Ce plan renferme les dispositions suivantes
1° L’établissement de trente écoles de musique de premier degré, placées dans les villes de quatrième ordre, contenant chacune un professeur et quinze élèves.
2° L’établissement de quinze écoles de musique, dites de second degré, placées dans les villes de troisième ordre, contenant chacune quatre professeurs et quarante élèves des deux sexes.
3° L'établissement de dix écoles de musique, dites de troisième degré, placées dans les villes de second ordre; quinze professeurs composant chacune de ces écoles, qui devront recevoir cent vingt élèves des deux sexes.
4° La relation de ces trois sortes d’écoles avec le Conservatoire établi à Paris, instruisant quatre cents élèves, et considéré comme école de quatrième degré.
5° L’établissement d’un pensionnat à Paris, destiné à recevoir vingt élèves qui réuniroient les qualités requises pour cultiver le chant avec succès.
Le nombre des élèves, celui des professeurs, la quotité de leur traitement, quelques vues administratives, la relation entre chacune des écoles dans lesquelles les élèves doivent passer pour arriver de celles du premier degré à celles du quatrième degré, et l’organisation du pensionnat, forment l’ensemble de ce travail, dont on ne croit pas devoir publier les détails en ce moment.
Le total de la dépense proposée par suite de ce plan monte à cinq cent sept
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les institutions qu’il propose assureroicnt la régénération complète de l'art musical en France.
La difficulté de faire en ce moment la dépense nécessaire pour son exécution peut seule arrêter. Mais il est bon de remarquer, en passant, qu'au total, cette dépense seroit moindre que ne l'étoit, dans la seule ville de Paris, celle de l’entretien des Maîtrises salariées pour la Cathédrale, la Sainte- Chapelle et les autres établissements du culte. Enfin le Conservatoire et cinquante-cinq écoles placées sur divers points de la République seroient défrayés avec environ cinq cent sept mille francs.
Les résultats de ce nouveau système d’enseignement seroient deux mille six cent cinquante élèves instruits dans toutes les parties de la musique. En supposant que sur ce nombre six cents seulement soient destinés par la nature à devenir musiciens; en évaluant la durée de l'éducation de chaque individu à six années, et opérant par terme moyen, on obtiendroit tous les ans cent élèves, qui serviroient à entretenir l’art dans la société, qui recruteroient les nombreux corps de musique militaire, fourniroient les moyens d’exécution pour les fêtes publiques, et alimenteroient les théâtres 1 .
Alors on réuniroit le triple avantage :
i° De remplacer avec une grande économie et d’une manière infiniment plus fructueuse les moyens si imparfaits d’instruction musicale qui existoient autrefois;
2« De créer, avec un système d'enseignement d’autant préférable à celui des cathédrales qu’il serait complet, une école de chant, qui pourroit par la suite rivaliser celles d’Italie ;
3 ° De nous rendre indépendants des écoles allemandes, où, jusqu'à l’époque de la fondation du Conservatoire, on a été obligé de puiser les musiciens ins Iranien lis les employés dans les régiments cl les spectacles.
Le Conservatoire de musique, n’ayant eu que très peu de voix d'hommes à cultiver, n’a pu prouver dans cette partie, comme dans toutes les autres, la bonté du système d’enseignement qu’il pratique. Cependant, les talents qu’il a pu produire pourroient déjà être cités avec honneur; les dispositions qu’il cultive donnent beaucoup d'espérances, et il faut convenir que ce n’est pas là le seul but que doit atteindre cet établissement.
Avant tout il faut trouver des voix. En plaçant des écoles dans les départements méridionaux, où les organes sont plus favorablement disposés pour le chant, on découvrira sans doute des élèves propres à recevoir avec succès le bienfait des bonnes théories.
mille francs; il y est mis en opposition avec un tableau approximatif des frais d’entretien des anciens établissements, relatifs à l’art musical, dont les écoles de maîtrises et de cathédrales font le principal article, qui se montoient annuellement à dix-huit millions. (Le texte de ce plan est inséré dans le Rapport fait le 13 juin 1883 au nom de la commission chargée d*organiser l'enseignement musical , par H. Régnier. Impr. nat., 1883, p. 25.) — G. P.
1. On compte soixante et quinze principaux théâtres lyriques en France, non compris ceux des quatre départements des pays d’entre Meuse et Rhin, Rhin et Moselle, ni ceux des six départements composant la vingt-septième division militaire.
OBSERVATIONS SUR L’ÉTAT DE LA MUSIQUE
Une cause principale de la rareté des belles voix, c’est la guerre soutenue pendant dix années par des armées continuellement recrutées de jeunes gens requis à l’époque où la voix de l’homme se forme et a besoin d’ètre cultivée pour acquérir les qualités qui constituent un bon chanteur.
