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AU PATS d'exil de CHATEAUBRIAND 61
d'uQ petit roman nommé Atala, En allant de libraire en libraire, je déterrai le contrefacteur, à qui j'étais inconnu. Il me vendit les quatre volumes du Génie du Christianisme y au prix raisonnable de neuf francs Texemplaire, et me fit un grand éloge de l'ouvrage et de Fauteur. Il habitait un bel hôtel entre cour et jardin. Je crus avoir trouvé la pie au nid : au bout de vingt-quatre heures^ je m^ennuyai do suivre la fortune, et je m'arrangeai presque pour rien avec le voleur.
A dire juste, il ne retira guère de cette équipée que les frais de son voyage * et le plaisir de visiter le midi de la France, où il n'était jamais allé.
Il revint, comme il l'annonçait à ChénedoUé, par la Bretagne. Depuis dix ans qu'il avait quitté la terre natale, c'était la première fois qu'il la revoyait. Mais, comme il s'y rendait en cachette [de M°^® de Beaumont^ il ne fit que la traverser en toute hâte. « Je ne pus, dit-il, que rester vingt*quatre heures auprès de ma femme et de mes sœurs' ». Au vrai, il n'avait nul désir de s'attarder davantage, et sa femme, sa « veuve ))\ ainsi qu'il l'appelait,
1. Il écrivait à Fontanes, d^Avignon, le 6 novembre : ce Si Ton ne contrefait que les bons ouvrages, mon cher ami, je dois être content. J'ai saisi une contrefaçon à'Atala et une du Génie du Christianisme, La dernière était l'importante ; je me suis arrangé avec le libraire ; il me paie les frais de mon voyage, me donne de plus un certain nombre d'exemplaires de son édition qui est en quatre volumes et plus correcte que la mienne ; et moi, je légitime mon bâtard, et le reconnais comme seconde édition ». (Pailhès, Chateaubriand t sa femme et ses amisy p. 109-110.)