CHAPITRE VI. — 463i. iSi
une affaire pendante. 11 pensait qu'en recevoir après le jugement, ou du moins sans savoir si l'affaire n'était pas jugée, constituait une grande différence de culpabilité, et il l'invoquait à son profit. C'est avec ces restrictions qu'il faut admettre toutes ces protestations de pureté qu'il adressait sans cesse au roi , à Buckingham, à ses amis. Il se trouvait innocent, n'ayant jamais, croyait-il, jugé pour de l'argent, et il acceptait des présents , parce que tout le monde , le roi lui-même, en recevait. Nous ne faisons aucune ' difficulté d'enregistrer la défense de Bacon , nous la tenons pour fondée en fait, et nous trouvons la condamnation juste.
Pour en finir avec ce triste dénoùment de son histoire, ajoutons qu'il ne se manifesta ni un très-vif intérêt pour le sauver, ni une violente passion pour le perdre. Edouard Coke, seul peut-être, s'en fit une cruelle joie. La chute de Bacon ne fut même point un aussi grand événement que nous le fait supposer la célébrité posthume de son nom. On ne voit point que par le monde sa réputation en ait énormément souffert. On savait fort mal, on comprenait fort peu ce qui se passait en Angleterre, et, dans ce temps-là, non moins que dans le nôtre, quoique par des raisons un peu différentes , les condamnations judiciaires prononcées contre d'importants personnages frappaient surtout les esprits comme des revers de fortune et d'éclatantes disgrâces. La pitié était plus prompte à s'émouvoir que l'indignation.