LES EAUX ET LES BAINS
Les eaux, — Leur nature. — Leurs caractères physiques, — Leur origine, leur formation. — Leurs vertus médicinales. — Leur action |ih\ biologique. — Leur emploi. — Nécessité d'un médecin. — Hygiène du baigneur. — Durée du traitement. — Nomenclature des sources.
— Leur découverte. — Fouilles nouvelles. — Les thermes anciens.
— L'établissement actuel. — Visite à l'établissemet thermal.
La réputation des eaux de Luchon va croissant de jour en jour, et rien n'est mieux acquis que cette réputation. Luchon possède, en effet, un nombre considérable de sources (cinquante-quatre); ces sources sont très-abondantes, et il n'en est pas dans le reste des Pyrénées qui offrent a l'analyse une aussi grande proportion de matières minérales diverses.
£enr nature. — Les eaux de Bagnères-de-Luchon sont essentiellement sulfureuses-naturelles-chau-
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des. La température et la proportion des matières sulfureuses dissoutes varient d'une source à l'autre; mais toutes sont chaudes et toutes fortement sulfureuses. Ce sont incontestablement, et cela ressort des beaux travaux de M. le docteur Fontan, les eaux les plus sulfureuses des Pyrénées.
D'un autre côté, M. Filhol, professeur de chimie à la Faculté des sciences de Toulouse , qui s'est livré comme M. Fontan à de grands travaux sur les eaux de Ludion pour en déterminer la composition, a aussi reconnu qu'elles contiennent, en plus ou moins grande quantité, des sulfures, — des sulfates, — des chlorures,
— de Yacide silicique, — des silicates solubles et des silicates insolubles, — des carbonates, — des phosphates, — des sels solubles et des sels insolubles de soude, de chaux et de magnésie, — et moins généralement de l'acide suif hydrique, — des sulfites et des hyposul fîtes, — des iodures, — des borates, — du fer, — du manganèse,
— du cuivre, — de Yalumine, — de la potasse, — de Y oxygène, — de Y azote, etc.
Dans de nombreux tableaux fort intéressants pour les chimistes, MM. Fontan et Filhol ont indiqué en millièmes et en dix millièmes de gramme les proportions de ces différents principes pour chaque source.
En général, on peut dire que l'agent essentiel de ces eaux est le monosulfure de sodium, et que la soude est l'oxyde principal qui entre dans la composition de leurs sels.
On trouve encore dans ces sources des matières organiques et même organisées, entre autres: 1° une substance gélatineuse en dissolution et aussi en sus-
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pension, connue sous les noms de baréyiue, pyrtnéine, sulfurose, glairine, sulfurine; cette matière a été primitivement observée dans les eaux de Barèges; on l'a retrouvée dans toutes les sources sulfureuses des Pyrénées, quelle qu'en soit la température, mais dans des quantités différentes; soit en dépôt dans les réservoirs sous la forme d'une masse glaireuse d'un aspect jaune grisâtre, soit quelquefois attachée aux voûtes des cavités par où suinte l'eau sulfureuse, et prenant même alors la forme de petits tubes ou de stalactites;
Et 2° une substance végétale de couleur blanche , une véritable plante aquatique, que M. Fontan a décrite le premier sous le nom de sulfuraire, parce que le soufre paraît être le principe essentiel de son développement. On la rencontre particulièrement dans les sources qui ont de 30 à 40 degrés de chaleur. Elle se présente tantôt sous l'aspect de houppes, de peluche, tantôt sous celui de fleurs radiées, de crinière, de plumet, etc., comme le montrent les excellentes figures jointes à l'ouvrage de M. Fontan : Recherches sur les eaux minérales des Pyrénées, etc.
La sulfuraire est formée d'un certain nombre de filaments qui viennent ordinairement adhérer par une de leurs extrémités à un fragment de barégine , ce qui a fait longtemps confondre ces deux matières que l'on prenait pour un seul et même corps; mais l'analyse chimique et l'examen microscopique constatent parfaitement le contraire. La sulfuraire surnage surtout à la surface des eaux mises en contact avec l'air libre, et contribue à leur donner une teinte blanchâtre.
