‹ Aymeri de NarbonneChapitre 157 sur 244 · V. 4660 etsuiv · texte numérisé non relu

V. 4660 etsuiv

2. Élie de Saint-Gille, éd. de laSociété des anciens textes, introd., p. XXI. M. G. Raynaud fait observer avec beaucoup de raison qu' Aubri de Trois-Fontaines « a connu le roman d'Élie, tel que nous le possédons aujourd'hui. » L'allusion de ce chroniqueur aux exploits d'Elie est tout à fait confornîe aux données du poème : « Qui Helias multa contra Sarracenos gessit tempore Machabrei, et de sorore Ludovici genuit Adulphum. » Le roi sarrasin Macabre est, dans la chanson, le principal adversaire d'Elie, et celui-ci finit par épouser la sœur de l'empereur Louis, Avisse, qui devint la mère d'Aiol (y. 2747 et suiv.).

'5. M. G. Paris (Hist. poétique de Charlemagne, p. 81), a cru reconnaître dans le nom dQ Nemericus, employé par Aubri pour désigner Aymeri de Narbonne, « la forme provençale iV'.4imerj(;5 ou Nemerics », et il a tiré de ce rapprochement un argument en faveur de l'origine méridionale du cycle narbonnais. Mais M. Meyer a fort bien démontré que dans Nemericus VN ne peut être la particule provençale (Recherches sur l'épopée française, dans la Bibliothèque de VÉcole des Chartes, 6' série, t. III, p. 43). Aubri, du reste, n'a connu Aymeri que par des poèmes français de rédactions peu anciennes. La littérature épique était très florissante en Champagne durant la première moitié du xiii« siècle) notre chroniqueur a eu surtout à sa disposition les chansons cycliques relativement récentes, qui étaient répandues à cette époque dans cette contrée (cf. Schefter-Boichorst, dans Pertz, Script., t. XXIII, p. 670).

CHRONIQUES CCXXIX

tant que possible, concorder entre eux. Tel est sans doute le motif qui l'a porté à s'écarter un peu de la chanson d'Aymeri; mais il n'en paraît pas moins certain qu^il Ta eue à sa disposition, dans la version même qui nous en est parvenue.

Un autre texte, à peu près contemporain de la chronique d'Aubri de Trois-P'ontaincs, nous montre également Aymeri traité en personnage historique. L'un des rédacteurs de la chronique de Waulsort ', dans une généalogie fabuleuse qu'il nous donne du comte Eilbert ^^ frère, suivant lui, d'Herbert II de Vermandois, le fait descendre d'Aymeri de Narbonne et de la comtesse Hermengarde, sœur de Boniface de Pavie :

Pater cornes Ebroinus fuit Ebroini pater cornes Bovo

fuit qui dictus est sine barba •; et hujus pater Bovonis cornes Warinus de Asclovia ^ exstitit, qui fuit filius inclyti nobilissimique comilis Aimerici Narbonensis, ex Ermen-

1. L'abbaye de Waulsort, où fut rédigée celte chronique, était une abbaye de bénédictins située au bord de la Meuse, non loin de Dinant.

2. C'est le comte Ybert de Ribemont de la chanson de Raoul de Cambrai. Sur ce personnage, voy. l'introduction de l'éd. de la Soc. des anciens textes, p. xxv-xxix.

3. Beuve sans Barbe, personnage épique, père de Girarl de Vienne dans la Karlamagnùs Saga (G. Paris, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 5' série, t. V, p. 92).

4. Le Garin d'Anséune des chansons de geste. La lorme Asclovia nous paraît être une mauvaise lecture de l'éditeur Je la chronique.

CCXXX INTRODUCTION

garde comitissa, sorore Bonifacii, magni principis de Papia». La chronique de Waulsort est l'œuvre de deux auteurs. Le premier, qui vivait au monastère de Waulsort du temps de l'abbé Thierry II (de 1 129 à 1 148), a conduit son récit jusque vers Tan i loo; au siècle suivant, un second annaliste a continué la chronique jusqu'à Tannée 1242 environ 2, et a refondu et modifié en quelques points le travail de son prédécesseur. C'est à cet auteur plus récent que doit être attribuée, suivant la judicieuse observation du P. Papebroch 2, la généalogie d'Eilbert que nous venons de citer. Ce chroniqueur a vraisemblablement connu Aymeri, Hermengarde et leur fils Garin d'Anséune, par une tradition épique qui se rattachait plus ou moins direcment à la chanson d'Aymeri de Narbonne ^.

Il est fait allusion à la prise de Narbonne dans une

1. Chronicon Valciodorense, d'Achery, Spicilegium^ éd. 111-4°, t. VII, p. 5i3, 5i4, éd. in-f», t. II, p. 709 ; Rec, des historiens de la France, t. VIII, p. 226, note.

2. Spicil., éd. in-4% t. VII, p. 16-18, 566; Rec. des historiens de la France, t. XIV, p. 614, note ; cf. t. XI, introd., p. lxv; Hist. littéraire de la France, t. VIII, p. 347-3 5o, t. XIII, p. 5i5-7, t. XXI, p. 7o3.

3. AA. SS., Avril, t. III, p. 8i5; cf. Hist. littéraire, t. VIII, p. 348; Raoul de Cambrai, éd. de la Soc. des anciens textes, introd., p. c.

4. Un historien du niême temps, Philippe Mousket, qui semble avoir terminé sa chronique en 1243, a largement mis à contribution la littérature épique, mais il n'a fait aucun emprunt à notre chanson d' Aymeri. Il rapporte seulement, d'après le Couronnement Looys, que l'empereur Louis épousa « la fille Aimmeri de Nierbonne » (éd. Reiftenberg, v. I2i63).

CHRONIQUES CCXXXI

autre chronique que nous avons déjà mentionnée précédemment \ et qui a été publiée par Catel dans son Histoit^e des comtes de Tolose (append., p. i65- 174), sous le titre de Chronicon ex veteri martyrologio manuscripto ecclesiœ Sancti Pauli Narbonensis '^. Cette conquête de Narbonne, par un étrange anachronisme, est attribuée à Charlemagnc et rapportée à Tannée 890 ^ :

Anno Domini dcccxc, fuit capta civitas Narbonae per Carolum Magnum.

La chronique de Saint-Paul, telle qu'elle a été donnée par Catel, s'étend de 890 à 1496. On retrouve un certain nombre de ses articles reproduits textuellement dans des fragments de martyrologes ou d'obituaires de Saint-Paul, dont les copies, faites par D. Estiennot, existent à la Bibliothèque nationale (ms. lat. 12770). A Taide de ces fragments, les derniers éditeurs de Y Histoire générale de Languedoc ont publié un nouveau texte de cette chronique, qui va jusqu'à l'année 1675 ^ Ce document, comme on voit, a été augmenté et complété à différentes reprises, mais nous pensons que sa rédaction primitive doit re-

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