VOID
Il existe à Void une prison pour les passagers. Son organisation est complètement vicieuse:
je la visitai avec M. Etienne et plusieurs autres habitans respectables de ce bourg.
En entrant dans la salle des détenus, ces messieurs furent frappés de l'air infect qu'on y respirait, et ne voulurent pas aller plus avant. En effet, cette salle est une des plus noires et des plus privées d'air que j'aie jamais vues. Une petite croisée garnie de nombreux barreaux de fer est le seul moyen de renouveler l'air, car la porte reste fermée nuit et jour. La cour non seulement est très resserrée et entotirée de grands murs, mais elle est encore pleine de fumier du côté de la croisée du cachot, en sorte que les malheureux qui s'y trouvent enfermés respirent une exhalaison dégoûtante.
S'il arrivait des femmes ou des filles, où serait leur prison? dis-je à la concierge; la réponse qu'elle me fit se terminait par ces mots : « Nous n'avons que deux chambres, pour mon mari et moi , il faudrait donc les coucher avec nous. »
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Indigné de cet état de choses, j'ai voulu m'assurer de la possibilité ou de l'inipossibilité d'agrandir cette prison, et je me suis convaincu qu'au moyen d'une très légère dépense et en ne donnant au concierge qu'une seule chambre, on pourrait ne plus souffrir cet affligeant mélange. La cour pourrait aussi s'agrandir par l'achat d'un terrain de peu de valeur, et au moins de pauvres prévenus ou condamnés qui arrivent fatigués par le voyage, et qui ne reçoivent qu'une mauvaise nourriture, respireraient un air pur, et ne seraient plus forcés de se prostituer.
Quelques jours après ma visite, une pauvre fille , prévenue d'un délit de peu d'importance , fut amenée à la prison de Void. Le concierge ayant voulu abuser d'elle, et n'ayant pu y parvenir, introduisit dans son cachot deux soldats également détenus, et les exhorta à profiter de l'occasion^ après les avoir fait boire pour leur monter la tête. L'un d'eux fut assez honnête homme pour ne pas abuser de sa position ; mais son camarade eut moins de scrupules, et neuf mois après la pauvre fille reconnue innocente , et acquittée , alla faire ses couches à l'hôpital de Nancy.
Des faits pareils parlent assez haut pour qu'on s'abstienne de toute réflexion à leur égôrd.
Nous recommandons cette [Prison ali maire actuel, M. Hutin, dont on apprécie la sage administration.
BAn-LE-DUG.
" La maison de détention de cette ville est très belle. Construite sous l'administration de M. Camille Péiier, elle réunit la sûreté à la . salubrité, qualités qu'on devrait toujours rencontrer dans de semblables maison». Les chambres ont de grandes croisées dominant toute la ville, et qui donnent aux détenus la vue d'une charmante campagne. Les lits sont parfaitement propres et soignés par le concierge dont tout le monde fait l'éloge. Le pain est bon , la soupe ce qu'elle peutêtre en raison de Fallocation du gouvernement. M. Félix Gillon,run des plus honorables avocats de Bar, m'accompagnait, et conime moi il a été surpris de la tenue satisfaisante dé cette prison. On remarque dans les chambres d'épaisses boiseries en chêne qui s'élèvent au-
lourde tous les murs à ptu^e six pieds au-dessus du plancher, qui est également en bois. Cette construction empêche dans tous les temps l'hu^ midité si ordinaireaux prisons et si dangereuse pour les détenus. Cette amélioration est vraiment admirable et devrait être introduite dans toutes les maisons de ce genre. Je dois dire j pour être juste, que le baron Romain, alors préfet du département de la Meuse, secondait les travaux du conseil des prisons établi à Bar. Il visitait souvent lui-même les détenus de cette ville. En nous rendant dans les cachots nous avons vu avec une vive satisfaction qu'ils étaient parquetés et entourés de boiseries comme les autres chambres. La punition ne consiste pour celui qui la provoque que dans son isolement des autres prisonniers. Ainsi nous ne pouvons qu'applaudir à la bonne organisation de cette prison, qui est ouverte à tous les curieux qui voudraient la visiter.
3 1 6 PRISOK&
€OMM£RGY.
La ville de Commercy possède une prison destinée seulement aux passagers ; elle est bien tenue et construite assez convenablement : il y a peu de chose à dire sur son administration.
En parlant de Commercy, nous devons payer un profond témoignage de vénération à la mémoire de Stanislas , ancien roi de Pologne. Ce monarque, descendu d'un trône que ses vertus élevaient au plus haut degré de gloire et entouraient d'un éclat tout nouveau pour l'humanité, eut l'heureuse idée de se créer un empire plus solide et plus durable que celui qu'il abandonnait , en formant un état dont la charité la plus éclairée serait la base et la loi suprême. Stanislas, en se retirant dans un pays étranger, comprit qu'il pouvait trouver un bonheur si rarement connu dès rois , en s'occupant avec ardeur et persévérance des institutions destinées à soulager la misère du peuple. Il voulut se naturaliser Français , en fondant des hospices ou en concourant à leur entretien. On assure dans le pays, où ce prince est encore
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l'objet de l'amour de tous les habitans*, qu'il avait conçu le projet de donner aux accusés des défenseurs gratuits et d'apporter des améliorations dans le sort des prisonniers. Ainsi la formation du comité des prisons de la société de la morale chrétienne ne serait pas une institution nouvelle, et nous pourrions nous honorer d'avoir une association appréciée depuis long-temps par ce grand roi.
En parcourant les villes, les campagnes de la Lorraine , on est frappé d'admiration au récit que de simples habitans s'empressent de faire des bienfaits dont Stanislas a laissé le souvenir. Dans les chaumières les plus pauvres , si l'on trouve un portrait, c'est celui du roi de-Pologne. Il n'est pas rare d'entendre dire au plus simple laboureur : « Ce bon Stanislas n'avait qu'une fortune médiocre pour un roi , mais il aimait tant les pauvres gens, qu'il retranchait de ses dépenses tout ce que réclamait le soulagement des malheureux ; sa maison était sans faste; il allait toujours sans suite visiter les cultivateurs, et s'entretenait' avec eux sur les meilleurs moyens à mettre en pratique pour améliorer l'agriculture. Il s'informait du nombre