LA TOUR DE BABEL
Ils se dirent l'un à l'autre : allons, faisons des briques et cuisons-les au feu. Ils se servirent donc de briques comme de pierres et de l'argile comme de ciment.
Ils dirent encore, faisons une ville et une tour dont le sommet s'élève jusqu'au ciel, et rendons notre nom célèbre, car nous serons peut-être dispersés sur toute la terre.
Or, Jéhovah descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les hommes.
Jéhovah dit : Ils ne sont tous maintenant qu'un seul peuple, et ils ont tous le même langage, ils ont commencé à faire cet ouvrage, ils ne quitteront point leur dessein qu'ils ne l'aient achevé,
Eh bien, descendons en ce lieu et confondons-y leur langage, qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres.
C'est ainsi que Jéhovah les dispersa de ce lieu dans tous les pays du monde et qu'ils cessèrent de bâtir cette ville.
C'est pour cette raison qu'on la nomma Babel, parce que c'est là que Jéhovah confondit le langage de toute la terre et dispersa les hommes dans toutes les régions. »
(Gen. ch. xi, v. 1-9.)
Quel a été, en dehors du récit mosaïque, l'importance de cette tradition dans la Chaldée? C'est ce qu'il est impossible d'apprécier, il est certain qu'elle y circula dans une haute antiquité et les compilateurs de Bérose l'ont propagée sous son nom; mais nous n'avons pas ici, comme pour le récit du déluge, un renseignement d'une époque incontestable pour en constater l'origine ou le passage. Les inscriptions du temps de Nabuchodonosor dans lesquelles quelques savants, au début des recherches, avaient cru en saisir la trace, ne nous permettent pas d'affirmer que le rédacteur chaldéen ait eu en vue ce grand événement tel qu'il résulte des traditions de la Genèse. Nous aurons du reste occasion, par la suite, d'apprécier l'ensemble de ces documents et de signaler leur silence à cet égard.
Quoi qu'il en soit, nous devons enregistrer ici les indices qui ont été recueillis par les compilateurs de Bérose et qui pourraient nous faire supposer qu'on retrouvera un jour ces données dans les monuments que Bérose luimême aurait pu consulter.
Abydène s'exprime ainsi :
« On raconte que les premiers hommes énorgueillis outre mesure par leur force et leur taille en vinrent à mépriser les dieux et à se croire supérieurs à eux. C'est dans cette pensée qu'ils élevèrent une tour d'une prodigieuse hauteur qui est maintenant Babylone.
« Déjà elle approchait du ciel quand les vents vinrent au secours desDieux et bouleversèrent tout l'échafaudage en le renversant sur les constructeurs. Les ruines en sont appelées Babylone, et les hommes qui avaient jusqu'alors une seule langue, commencèrent à parler par l'ordre des Dieux des idiomes différents. »
Il n'est pas certain que le passage d'Abydène soit extrait de Bérose, bien qu'il figure dans tous les recueils des fragments de l'historien chaldéen. Nous allons essayer de faire comprendre comment il a pu s'y introduire.