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AVIS AU LECTEUR. 7 »fait voir qu’il y allait de sa sûreté, le coquin » n’eut plus le moindre scrupule, Il fut convenu » que le lendemain, pendant la chasse, Landry » pousserait l’archer au fond d’un précipice. » Voila, mon cher monsieur, ce que j'appelle raconter d’une fa(on intéressante. Il n’y a là aucun détail superflu : tous les mots portent; l’action marche et la curiosité n’a pas le temps de se refroidir. Remarquez bien ces mots : « Un »entretien digne de deux francs scélérats! » Que de choses là dedans! Comme cela fait travailler l'imagination du lecteur! IL refait lui-même l'entretien, et beaucoup mieux que vous ne l'avez fait vous-même. Ah! si vous n'’aviez cru, vous auriez écrit tout votre livre sur ce ton-là. Nous aurions offert au public deux jolis volumes bien frais, bien légers, avec de grandes marges toutes blanches, sur lesquelles les abonnés du cabinet de lecture auraient eu le plaisir de consigner leurs observations. C’eût été une écono. mie de temps, de papier, de frais d'impression, et partant un profit tout clair. Mais je n'ai pu vous faire entrer cela dans la tête.
» Je sais bien, mon cher monsieur, que c’est un talent précieux pour les auteurs, et, à proprement parler, le seul qui les distingue du vulgaire, que de pouvoir délayer en vingt pages une pensée, un récit qui pourrait tenir en dix lignes. Mais à quoi bon un pareil talent lorsqu'on ne sait pas en tirer parti? Vos confrères,
monsieur, sont gens plus habiles que vous. Ils font comme les apothicaires. Les apothicaires, vous le savez, remplissent vingt flacons avec une goutte d'essence étendue dans de l’eau claire, et ils vendent chaque flacon aussi cher que sil contenait de l'essence concentrée.
» C’est ainsi, mon cher monsieur, qu’en usent vos confrères. De vos deux volumes ils en auraient fait au moins quatre. Avec te procédé un pauvre libraire est, du moins, assuré de recueillir, au bout de l’an, les fruits de ses sueurs et de ses peines d'esprit. Avec ce procédé, un auteur fait feu qui flambe; il remplit le monde de son nom et de ses ouvrages, et va droit à l'Académie, dont vous ne serez jamais, c'est moi qui vous le dis. Mais cela vous regarde. Que vous soyez long ou court, que vous endormiez votre homme à la première page, ou qu'il vous en faille dix pour arriver à ce résultat, peu m'importe : c'est votre affaire. Ponr moi, mon cher monsieur, je ne suis qu’un libraire; je ne travaille pas pour la gloire; je fais mon petit commerce le plus honnêtement que je puis, sans m'inquiéter de ce que pensera de moi la postérité. Mon unique ambition, comme je vous l'ai dit bien des fois, est de devenir sur mes vieux jours syndic de ma compagnie et alderman. Pour cela, il suffit d'être riche.
» Je viens donc vous prier de m'envoyer en trois pages votre dénoûment; comme je vous
à re
AVIS AU LECTEUR. 9 l'ai démontré, rien n’est plus facile. J'aime à croire, mon cher monsieur, que vous vous conformerez à mes intentions, à moins que vous n'ayez juré de me mettre sur la paille, et de vous y mettre vous-même, ce qui vous arrivera infailliblement; car, entre nous, vous faites un sot métier et dont nul ne vous saura gré.
» Je vous prie, mon cher monsieur, d’agréer mes civilités.
a P. S. J'ai trouvé un expédient admirable et qui va fort vousréjouir. Je publierai vos deux volumes tels qu’ils sont, moins cinq ousix feuilles du tome second, lesquelles, si vous y consentez, deviendront la tête d’un troisième et dernier volume. Cet arrangement, mon cher monsieur , a cela d’ingénieux, qu’il concilie à merveille votre intérêt et le mien; le vôtre, en ce qu’il vous permet de vous livrer tout à votre aise au goût que vous avez de noircir du papier; le mien, en ce que la vente d’un troisième volume m’indemnisera des frais que j'ai faits pour les deux autres. Vous me demandiez trois feuilles pour votre dénoûment, je vous en accorde quinze ou vingt : c'est un bénéfice auquel vous ne vous attendiez pas. »