‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 101 sur 235 · LE SIÈGE DE NARBONNE CXXXVII · texte numérisé non relu

LE SIÈGE DE NARBONNE CXXXVII

et rendait la situation des musulmans fort critique. Okbâ, gouverneur de TEspagne depuis 735, averti du danger qui menaçait Narbonne, envoya par mer, pour hâter sa délivrance, un corps de troupes commandé par Amor. Cette armée atteignit bientôt le port qui donnait accès à Narbonne, mais les chrétiens y avaient élevé des travaux de défense qui forcèrent les Sarrasins à débarquer sur la côte et à chercher par terre les moyens de secourir la ville. Dis que Charles Martel fut informé de l'approche des ennemis, il se porta à leur rencontre, les atteignit près de l'embouchure de la Berre, et les mit en pleine déroute, après une lutte acharnée. Les infidèles s^enfuirent en toute hâte vers leurs vaisseaux, mais les Francs les poursuivirent, et un grand nombre d'entre eux furent noyés ou massacrés. Amor lui-même périt dans le combat. Malgré ce succès, Charles Martel abandonna le siège de Narbonne, à cause de la saison avancée, et surtout par suite d'incursions des Saxons et des Frisons dans le nord, qui nécessitèrent son retour en France ^ Sa vic-

I. « (Karolut) Avînionem civitatem bellando inrupit, Sarracenos quoa ibi invenit interemit, et» tranaito Rodano, ad obaidendam dyitatem Narbonam properat. Quam dum obtîderet, Ocupa» rex Sarracenoram, ex Ispaaia Amoribinailet cum exercîtu magno SarraceDorum ad preaidîum Narbona Urantmitttt. Tune Karolut parlem exercttua sui ad obaidendam civitatem reliquit, reliqua vero parte sumpta, Sarracenis obviam exîvtt tn prelio sub Berre fluyio, et, dum preliare cepisset, debellati sunt Sarraceni a Francis cède magna, maximaque pars ipaorum cecidit in gladio ». Annales SAniant, Pertz, Script», t. I, p. 291. Cf. le continuateur de Frédégaire : « Carolus Rhodanum fluvium cum exerdtu auo tranaiit, Gothorum finea penetravit, uaque Narbonenaem Galliam peraccea-

CXXXVllI INTRODUCTION

toire eut néanmoins d^importants résultats. La puissance des Arabes dans la Gaule en fut beaucoup amoindrie, et ils perdirent la plupart des villes de Septimanie, à l'exception de Narbonne \

Ils demeurèrent en possession de cette dernière cité durant plusieurs années encore. Mais en 751, Waïfre, duc d^ Aquitaine, essaya de soumettre la Septimanie à sa domination, et parvint jusqu'à Narbonne qu'il livra au pillage '. Il paraît qu'il rencontra une certaine résistance de la part des Wisigoths. Ansemond, comte goth, et quelques autres seigneurs de la

sit, îpsara urbetn celeberriinam atque metropoHm eorum obsedit; super Adice fluvio munitionem in gyrum in modum arietum instruxit, regem Sarracenorum, nomine Athima, cum satellitibus suis ibidem recluslt, castraque metatus est undîque. Hsc audientes majores natu et principes Sarracenorum qui commorabantur eotempore in regione Hispanîarum, coadunato exercitu hostium cum alio rege, Amor nomine, machinis adversus Carolum viriliter armati con3urgunt, prseparantur ad praelium ; contra quos praetatus

dux Carolus triumphator occurrit, super fluvio Birra, illisque

mutuo confligentibus, Sarraceni devicti atque prostrati, cemeates regem eorum interfectum, in fugam lapsi terga verterunt ; qui evaserant cupientts navali evectione evadere, in stagno maris natantes, namque sibimet mutuo conatu insiliunt. Mox Franci cum navibus et jaculis armatoriis super eos insiliunt, suftocantesque in aquis interimunt. 3Rec, dts historiens de la France^ t. U» p. 456. V07. VHist, générale de Languedoc, i" éd., 1. 1, p« 402-5 ; nouvelle éd., t. Il, p. 533, 554, 557, notes.

I. Deux ans après sa première expédition, Charles Martel fut obligé d*entreprendre une nouvelle campagne contre Mauronte et SCS alliés musulmans; il poursuivit ces derniers jusqu'à Narbonne, mais sans parvenir à les en chasser /Zotenberg, dans VHisU gênéralede Languedoc, nouvelle éd., t. Il, p. .357).

a. Annales d'Aniane, Pertt, Script., t. I, p. 394.

LB SlèGB DE NAIBONNE CXXXIX

SqptUnanie, ofinrent alors à Pépin le Bref, pour soU Udier son appui, les villes et les terres qu'ils occupaient (Nîmes, Maguelone, Agde, Béziers ^). Après avoir pris possession de ces domaines, Pépin vint assiéger Narbonne ; les Sarrasins lui opposèrent une énergique défense, et il fut bientôt forcé de décamper pour faire la guerre en Aquitaine, contre Waïfre qui refusait de reconnaître son autorité. Avant son départ, il laissa néanmoins un corps de troupes sous les ordres d'Ansemond pour bloquer la place ; celui-ci fit de grands efforts pour s*en emparer, mais il fut tué par un de ses propres vassaux, nommé Ermenmarid*.

Les dissensions intestines qui agitaient l'Espagne ne permirent pas aux Sarrasins de porter secours à Narbonne. Aussi le blocus se prolongea-t-il jusqu'en 769. A la fin, tes Goths qui habitaient la ville se soulevèrent contre les infidèles, les égorgèrent et livrèrent la place aux Francs, à la condition d'fitre maintenus dans Tusage de leurs lois et coutumes*.

Depuis ce temps, Narbonne resta constamment au

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