ACTE II, SCENE II
BABIOLE
C'est lui !
JOBLOT , à part.
Eucore elle !... (Haut.) Qu'est-ce que vous faites donc ici ?
BABIOLE
Vous le savez bien... Nous y travaillons, parce que Mme d'Auberive, la grand'mère, a du monde. ce soir I
JOBLOT, à part.
Et sa petite-Aile en attend ce matin... C'est gênant !
BABIOLE
Vous êtes bien gentil...
JOBLOT, appliquant ces mots à sa toilette. Je le pense!...
BABIOLE
D'être venu nous aider, et d'avoir oublié votre dispute avec le bourgeois... Il est là, dans l'autre pièce...
JOBLOT.
Et lui aussi !...
BABIOLE
Oui, j'ai apporté votre veste et votre tablier !
Allons! je suis comme le colimaçon, je traîne ma boutique après moi; ce n'était pas la peine de la quitter!
BABIOLE, lui montrant l'échelle a gauche et le tablier de Marcel, qui est resté sur un des échelons.
Otez donc votre habit... pour travailler... JOBLOT, à lui-même.
Joli négligé pour un rendez-vous avec une grande dame. (Regardant la rose qui est à ses pieds. J Qu'est-ce que je vois là?... Vous foulez les roses aux pieds...
BABIOLE
Justement... Ce grand seigneur... ce vicomte de Lavarenne veut toujours...
JOBLOT.
Que vous alliez décorer son boudoir... Je crois bien ! un ornement comme celui-là...
BABIOLE
Et il ose demander pour réponse, que je lui renvoie cette rose...
JOBLOT.
C'est galant!... c'est vicomte!... c'est Pompadour... comme nos fauteuils à médaillon!... Et vous qui êtes simple et naïve, vous pourriez donner là-dedans ! croyez-moi , Babiole !
AIR : Faut l'oublier.
Que chacun s' mesure à son aune ;
Ne consultez que la raison,
Et fuyez la séduction
Et du gant blanc, et du gant jaune !
Choisissez, dans votre intérêt ,
Un mari d'un bon caractère.
Qu'il soit confiant, bon sujet!
Et même un peu jobard.. . ma chère !
BABIOLE, le regardant avec tendresse.
Vous l'savez bien... mon choix est fait, Il n'en est qu'un qui puisse me plaire, Mon choix est fait I (Bis.)
JOBLOT.
Ah! j'oubliais!... c'est vrai , Babiole; mais c'est impossible... et vous ne savez pas...
BABIOLE
Si, monsieur! je sais bien la peine que ça vous fait... et à moi aussi .. Ça n'est pas possible maintenant puisque vous n'avez rien... et moi autant... Ça n'est pas assez pour s'établir!... Mais j'attendrai... j'ai de la patience... Et quand ça ne devrait arriver que dans vingt ans... ça m'est égal... pourvu que ça arrive !
JOBLOT.
Babiole!... Ma chère Babiole.
BABIOLE
Après ça... de rester vieille fille, ça vous enlaidit, ça vous maigrit... Je le sais bien... Mais vous direz : c'est pour moi qu'elle est comme ça... Vous me pardonnerez de ne pas être belle et même ça vous fera plaisir... n'est-ce pas? JOBLOT, avec un mouvement négatif.
Ili ! hi !
BABIOLE
Moi, d'abord... ça me produit cet effet-là... Je vous aime mieux quand vous êtes laid... et mou amour augmente tous les jours...
JOBLOT.
Tenez Babiole, quand vous me parlez comme ça... je ne sais ce que j'éprouve... C'est comme un regret... et en même temps un plaisir qui fait que... (A part.) Et l'autre grande dame qui m'attend... Quel malheur, mon Dieu, d'être lancé dans les grandeurs... sans cela, ma parole d'honneur!...
BABIOLE
Quoi donc?...
JOBLOT.
Plus je vous regarde... et plus il me semble que si je pouvais là... vous épouser comme un simple particulier.
BABIOLE, faisant un mouvement vers lui.
Dame !... Voyez !
JOBLOT.
Non, non, ça ne se peut point !...
MARCEL, en dehors.
Babiole!...
JOBLOT, à part.
Je ne m'appartiens plus !
MARCEL, en dehors.
Voilà M. Marcel... votre bourgeois et le mien, qui vous appelle dans l'autre salon.,.
BABIOLE ET JOBLOT,
BABIOLE
J'y vais... j'yvais... Adieu, monsieur Joblot... et du courage... Moi d'abord, vous savez... Je vous...
JOBLOT.
Eh oui !... c'est connu !...
OCOOOOOOOOOOOOOOOOOCOOOOOOOOOOOOOOCQOOOOOOOGOOOOOOO