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pas qu'il y ait eu place pour notre Haimricus dans cet intervalle. Mais il a pu être l'un des premiers vicomtes de Narbonne, car, antérieurement au milieu du ix*" siècle, ces vicomtes sont presque inconnus, et le champ reste ouvert à toutes les conjectures ^
Quant à la femme d^Aymeri, Hermengarde, dont nos poètes font la fille de Didier et la sœur de Boniface, roi des Lombards, nous avons vainement cherché dans rhistoire un type qui put lui correspondre. Boniface parait être un personnage à peu près imaginaire ^; du moins, aucun prince de ce nom ne figure dans la liste des rois des Lombards. Pour Didier, il a réellement existé, et il s^est rendu célèbre par ses luttes contre Charlemagne ^. Les démêlés des Lombards et des Français dans Aymeri de Narbonne en sont
les limitet d*un territoire qui appartenait à l'abbaye de Caunes. Sturmion fut comte depuis 800 jusqu'en 810 ou 811 environ; il est rappelé dans un jugement de 834, comme ayant reçu un reacrit de Louis le Débonnaire, lorsque ce prince n'était encore que roi d'Aquitaine {Hist. générale de Languedoc, nouvelle éd., t. II, p. 314, note de M. E. Mabille).
I. « Rien n'empêche, » dit M. Paris, c qu'au a* siècle, époque à laquelle nous connaissons fort imparfaitement la suite des vicomtes de Narbonne, un d'eux se soit appelé Aimeri ... ; rien n'empêche qu'il ait été le véritable héros de la poésie épique, et qu'elle en ait fait plus urd le père des guerriers les plus célèbres dans le midi. » Romania, t. IX, p. 43.
a. n y a eu au II* siècle deux Bonifaces, le premier duc de Toscane vers 8 12, le second marquis de Toscane en 8a 3. L'un d'eux a pu servir de modèle au Boniface de notre épopée, ou tout au moins lui prêter son nom.
3. Sur le rêlo que joue Didier dans Tancienne épopée française, voy. G. Paris, Hist. poétique de Charlemagne, p. 3o8, 33o-5.
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peut-être un écho lointain et affaibli. L'histcûre nous apprend aussi que Didier eut une fille que Charlemagne épousa et répudia après un an de mariage \ et Mabillon a prétendu que cette princesse s^appelait Hermengarde '; mais nous ignorons sur quelle base le sayant bénédictin appuie cette assertion, et nous pensons quMl a fait simplement une confusion avec THermengarde de la légende. En effet, suivant Paschase Radbert, dont le témoignage a beaucoup de valeur \ la fille de Didier se nommait Desiderata, et elle ne semble avoir rien de commun avec Thérolne de notre poème ^. Le nom d'Hermengarde a été extrêmement répandu au moyen âge, et parmi toutes les femmes plus ou mdns illustres qui Tout porté i répoque carolingienne, nous n'en voyons pas une
I . « Cum mttrit horuitu filitm Detiderii, régit LAngobardorum, doxîttet uxorem, incertum qua de causa, pott annum eara repudJaTit. » Egînhard, Vita Karoli Magni, ch. zviii, dans Pertz, Scripiores, U 11, p. 453. Cf. Faachtse Radbert, Vita sancti Adalhardi, ibid., p. 5a5, dans les AA. SS, Ord. S. Bénédictin part. I, utc, IV, p. 3 10, et dans le Rec, des hist. de la France, t. VI, p. 276; le Moine de Saint-Gai), dans Pertz, Scriptores, t. II, p. 7S9. Suifant ce dernier, Charlemagne aurait répudié la fille de Didier € quia clinica etset et ad propagandam prolem inhabilit »
a. AA, SS. Ord. S, Benedicti, t. cit., note.
3. « Cum idem imperator Carolut Detideratam, Desiderii régit Italorum filiam, repudiaret... » Vita s, Adalhardi, l, cit,
4. Aubri de Troit-Fontaines, dans ta Chronique, après avoir reproduit le pastage d*Eginhard, ajoute que la fille de Didier est la reine Sibile des chansons de geste : « Super repudiatione dicte regine que dicta est Sibilia, a cantoribus gallicis pulcherrima contexta est fabula » (Pertz, Scriptores, t. XXIII, p. 712}.
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qui puisse être assimilée à l^épouse d* Aymeri de Narbonne ^
Il nous reste une dernière difficulté à résoudre. Nous venons de démontrer que notre Aymeri épique ne pouvait être le vicomte de Narbonne Aymeri I, ni son fils Aymeri IL Mais comment expliquer cette coïncidence de noms, qui ne peut certainement avoir été fortuite? M. G. Paris a tranché la question d^une manière fort satisfaisante : « Si, » dit-il, « le premier vicomte de Narbonne qui a porté le nom d' Aymeri avait été un étranger, investi à un moment donné de la seigneurie de Narbonne, le problème serait insoluble ; mais il n^en est pas ainsi : Aymeri I était fils de Bernard, et Bernard lui-même était le huitième descendant, de mâle en mâle, du Mayeul que nous trouvons établi comme vicomte à Narbonne au commencement du x^ siècle. Il est fort vraisemblable que si Bernard, vicomte de Narbonne, donna à Pun de ses fils le nom d' Aymeri, c^est parceque le nom d' Aymeri de Narbonne était, vers la fin du xi^ siècle, très célébré par les poèmes. Son fils en fit autant; son petit-fils Pierre de Lara suivit leur exemple, et nous trouvons jusqu^à neuf Aymeri parmi les vicomtes de Narbonne jusqu'à la fin du xiv* siècle^. » Ainsi, à Tinverse de Topinion longtemps admise, la légende aurait en ce
I. M. Tarbé propose d'identifier celle-ci à Hermengarde, fille de Tempereur Louis U et femme de Boson, roi de Provence, mais ce rapprochement n'est pas suffisamment fondé (Fouque de Candie, Introd., p. Li et i83).
a. Romania, t. IX, p. 43-3.
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point influé sur Thistoire. Du reste, comme nous l'avons vu précédemment, TAymeri qui est devenu le héros de la poésie épique, a pu fort bien être vicomte de Narbonne dans les premières années du ix® siècle; il a pu être la souche de la maison de Narbonne et transmettre son nom à sa famille. Remarquons que ce nom d'Aymeri devait être déjà répandu à Narbonne au X* siècle; il a été porté par un archevêque qui occupa le siège de cette ville de 927 environ à 977 ^ et qui appartenait peut-être à la famille des vicomtes ^. Plus tard, en Tannée 1266, on retrouve un Aymeri, chanoine de Téglise Saint-Paul ^. Il est d'ailleurs assez fréquent de voir certains noms célèbres dans répopée se perpétuer ainsi dans Thistoire. Celui de Guillaume s'est conservé dans les diverses maisons qui ont successivement possédé Orange. Il y eut pareillement au xui* et au xiv^ siècle plusieurs personnages nommés Arnaud de Gironde, comme Tun des héros de la geste d' Aymeri ; on les voit mentionner en des actes de 1242, 1288, 1294, i343 ^. Le nom de Girart de Roussillon a été également assez commun au moyen âge en diverses parties de la France, par