On voit au musée de Luchon la barégine et la snlfu-
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raire dans leurs divers états, préparations très-soigneusement faites et dues à l'obligeance de M. le docteur Lambron.
lieors cai'aetès'es iflsysique®, — Comme toutes les eaux sulfureuses, les eaux de Luchon révèlent leur présence par une odeur d'œufs gâtés, qui s'affaiblit selon que le degré de chaleur en est moins élevé et que le principe sulfureux, cause essentielle de ces sortes d'exhalaisons, y est dans une proportion moindre. Elles paraissent quelquefois douées d'une certaine onctuosité, ce qui provient des petits flocons de barégine et de sulfuraire qu'on voit dans l'eau et qui s'attachent au corps du baigneur.
Les sources de Luchon, en général fades et douceâtres, offrent cependant beaucoup de variété dans leur saveur respective; ce qui ne saurait surprendre personne, puisque chacune de ces nombreuses sources présente une composition chimique différente, et que tel ou tel principe y prédomine.
A leur point d'émergence, les eaux sont limpides et incolores ; mais quelques-unes au contact de l'air changent d'apparence et prennent une teinte jaune verdàtre. D'autres, d'abord jaunâtres, commencent à blanchir et à devenir laiteuses un quart d'heure ou une demi-heure après qu'elles sont dans la baignoire; puis elles reprennent peu à peu leur transparence et leur teinte jaune primitives, si l'on y mélange de l'eau de certaines autres sources.
Ce phénomène remarquable du blanchiment et particulier à quelques-unes des sources de Bagnères-de-
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Luchon n'a pas manqué d'attirer l'attention des chimistes et des médecins, qui s'accordent aujourd'hui à en attribuer la production au précipité de soufre qui se forme dans ces eaux sous l'influence de l'air extérieur. C'est surtout dans les eaux des sources la Reine, la Froide et Richard nouvelle, que se manifeste le blanchiment, et l'on remarque qu'il ne se produit pas tous les jours avec la même intensité : l'apparition en est prompte ou lente, complète ou presque nulle, suivant l'état de l'atmosphère, et il n'est possible au baigneur ni de l'activer ni de l'empêcher, quelle que soit la quantité d'eau de l'une ou de l'autre de ces sources qu'il mélange à son bain.
Leur origine, leur format f 0*9. — Nous ne saurions terminer le chapitre relatif à la nature des eaux de Luchon , sans dire un mot de leur origine et de leur mode de formation.
Pour le géologue ces eaux sont de véritables volcans de soufre; leur température élevée, leur ascension verticale de bas en haut, les gaz qui montent et s'échappent avec elles, les matières minérales nombreuses et notamment le soufre qu'elles entraînent, sont autant de preuves irrécusables que ces eaux partent d'une grande profondeur sous le sol et de ces régions incandescentes qui sont le foyer des volcans.
Au reste , en traitant des volcans dans notre Cours de géologie, nous avons depuis longtemps démontre qu'il faut distinguer sept espèces de volcans : les volcans de lave, les volcans de feu, les volcans de boue, les volcans de bitume , les volcans de soufre, les volcans
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d'eau et les volcans d'air, et que les sources sulfureuses chaudes des Pyrénées appartiennent toutes aux volcans de soufre. Il est donc facile d'expliquer la cause de la chaleur des eaux de Luehon et aussi leur composition minérale si complexe.
Il suffît de considérer que toutes les eaux sulfureuses sortent des roches granitiques; que ces roches granitiques constituent des masses immenses qui se continuent sous la surface du sol jusqu'à quinze à vingt lieues de profondeur; que ces masses ont été à plusieurs reprises fissurées et fendillées dans tous les sens par les tremblements de terre anciens et récents; que ces fissures et les failles qui en résultent permettent aux eaux de la surface du globe de s'infiltrer et de descendre à de très-grandes profondeurs, où règne la température incandescente des volcans; qu'arrivées à ces profondeurs, ces eaux y sont vaporisées et décomposées, et qu'alors elles sont repoussées vers la surface avec toute l'énergie que la chaleur imprime aux matières gazeuses.