La paix a détruit cet obstacle; il ne faut plus que rechercher des sujets que le Conservatoire formera, cl l’on s’en occupe. Cette recherche exige du soin et de l’activité; mais pour réussir plus complètement, il faudroit placer sur les principaux points de la population des examinateurs, dont la mission seroit de découvrir les voix propres à la culture.
Les professeurs des Écoles de musique seroicnt ces examinateurs permanents : ils rendroient compte régulièrement des dons de la nature, assez rares en ce genre ; le Conservatoire les recueilleroit et développeroit.
Enfin pour compléter cette mesure, et en recueillir tout le fruit, il est nécessaire d’établir auprès du Conservatoire un pensionnat exclusivement destiné à l’encouragement de l’étude du chant; les élèves que la nature auroit doués, pour toute fortune, d’une belle voix, y seroicnt gratuitement admis : on arracheroit par ce moyen des germes précieux aux petits théâtres, où l’indigence les conduit, et où les talents avortent au lieu de se développer : la corruption est le seul fruit que les jeunes gens y recueillent.
Après avoir examiné la question de l’enseignement et de la propagation de l’art musical en France sous les rapports libéraux, il ne sera pas inutile de l’envisager sommairement sous l’aspect du produit commercial. Si les beaux-arts donnent du relief aux nations et leur assignent le rang qu’elles tiennent dans l’opinion des peuples, ils contribuent aussi à leurs richesses.
Autrefois le commerce français ne reliroit que très peu d’avantages des objets relatifs à la musique; les produits de cette partie de l’industrie nationale étoient nuis pour le fisc; des artistes étrangers venoient en France exercer la supériorité de leurs talents; ils retournoient dans leur patrie avec le tribut de notre admiration et une portion de notre numéraire proportionnée au succès qu’ils avoient obtenu. Désormais la balance peut et doit se tourner à notre avantage; le Conservatoire de musique, et les moyens qu’on vient de proposer pour étendre son utilité, nous rendront indépendants des étrangers. Déjà plusieurs de nos artistes, parvenus au plus haut degré de talent, relèvent l'Ecole française de l’état d’avilissement dans lequel elle étoit tombée. Que sera-ce lorsque, par suite d’un système complet d’enseignement, nous pourrons atteindre la perfection dans toutes les parties de l’art musical? Alors combien le Trésor public sera indemnisé des avances qu’il aura faites à cet art!
Quelques exemples puisés dans les opérations actuelles du commerce prouveront combien l’industrie est préparée à seconder les encouragements que pourroit lui donner le Gouvernement, et quels avantages il en pourroit résulter.
Avant la Révolution, l’Angleterre nous fournissoit des pianos; le prix ordinaire des meilleurs étoit de trois cents à six cents francs.
L’Allemagne nous fournissoit la plus grande partie des instruments à vent et à cordes; les cors allemands, instruments assez bruts, étoient payés
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soixante-douze francs; on payoit les bons violons du Tyrol cent vingt francs; la consommation de ces instruments étoit considérable.
Nos pianos sont maintenant recherchés dans toute l’Europe ; leur prix est monté de mille à deux mille quatre cents francs ; le prix de nos cors, préférables par leur fini à ceux d’Allemagne, est monté de même de trois cents à cinq cents francs; nos luthiers fabriquent des violons dont la bonté en a fait hausser le prix ordinaire à quatre cents francs.
Les exemples cités sur ces trois sortes d’instruments s’étendent à la facture de tous les autres; et généralement la fabrication française a, dans le commerce, la supériorité sur celle des autres nations : cette vérité est attestée par l’empressement avec lequel ses produits sont recherchés.
Si le commerce des instruments nous appartient exclusivement par l’excellence de notre facture 1 , celui de la musique gravée nous appartient également. Nous ne tirons pas de musique du dehors, et nous en exportons beaucoup 2 : les avantages qui résultent de ces deux branches de commerce et l’impôt attaché à l’une d’elles 3 sulfiroient dey à pour compenser ce que les les établissements existants ou proposés coûteroient.
Depuis quelques années, le Gouvernement a établi, au profit des pauvres, une taxe sur les entrées des spectacles, bals et concerts 4 ; cette taxe, pour la seule ville de Paris, est affermée cette année quatre cent mille francs. Maintenant que les pauvres sont richement dotés par l’établissement des octrois, l’art qui contribue le plus à procurer de telles ressources pourroit, si le Gouvernement le vouloit, trouver sur ses propres produits les moyens nécessaires à sa conservation et à ses progrès.
1. Un article réglementaire du Conservatoire porte que tous les instruments donnés comme prix aux élèves seront de facture française. Cette disposition tend au perfectionnement de la fabrication, en ce que les artistes qui la dirigent ont pour but principal de procurer à leurs élèves les meilleurs instruments : de là les soins et les recherches qui nécessairement améliorent continuellement la maind’œuvre.
2. La gravure de la musique est portée à Paris à un degré de perfection inconnu dans les autres villes de l’Europe.