CXXX INTRODUCTION
suite de la popularité du Girart épique. Un seigneur de Vauche, en Forez, s*appelait ainsi à la fin du xin*" siècle, et Ton rencontre encore au xv* siècle un écuyer de Bourgogne portant ce nom ^ On peut de même attribuer sans doute à Tinfluence de Tépopée et à des préoccupations généalogiques le nom d^Hermengarde donné par Aymeri II à sa fille. Mais pour la femme d' Aymeri qui était aussi une Hermengarde, comme nous Tavons démontré, on ne saurait, bien entendu, recourir à la même explication. Il n*y a li évidemment qu^un simple efiet du hasard, une coïncidence purement accidentelle; et cette coïncidence, en somme, n'a rien de bien surprenant, quand on considère combien le nom d^Hermengarde a été fréquent au moyen âge.
Ainsi, les objections contre notre système ne sont pas aussi embarrassantes qu'elles le paraissent au premier abord, et la question de l'Aymeri historique se trouve résolue de la façon la plus vraisemblable. Nous aurions à déterminer maintenant à quelle époque la légende d^ Aymeri de Narbonne a été réunie à celle de Guillaume d^Orange *, mais en l'absence de
i, Girart de Roussillon^ traduction de M. Meyer, introd., p. clxix.
a. Les traditions poétiques relatives à Aymeri ont-elles pris naissance dans le midi, ou bien ont-elles été communes au midi et au nord/ Nous sommes porté à croire, avec M. Pio Rajna, que le cycle narbonnais s*est développé d'abord en Bourgogne, dans la vallée du Rhône. Ce système, que le savant italien appuie sur de fort bons arguments, nous paraît fournir la meilleure solution à la question de l'origine de la geste d' Aymeri et de Guillaume (voy. Le origini delV epopea francese^ p. 534 ^ tuiv.).
ATMERI ET HERMBNGARDB CXXXI
textes assez anciens, il est impossible de rien préciser à cet égard. Nous croyons que Ton a commencé par grouper autour de ce dernier héros Bernard, Bertrand, Hemaut et Guibelin, qui étaient sans doute indépendants les uns des autres à Torigine. Ces quatre personnages figurent, en e£ret,dansle Fragment de La Haie, attribué à la fin du x* siècle ^ Us se retrouvent aussi (sauf Guibelin qui est remplacé par Aïmer) dans la chanson du Pèlerinage de Charlemagne, et ils y sont déjà associés à Guillaume. Les plus anciennes chansons du cycle narbonnais, celles qui représentent le mieux la tradition primitive, donnent à Bertrand un rôle très important; dans le Couronne-
I. Nous avons examiné le nunutcrit de ce fragment dans la bibliothèque royale de La Haie, et nous ne sommes pas absolument convaincu de l'exactitude de la date qui lui a éU assignée jusqu'ici. Peut-être, à en juger par son écriture, n'est-il que de la première moitié du xi* siècle. M. L. Gautier, pour d*autres motifs, est aussi poné à le rajeunir ; il Tattribue à la fin du x* siècle, plutôt qu*au commencement {Êpop, françaises, 2* éd., L I, p. 74, note). — Le morceau en question semble avoir été transcrit par plusieurs mains différentes (au moins deux); il se trouve à la suite d'un manuscrit du x* siècle, qui contient les Gesta regum Francorum (coté n* 92 1), et il en occupe les trois derniers feuillets. Ces feuilleu sont collés sur onglets, et ils ont pu être ajoutés après coup à la fin du volume. Le fragment, qui débute par une phrase incomplète, part du recto du premier feuillet supplémenuire (tout en haut de la page), et s'arrête après quelques lignes au verao du troisième, où le copiste a cessé brusquement sa transcription (cf. Pertx, Scrip' tores, t. III, p. 708-10; G. Paris, Histoire poétique de Charlema^ gne, p. 5o-i, 84-6, 465-8; Romania, t. IX, p. 39-40; C. Hofmann, Ueber das Haager Fragment ^ dans les Comptes-rendus des séances de l'Académie de Munich, 1871, I, p. 3oo et suiv.; Nyrop, Den oid/ranskc Heltedigtningt p. 20-33; trad. iul., p. 21-24).