Mais en remontant et en se rapprochant de la surface du sol, cette vapeur d'eau, rencontrant des températures toujours décroissantes, finit par repasser à fétat liquide et par remonter ainsi à la surface du sol à l'état d'eau plus ou moins chaude , selon que son trajet ascensionnel a été plus ou moins direct et qu'elle a pu monter en quantité plus ou moins abondante.
On voit par là qu'il faut considérer les eaux ther- ■ maies comme n'étant autre chose que les eaux froides du pays qui ont pu descendre à de grandes profondeurs sous le sol, pour y gagner la haute température
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qui] les distingue et pour y puiser aussi les matières minérale* qui les caractérisent; car on conçoit que, soit en descendant, soit en remontant, et à la faveur des températures élevées qu'elles acquièrent, ces eaux, encore favorisées par la haute pression à laquelle elles sont soumises dans les profondeurs du sol, doivent nécessairement exercer une action dissolvante sur les roches, les minéraux et les filons qu'elles traversent, et s'enrichir ainsi d'un grand nombre de matières minérales. En outre, lorsque arrivées au terme de leur course, elles subissent la vaporisation et la décomposition dont nous avons parlé, elles acquièrent par cela même un nouveau degré de puissance dissolvante à laquelle ne résistent pas quelques matières minérales qui seraient inattaquables aux eaux les plus chaudes et les plus comprimées. Enfin, il faut admettre aussi que, dans les cavités souterraines où se produisent toutes ces élaborations, il vient se joindre naturellement à ces vapeurs d'eau diverses émanations volcaniques analogues à celles qui alimentent les grands volcans de lave et les volcans de feu. En sorte qu'en même temps que nos eaux thermales nous représentent les eaux froides de la montagne au retour d'un voyage dans les profondeurs du sol qui a suffi pour élever leur température à un haut degré et pour les enrichir d'un grand nombre de matières minérales, elles nous apportent divers produits volcaniques qu'elles ont entraînés dans leur course et qu'elles se sont intimement associés (i).
(1) Voir Cours de géologie agricole, the'oriqvr et pratique, page» 26 à 82.
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Une observation qui vient à l'appui de notre théorie et qui est due à M. le docteur Fontan , c'est que les eaux sulfureuses des Pyrénées sont d'autant plus chaudes et surtout d'autant plus sulfureuses, que leur point d'émergence est plus rapproché d'un massif granitique plus élevé. C'est ainsi que les eaux de Luchon, qui sont les plus voisines de la Maladetta, montagne granitique la plus haute des Pyrénées, sont précisément les plus chaudes et les plus sulfureuses, tandis que les eaux de Barèges et de Cauterets, qui naissent au pied de montagnes un peu moins élevées, sont aussi un peu moins riches en soufre et en température, et que les eaux du Vernet, au pied du Canigou, montagne beaucoup moins élevée encore, sont également beaucoup moins chaudes, beaucoup moins sulfureuses, et ainsi des autres: c'est qu'en effet les premières sont ici plus rapprochées du centre volcanique et incandescent des Pyrénées.
Leurs vertus Busédicin&lea. — Les eaux de Luchon, bien administrées, sont toutes-puissantes contre les rhumatismes chroniques, les scrofules, les maladies cutanées, les affections vénériennes invétérées, etc. Chaque année elles guérissent des malades abandonnés par les médecins et qui n'eussent pas dû tarder autant à réclamer les bienfaits des nymphes thermales.
On consultera, pour de plus amples renseignements médicaux, les ouvrages de MM. les docteurs Fontan, Pégot et Lambron.
Le premier, qui s'est beaucoup occupé des maladies
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des femmes, a reconnu et démontré que ces eaux, convenablement employées, guérissent parfaitement les granulations, les ulcérations et les engorgements de matrice, les flueurs blanches, les maux de reins, les pesanteurs du bas-ventre, et très-souvent les renversements de matrice, lorsqu'ils ont pour cause une irritation ou un engorgement de cet organe.
Il résulte également des essais que le docteur Fonlan a tentés àBagnères, d'après ses observations en Allemagne, qu'elles combattent avantageusement la stérilité. Des femmes infécondes ou sujettes à de continuelles fausses couches ont eu, après une seule saison de bains, le bonheur de devenir mères. (Voir ses Recherches sur les eaux minérales des Pyrénées.)
