SCÈNE XI
MARCEL, JOBLOT.
MARCEL, regardant Joblot.
A qui en a-t-il donc, celui-là ?
JOBLOT.
A qui j'en ai? à vous.. .! Je me disais là : Est-il possible que le père Marcel, qui a eu du talent dans son temps ; le père Marcel , une des gloires
de l'empire... C'est la vérité, vous avez été,
comme l'empereur, le premier dans votre genre.
(Marcel se croise les bras derrière le dos, et prend un
air d'importance.)
AIR de Madame Favart.
Tous deux fameux par divers privilèges , Tous deux alors puissans par votre bras, Vous vous chargiez, vous, de faire les sièges , Il s'ehargeait, lui, de livrer les combats. Il fabriquait de nouvelles couronnes Pour tous ces rois, sur lui parodiés;
Mais il n'est point de rois sans trônes...
Et les trônes , vous les faisiez!
C'est lui qui distribuait les trônes,
Et c'est vous, vous, qui les faisiez !
Je m'en vante ! avec du velours, et des clous dorés!...
JOBLOT.
Eh bien ! est-il possible , monsieur, je vous le demande, que le même homme qui avait dans la tête une foule de meubles plus nouveaux les uns que les autres, des commodes, des secrétaires, des lavabo... Eh bien non! déménagé!... plus rien!... rien !...
MARCEL
Qu'est-ce qu'il a donc, avec ses déménagemens, ses lavabo?...
joblot, se retournant.
Hein?...
MARCEL
Et à qui diable disais-tu tout cela ?
JOBLOT.
A M. Ernest, qui me parlait tout à î'heure de meubles pour l'exposition... l'exposition des produits de l'Industrie, à laquelle vous n'avez seulement pas pensé... et si vous aviez eu un peu de ce chic...
MARCEL
Ce chic ?
Ce'truk...
Ce truk ?
Je veux dire ce fion qui, dans les arts, fait le génie, vous auriez quelque morceau d'apparat; mais... jamais... jamais !...
MARCEL
Jamais ! et mon secrétaire pour le général Balthasar !
joblot, à part.
Nous y voilà !
MARCEL
Mon secrétaire, façon Boule!
JOBLOT.
Ne parlez donc pas de voire Boule! c'est vieus!
BABIOLE ET JOBLOT,
rococo !... Ce n'est plus ça !... on ne veut plus de Louis XV. Ce qu'il faut maintenant, ce sont des secrétaires Louis XI, avec des secrets, des ressorts, des trappes mystérieuses...
MARCEL
Et j'en avais, moi, que personne n'aurait jamais deviné !...
JOBLOT.
Laissez donc !...
Si je te disais qu'il y avait d'abord...
JOBLOT.
Quoi donc ? eh bien, voyons?... quoi donc ?
MARCEL, voyant entrer Babiole.
Oh!... Babiole!...
JOBLOT.
Dites-le donc!...
MARCEL
Non... devant Babiole...
JOBLOT.
Oh ! parce qu'il n'y a rien!...
MARCEL
Eh bien !... (Il lui parle à l'oreille.)
JOBLOT.
Ah 1 bah!...
MARCEL
Puisensuile. (Marne jeu.)
JOBLOT.
C'est connu ça ?...
Marcel, même jeu.
Et enfin... on poussait, le ressort partait... et crac!...
(Il finit la démonstration par un coup de pied qu'il
frappe sur celui de Joblot.)
JOBLOT, poussant un cri.
Aïe !... (A part, avec joie.) J'ai mon affaire !
MARCEL
Et si je voulais exposer mon secrétaire, il serait encore temps!...
JOBLOT.
Si vous le pouviez... Mais où le trouver?...
MARCEL
Il doit toujours être dans le boudoir...
JOBLOT.
Quel boudoir?
MARCEL
De l'hôtel...
JOBLOT.
Quel hôtel?...
MARCEL
Du général.
JOBLOT.
Quel général ?
MARCEL
Balthazar !...
MARCEL et JOBLOT, ensemble.
Dans le boudoir de l'hôtel du général, dont le vicomte a hérité!...
BABIOLE
Mon parrain ! mon parrain !...
MARCEL
Qu'est-ce que c'est ?...
BABIOLE
Je ne peux pas attacher toute seule les tringles du haut, ni monter à l'échelle, vous comprenez...
MARCEL
On y va ! on y va ! (A Joblot.) J'y songerai ! (A Babiole.) Apporte-moi ce fauteuil là-dedans!...
BABIOLE
Oui , mon parrain.
MARCEL
J'y songerai ! (Il sort a droite.)
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