. Le temps n'est pas loin où, dans une semaine, quatre cents magistrats descendaient de leur siège et brisaient leur carrière pour ne point faillir à leur conscience '.

1. Après les décrets des 29 et 30 mars 1880 sur les associations religieuses.

Il PREFACE.

Quant aux avocats, qui s'inquiète de leurs consultations et de leurs plaidoiries? Lorsqu'ils parlent de droit et de liberté, qui ne sourit à ce jargon de légistes et à ces chicanes de Procureurs?

Leurs idées, leurs traditions, leurs usages séculaires et leur langage suranné sont aussi démodés que leurs grandes robes noires, leurs chaperons, leurs rabats et leurs toques ridicules. Au fond, ces confréries laïques, ces petites églises frondeuses ne sont que des congrégations suspectes, oubliées dans l'exécution de toutes les autres. Comme toutes les autres, « elles rompent l'unité nationale »; elles dérangent la symétrie des pouvoirs, l'alignement des esprits, et le parfait nivellement des consciences. Si l'on n'en débarrasse pas encore la République par un décret, — c'est que le progrès des mœurs y doit suffire.

Pour moi, quoi qu'il arrive, — et si ce vieux Barreau où j'achève de vivre doit disparaître avant moi, je lui serai demeuré fidèle jusqu'au bout. Pressé par l'âge, poussé par le temps, je rassemble à la hâte, — en attendant le reste, — ces pages écrites à de longs intervalles pendant le cours de quarante années, et qui, peut-être, ne seront pas inutiles à son histoire. Si quelqu'un les lit un jour, il saura, je crois, ce qu'a été, pendant le siècle qui vient de finir, le plus grand, — ou, si c'est trop dire, le plus important des Barreaux de France.

PREFACE. m

Je ne parle pas du rôle qu'il a joué dans la politique. Il y faudrait tout un volume, et, pour plus d'une raison, je ne me chargerais pas de l'écrire. Là, d'ailleurs, dans le Parlement, à la tribune ou dans le gouvernement de l'Etat, les avocats sont des citoyens comme tous les autres; libres comme tous les autres et ne relevant que d'eux-mêmes. S'ils deviennent célèbres par leur talent, par leur éloquence, par leur courage et par les services rendus au pays, le Barreau n'a que le reflet lointain de leur gloire et ne s'en doit vanter qu'à demi. S'ils se rendent fameux par quelque scandale mémorable ou par quelque discours ridicule; par des violences iniques et par des lois néfastes auxquelles leur nom reste attaché, nous ne sommes pas solidaires de tous leurs méfaits et nous n'en devons pas porter toute la peine.

Dans ce débordement de vains discours ou de sophismes mortels, dans cette furie de paraître et de parler où ce pays est emporté sans retour, et où il achève aujourd'hui de se perdre, il est commode, vraiment, de faire des avocats les prête-noms de toutes ses fautes et de toutes ses folies.

« Le règne des avocats!... Le gouvernement des avocats!!...)) — Comme si les avocats parlaient seuls dans ce pays où personne ne sait se taire! Gomme si tous ceux qui le représentent et le gouvernent étaient les personnages muets de ce grand théâtre où se joue, chaque jour, son histoire! — Gomme si les philosophes, les pédagogues et les savants, les

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