M, Pégot , médecin de l'hôpital de Ludion, qui se livre spécialement au traitement des maladies syphilitiques, a principalement développé, dans son Essai clinique, et prouvé par l'exemple de cures très-remarquables, toutes dues a son excellente méthode, l'efficacité des sources de Ludion pour aider puissamment le traitement médical employé contre les maladies syphilitiques; de sorte qu'il est maintenant constaté qu'avec leur secours on peut guérir toutes ces maladies, même les plus invétérées et les plus complexes.
Enfin M; Lambron, bien qu'il ne soit fixé à Ludion que depuis peu d'années, a déjà reconnu et constaté, par des cures très-remarquables et habilement dirigées, la puissante efficacité de ces eaux dans la plupart des maladies spéciales que nous avons désignées plus haut.
Mais si les sources luchonnaises ont une si grande
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énergie contre les maladies les plus rebelles aux moyens ordinaires de la médecine, elles deviennent quelquefois dangereuses et meurtrières lorsqu'on les applique à de faibles tempéraments qui ne réclamaient que des moyens beaucoup moins énergiques : on doit donc se garder d'en faire usage sans l'avis et les conseils fréquents d'un médecin.
Aussi devons-nous prévenir les personnes nerveuses ou délicates qu'elles ne doivent même pas essayer un bain sulfureux sans l'avis d'un médecin ; car ces bains sont quelquefois funestes, dès le premier jour, aux tempéraments auxquels ils ne conviennent pas. Tout ce qu'on peut se permettre, c'est de goûter l'eau aux buvettes.
Il est très-positif que les eaux luchonnaises surexcitent à l'excès un grand nombre de malades, et qu'il en est auxquels les bains émollients ne suffisent pas pour leur faire supporter ces eaux. Mais les médecins de Luchon s'empressent alors de les en prévenir et de leur indiquer les eaux qui peuvent leur être favorables. Les hommes atteints de rétrécissements de l'urètre déjà anciens sont surtout dans ce cas, parce que les fièvres, qui sont la conséquence de leur affection, sont alors excitées et développées par ces eaux trop sulfureuses et trop chaudes pour eux. Que ceux-là, s'ils échouent à Luchon, renoncent à essayer d'un autre bain ; mais qu'ils aillent trouver à Paris le docteur Heurteloup. Personne ne connaît d'une manière plus approfondie tout ce qui se rattache aux rétrécissements et aux affections de la vessie ; personne n'a, pour guérir ces maladies cruelles, un proeédé plus
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sûr, plus prompt et moins douloureux. Nous signalerons encore, à cette occasion et dans l'espoir d'être utile aux nombreux malades affectés de rétrécissements, qui viennent tous les ans à Luchon, un des chirurgiens les plus célèbres de Paris, spécialement connu par son habileté et par son extrême prudence, le docteur Robert, chirurgien de l'hôpital Beaujon. MM. Heurteloup et Robert sont habitués à triompher des cas les plus complexes, les plus dangereux.
Iieua* action physiologique. — Il n'est pas difficile de caractériser l'action physiologique des eaux de Luchon ; elles produisent d'une manière très-marquée sur les personnes qui en font usage une surexcitation générale. Les humeurs intérieures sont attirées au dehors, et les sécrétions activées; Tépiderme se couvre d'une sueur abondante; les muqueuses produisent des déjections copieuses; l'urine se forme en plus grande quantité, et toutes ces déperditions salutaires concourent à épurer l'ensemble de l'organisme. De là naturellement l'expulsion de bien des maladies chroniques, sanguines, nerveuses, etc.
Quelquefois , lorsque le malade n'a pas un tempérament robuste, l'usage des bains lui occasionne l'insomnie, la perte de l'appétit, une faiblesse momentanée des organes, même un malaise inquiétant. Dans ce cas la suspension du traitement pendant quelques jours un purgatif et quelques bains èmollients suffisent pour le ramener à l'état normal. Mais, à moins d'une ordonnance formelle du médecin , on doit se garder d'user de ces derniers, comme le font quelques per-
sonnes, d'une manière régulièrement alternative , de trois jours en trois jours ou de quatre jours en quatre jours. Les bains émollients ne sont nécessaires qu'à l'apparition des symptômes précités, et en général toutes les fois qu'on se trouve surexcité par les bains sulfureux.
