LES VERSIONS EN PROSE CCLXI
plus de trois cents hanaps par rentremise du chevalier, jy«) et le charge en même temps de les prévenir qu'elle les fera rentrer largement dans leurs dépenses, avant leur départ. Le chevalier s'acquitte de sa commission, et prie les messagers de saluer Aymeri de la part d'Hermengarde, ce qui leur cause une grande joie.
Après avoir délibéré sur la réponse qu'ils devront donner, les envoyés d'Aymeri prennent le parti de refuser les présents de la jeune fille. (Fol. i8 r«) Ib offrent un magnifique destrier au chevalier avant de prendre congé de lui, et lui déclarent qu'ils ont assez d'or et d'argent et sont prêts à supporter avec patience toutes les choses les plus déraisonnables que le roi pourra imaginer contre eux. Ces paroles sont rapportées à Hermengarde qui va adresser des remontrances à son père sur sa conduite à l'égard des Français. (v«) Boniface se rend alors en personne auprès d'eux. Il en reçoit un accueil très courtois, leur présente ses excuses (fol. 19 r*) et leur promet de payer leurs dépenses et de souper avec eux pour leur faire honneur. U £Eiit publier à son de trompe que tous les marchands qui ont reçu de l'argent des Français aient à le leur rapporter. Mais les ambassadeurs ne veulent rien accepter et retiennent même les marchands à dîner. Boniface prend part au repas avec une foule immense. Après le banquet, il cherche en vain à savoir l'objet de la mission des messagers. Ceux-ci le reconduisent jusqu'à son palais sans lui dire le but de leur visite; le lendemain matin seulement, ils y retournent pour demander la main d'Hermengarde. (v^ Hugues de Berry prend la parole au nom de tous; le roi lui fait une réponse favorable, mais il doit d'abord consulter ses barons et obtenir le consentement d'Hermengarde. Il assemble donc ses chevaliers et requiert leurs conseils; dès qu'il a reçu leur assentiment, (fol. ao f) il fait venir sa fille, et renvoie les messagers au lendemain afin d'avoir tout le jour pour aviser.
Quand Hermengarde est en sa présence, il lui demande
GCXXU INTIOMKTION
si elle consent enfin k épouser le cofnie Qisson qu'elle a ëéjà refusé, et qot, pour s'en venger, a tenté de porter la guerre en Lombardie. La jeune fille repousse encore cette proposition, mais elle a un autre parti en vue : (v^ « Jamais, » dit-elle, « n'aurai chevalier espousé en ma vie sinon celui de qui j'ay tant de biens ouy racompter. — Quel est ce chevalier? » r^ead alors Bonilace. « C'est Aymeri qui a conquis la cité de Narbonne. » Lé roi apprend alors à sa fille que les messagers sont précisément venus de la part d'Aymeri pour la demander en mariage; elle en témoigne une grande Joie.
Le lendemain matin, Boniface appelle les messagers et leur fait connaître l'acceptation d'Hermengarde. (Fol. 21 r») La )eune fille leur est ensuite présentée, et comme ils veulent partir le jour suivant pour aller chercher le comte Aymeri, elle leur conseille de se mettre en route seulement au nombre de dix, tandis que cinquante resteront auprès d'elle avec Hugues de Berry. Les dix messagers désignés partent sous la conduite de Girart de Roussillon. t Commtnt le conte Clisson fui oceifpar les gens du conte
Ajrmery de Nerbonne^ et ses hommes mors^ chacie^ et
pris '. »
(v«) Les Allemands qui ont été mis en déroute par les envoyés d'Aymeri s'en sont allés raconter leur défieifte à Qisson. Celui-ci jure de s'en venger ; il rassemble des forces importantes et part de son château de Sainteron * pour attendre au passage les ambassadeurs, à leur retour de Pavie. Les dix chevaliers de Narbonne rencontrent leurs ennemis au fond d'une vallée, rebroussent chemin en toute hâte, et entrent dans un petit sentier qui les conduit en vue d'une tour. (Fol. aa f) Ils s'y réfugient, tandis que Girart de Roussillon continue à chevaucher sans retard vers Nar-