‹ Aymeri de NarbonneChapitre 155 sur 244 · CCXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CCXXVI INTRODUCTION

Il est facile de reconnattre en ce passage des emprunts à la chanson d'Aymeri de Narbonne. On voit ici, comme dans ce poème, Hernaut de Beaulande demander Narbonne à Gharlemagne et l'obtenir pour son fils K De plus, la généalogie de la famille d'Aymeri donnée par le chroniqueur est, à quelques variantes près, identique à celle qu'admet notre chanson 2. Ces emprunts, du reste, s'expliquent très facilement : Aubri, d'après les recherches les plus récentes, travaillait à la rédaction de sa chronique vers 1232, et il paraît l'avoir complétée vingt ans plus

1. Aubri rappelle aussi en un autre endroit les liens de parenté

d'Hernaut et d'Aymeri :« Arnaldusde Bellanda... hic fuit pa-

ter Nemerici de Narbona » (Script., t. XXIII, p. 723).

2. Voy. les arbres généalogiques de la maison de Montglane que M. G. Paris, dans VHist. poétique de Charlemagne (p. 469), a dressés d'après la chronique d'Aubri et d'après Aytneri de Narbonne. Il convient de faire à la première de ces généalogies une légère rectification. M. G. Paris a donné Hermengarde pour la mère de Vivien, mais, dans le texte de notre chroniqueur, le nom d'Ermengardis se rattache au membre de phrase qui précède (uxor imperatoris Ludovici), et non à celui qui suit {mater Viviani martiris). Hermengarde est bien ici le nom de l'épouse de l'empereur Louis, qu' Aubri, d'accord avec l'histoire, a substitué au nom fabuleux de Blanchejleur. On lit en effet un peu plus loin : « Conspirant in Ludovicum très ejus filii, Lotharius, scilicet, et cum Ludovico Pipinus, ex Ermengarde progeniti nobilissima conjuge sua, Jilia Nemerici, sorore sancti Guillelmi, qui dux Narbonensis provincie decus erat et tutela cultoribus christiani nominis et terror fulmineus inimicis » ( Pertz, Script., t. XXIII, p. 73 1). -- Voy. aussi les tableaux de la geste de Montglane donnés par M. L. Gautier (Ép. françaises, 1' éd.. t. IV, p. 565), et par M. Nyrop ('Den oldfranske Heltedigtning, p. 411, trad. ital., p. 387).

CHRONIQUES CCXXVII

tard, vers l'année 1262 '; d'autre part, l'abbaye de Trois-Fontaines où il exerçait la profession monastique était située en Champagne - ; il était donc à la fois contemporain et compatriote de Bertrand de Barsur-Aube, et il se trouvait par conséquent dans des circonstances très favorables pour connaître les œuvres de ce jongleur. C'est à lui qu'il doit en grande partie ses renseignements sur la lignée d'Aymeri de Narbonne; on remarquera, en effet, qu'il comprend dans cette lignée la plupart des personnages cités par Bertrand, et qu'il passe aussi bien que lui sous silence Gautier de Toulouse que les chansons les plus anciennes rattachent à la geste narbonnaise ^'. Toutefois il n'a pas suivi avec une rigoureuse exactitude les données fournies par Aymeri de Narbonne, et il a cherché à les combiner en certains points avec les détails un peu différents qu'il trouvait dans d'autres poèmes. Ainsi, conformément à la chanson de Fouque de Candie ^, il fait de la mère de ce héros une sœur de Vivien, tandis qu'elle est, d'après notre trouvère,

1. P. SchefFcr-Boichorst, dans Pertz, Script., t. XXIII, p. 646-7 ; cf. p. 640, 648.

2. Le village de Trois-Fontaincs est aujourd'hui compris dans le dcparlemoni de la Marne, arr. de Viiry-le-François, cant. de Thicblemont.

3. Dans le Couronnement Looys, Gautier de Toulouse est le neveu de Guillaume d'Orange :

Li cucns (iuillaunics en apela Gautier,

Le Tolosan, ciiisi l'oi uoiicier,

Fil de sa suer, un genlill chevalier.

(L'd. Jodckbioct, V. 1<')46-S ; voy. ci-Jcssui, p xcii.)

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