Il faut aussi se bien garder d'augmenter la dose de l'eau prise en boisson , ni la durée ou la température des bains. Il en est des eaux sulfureuses comme de tous les remèdes énergiques, qui n'agissent bien que pris dans des proportions convenables, et dont on ne saurait faire abus sans s'exposer à de funestes conséquences.
Un fait très-important à constater, c'est que l'action curative des eaux continue longtemps encore après la cessation des bains, en sorte que le malade, qui part souvent sans être complètement rétabli, voit sa guérison se poursuivre et s'achever deux ou trois mois après qu'il a quitté Luchon.
licur emg>loi. — Les eaux de Luchon s'administrent de six manières : 1° en boisson, 2° en bains, 3° en douches, 4-° en étuves, 5° en inhalation, et 6° en aspiration.
1° Boisson. On les boit à la dose d'un, deux, trois et quatre verres par jour, avant, pendant ou après le bain. Beaucoup de malades les boivent sans aucune répugnance, et plusieurs môme avec plaisir; d'autres y mêlent du lait, de la gomme, des sirops, pour en rendre le goût plus agréable; on peut aussi y infuser les préparations pharmaceutiques propres à aider le traite-
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meut. Mais on comprend que la quantité à boire et les heures où l'on doit boire doivent être fixées par le médecin.
Toutefois nous devons dire que le mieux est de diviser en deux reprises la quantité fixée par le docteur, c'est-à-dire d'en prendre la moitié le matin à jeun avant ou après le bain, et l'autre moitié trois heures après déjeuner ou une heure avant de dîner. Ajoutons que , lorsqu'on a plusieurs verres à boire de suite, il est essentiel de faire entre chacun d'eux cinq à six minutes de promenade : de cette manière, le liquide se répand mieux dans l'estomac, et la digestion en est plus facile. Dans aucun cas, on ne doit boire plus de quatre verres par jour, sans une ordonnance expresse du médecin.
Il y a trois buvettes principales, savoir: deux derrière l'établissement, au haut de l'escalier de la salle des Pas-Perdus: l'une où l'on boit la Gratte supérieure, la Reine , la Blanche et la Froide ; et l'autre où l'on trouve Ferras ancienne, Y Enceinte et Ferras nouvelle, la troisième est au Pré, sous le chalet couvert de chaume ; elle est alimentée par le Pré n° 4, le Pré n° 2, le Pré n° 4 et le Pré n° 1 refroidie.
De toutes ces sources, la plus sulfureuse est le Pré n° \ ; Y Enceinte vient ensuite ; mais le plus grand nombre des buveurs prennent un mélange de Peine et de Blanche; de sorte que ces quatre dernières sources fournissent à elles seules les quatre cinquièmes de la boisson consommée par les malades.
2° Bains. Celui qui veut retirer de ses bains le plus de bien possible doit les prendre de très-bonne heure.
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Les thermes ouvrent à quatre heures moins un quart du matin ; on peut donc toujours s'y rendre à quatre, à cinq ou à six heures. Alors le corps, préparé par le repos delà nuit et débarrassé de la digestion, est plus apte à absorber l'eau thermale avec tous ses principes essentiels; puis, si l'on se remet au lit après un bain d'une heure pleine, la chaleur des draps, en dilatant les pores, procure une transpiration abondante et salutaire : on est donc amplement récompensé des efforts qu'on pourrait avoir faits pour se lever de grand matin. Cependant nous ne voulons pas établir comme une règle qu'il faille prendre les bains de si bonne heure; c'est un simple conseil que nous donnons aux personnes qui sauraient se lever au point du jour.
Au reste, la plupart des malades se rendent à l'établissement de sept à dix heures et déjeunent au sortir du bain. D'autres prennent leur bain de quatre à cinq heures de l'après-midi, avant le repas du soir, et n'obtiennent pas moins un très-bon résultat de leur traitement thermal. Mais cela n'infirme en rien notre observation , ni l'opportunité d'un certain repos au sortir du bain.
La température à laquelle le bain doit être pris est déterminée par l'ordonnance médicale.
