CAHIER DE MARLY-LE-ROI
Cahier des doléances, demandes, plaintes et remontrances de la paroisse de Saint-VigordeMarly-le-Roi, étant du ressort du bailliage royal de Versailles, pour servir d'instructions et de pouvoirs généraux aux députés de la paroisse, à proposer à Rassemblée des Etats généraux dont l'ouverture commencera le 27 avril 1789, de la manière et ainsi qu'il suit :
Art. 1 er . — Représentent que la paroisse de Marly-le-Roi ne forme qu'une seule et même communauté pour le civil avec celle du Port-Marly, en vertu de lettres patentes du roi, données à Versailles au mois d'avril 1785, registrées en Parlement et à la Chambre des comptes de Paris ; les habitants demandent la continuation de leur communauté pour les impôts quelconques, et les affaires d'icelle, sans innovation : sans cependant que l'assemblée tenue aujourd'hui par les habitants du Port Marly, conformément à l'ordonnance de M. le bailli de Versailles, puisse être réputée à un renoncement de la part des habitants de Marly au contenu aux lettres patentes ci-dessus énoncées ; que, quoique la paroisse soit déterminée à ne nommer que 3 députés, c'est seulement à la soumission de l'ordonnance de mon dit sieur le bailli de Versailles.
Art. 2. — Représentent aussi que feu Louis XIV, de glorieuse mémoire, a renfermé une commune de 200 arpents et quelques perches de terre qui leur appartenait et servait de pâture à leurs bestiaux, qui ont été compris dans les constructions des château, jardin et parc de Mari y. Pour indemnité, au lieu de champ, S. M. Louis XV, de glorieuse mémoire, a fixé le principal de leur taille à 4,150 liv. sans pouvoir être augmenté au delà de ladite fixation, par arrêt de son Conseil du 24 août 1734, dont copie est ci-jointe ; confirmé par son premier bon donné en 1760, et par un autre pour les causes y portées, du 23 août 1763, dont copie est aussi jointe à l'original, étant ès-mains de M. le maréchal de Mouchy, et par autre de S. M. Louis XVI régnant, du 8 mai 1778, dont copie est aussi ci-jointe, l'original étant ès-mains de M. le comte de Poix ; mais M. l'Intendant de la généralité de Paris ayant depuis quelques années consécutives excédé la fixation de leur taille, demandent très humblement à MM. des Etats généraux qu'elle soit rétablie sur le même pied de 4,150 liv. de principal, ou une indemnité équivalente.
Art. 3. Demandent la suppression de l'impôt de la corvée, parce que la paroisse de Marly-le-Roi est un lieu royal qui n'a aucun débouché sur aucuns grands chemins sujets à la corvée.
Art. 4. — Les feux rois, de glorieuse mémoire, Louis XIII et Louis XIV, pour l'utilité et aisance tant des habitants de Marly que des personnes attachés à la suite de la Cour, où elle y venait fréquemment, ayant fait faire un chemin pavé dit Labègue, conduisant de Marly à Saint-Germain-en-Laye, MM. des Ponts-et-Chaussées, de leur autorité privée, l'ont fait entièrement (détruire) : ce chemin étant indispensable, ils en demandent le rétablissement.
Art. 5, — Représentent que Marly est situé sur une éminence bornée de toutes parts par les jardin, parc et forêt dudit Marly, n'ayant point d'eau, que dans le cas d'incendie on ne peut donner aucun secours, demandent très humblement
au roi un filet d'eau avec une fontaine dans le carrefour du dit Marly, ou de faire rétablir avec ce même filet d'eau la pièce d'eau appelée Verderon, faite pour recevoir les égouts de la forêt de Marly, pour éviter des malheurs imprévus.
Art. 6. — Demandent d'être maintenus dans la propriété du terrain restant de l'emplacement au-dessus de l'Eglise, et des portions sur ce même terrain, qui y ont été usurpés par les anciens propriétaires de la maison appartenant actuellement à M. l'abbé d'Anglade.
Art. 7. — Demandent la suppression des milices.
Art. 8. — Demandent la suppression des gabelles.
Art. 9. — Demandent la suppression dans la partie des aides.
Art. 10. — Demandent l'impôt territorial : que tous privilégiés qui ne paient pas payent comme le tiers-état.
Art. 11. — Représentent que par la cherté du pain tous les pauvres malheureux souffrent. A cet égard s'en rapportent aux bontés du roi pour son peuple, et à la prudence de MM. des Etats généraux.
Art. 12. — Demandent la suppression des colombiers, rapport au tort que les pigeons occasionnent sur chaque territoire.
Art. 13. — Demandent la suppression des capitaineries, hors les lieux où le roi chasse.
Art. 14. — Les feux rois Louis XIII et Louis XIV avaient fait paver en entier toutes les rues de Marly, avec ordre de les entretenir soigneusement ; c'est ce qu'on ne fait pas.
Demandent que toutes ces rues soient entièrement recherchées et refaites à neuf, notamment celle conduisant du carrefour de la rue des Vaux à la porte de la maison de la dame de Villemorien, où se fait le raccordement des pavés, celle de la rue des Bernouis, et de celle conduisant du principal carrefour et place de Marly au carrefour de la Croix-Rouge, raccordant le chemin pavé conduisant à celui dit Labègue.
Fait et arrêté le contenu du présent cahier de doléances, entre les habitants de ladite paroisse de Marly-le-Roi, ce jourd'hui 14 avril 1789.
Et ont signé :
Ollivon, syndic. — Deplane. — Fournier. — Tricot.
— Moiesseron. — Raverdy. — Cagneux. — Geille. — Pauzière. — Lefebvre. — Motte. — Gatutelle. — Gagné. — Riet. — Quinebaut. — Tiferne. — Le Gointe. — GaudeU — Tricot.
— Boquereau. — Souard. — Jobert. — Desaunettes. — Langevin. — Delamorlière. — Paindit. — Lemeunier du Puisard. — Lecointe. — Thuret. — Bouton. — Berneront. — Jobert. — Barjonnet. — Charpentier. — Paradis. — Langevin. — Auconte. — Rouet. — Fleur. — Boulard, André. — Langrume. — Deplanche.
— Delamorlière. — Thuret. — Coûtant. — Soula, huissier. — Lefébure. — Bigard. — Titreville. — Blot. — Bellavoine — (Et quelques signatures illisibles).
Pascault, notaire, Président.
Députés nommés pour aller à Versailles :
M 6 Pierre-Nicolas de Plane, ancien avocat et procureur du roi du présidial de Rouen. Jacques- Laurent Ollivon, syndic, et Pierre-Antoine Tricot, jardinier.