Les daines savent que l'usage des bains doit être suspendu pendant toute la durée de la menstruation; mais elles peuvent continuer la boisson et l'inhalation, à moins toutefois que la menstruation ne soit accompagnée de coliques, de maux d'estomac, de fatigue, etc., etc.
3° Dovches. C'est ordinairement après une dizaine
LELR EMPLOI. 1 .)
de bains que l'on commence à prendre les douches. Les douches locales sont prises dans la baignoire , au moyen d'un tuyau de caoutchouc à jet continu. Les grandes douches ascendantes ou descendantes se prennent dans des cabinets particuliers. Leur température peut se modifier depuis 38 degrés jusqu'à 45 et au-dessus, suivant les besoins du malade.
Le moment le plus propice pour recevoir les douches est à la sortie du bain. D'ordinaire on reste trois quarts d'heure dans la baignoire, et l'on consacre le dernier quart à la douche. Si l'on ne la prend point dans la baignoire même, il faut avoir soin de s'envelopper dans une couverture de laine pour se rendre au cabinet spécial.
Le prix des douches se paye en sus des bains , et , comme pour les bains, le prix en varie selon l'heure à laquelle on les prend et aussi selon la saison.
Des tableaux, affichés dans la grande galerie , fixent le prix des bains, des douches, etc.
C'est là aussi que l'on voit le tarif des guides et des chevaux pour les courses et promenades.
Le prix du linge est compris dans celui du bain ; mais il est dû au garçon baigneur 10 centimes, au minimum , par bain et par douche. En général , c'est la veille du départ deLuchon qu'on gratifie son baigneur ou sa baigneuse et sa boissonneusey en raison des bons soins qu'on en a reçus.
À la buvette, on doit 5 centimes le matin et 5 centimes après midi, si l'on boit après midi.
Ces 5 centimes donnent le droit de boire tant que Ton veut toute la matinée ou toute la soirée.
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Mais un abus qui commence à s'introduire aux buvettes, et que nous devons. signaler dans l'intérêt des malades et par conséquent dans l'intérêt de la ville elle-même, c'est que le fermier laisse fermer les buvettes de midi à deux heures. Le fermier n'a le droit de fermer les buvettes qu'à partir de huit heures du soir jusqu'à trois heures du matin. L'eau doit être tout le jour à la disposition des malades; et, en effet, comme les malades ont des heures très-diverses pour leurs repas, ils ne sauraient être tenus de changer ces heures pour se conformer aux convenances arbitraires du fermier. Il y a des malades qui se bornent à boire les eaux et qui ne prennent pas, qui ne peuvent pas prendre de bains. 11 faut donc que ces malades puissent boire leurs eaux, selon la règle, une demi-heure ou une heure avant leur repas. Que le fermier des eaux prenne ses mesures pour assurer sa recette aux heures même où il ne va que très-peu de monde aux buvettes ; mais qu'il ne les ferme pas , il n'en a nullement le droit.
i° Étuves. Les étuves sont des salles dont l'air est imprégné d'une plus ou moins grande quantité de vapeur d'eau thermale. Elles sont de deux sortes : les étuves sèches ou celles qui sont formées d'air chaud chargé seulement d'une quantité de vapeur peu considérable; et les étuves humides ou celles qui renferment une plus grande proportion de V3peur. Leur température varie de 38 à 40 degrés. On peut y rester jusqu'à vingt et même trente minutes; mais à une haute température elles sont fatigantes et par conséquent impossibles à supporter longtemps.
Ce mode de traitement exige les plus grandes précautions de la part des malades. Comme il est nécessaire d'entretenir durant plusieurs heures la transpiration provoquée par le bain de vapeur pour que l'influence bienfaisante en soit plus prompte et plus efficace, le baigneur aura bien soin de se couvrir d'un manteau, ou mieux encore de vêtements de flanelle pour regagner son lit, où il demeurera jusqu'à ce que la sueur s'arrête presque d'elle-même. Les personnes qui prennent ces bains devront constamment se tenir chaudement vêtues; sinon, et on le comprend sans peine, le corps, après être resté exposé à la forte chaleur de l'étuve, devient plus sensible aux variations atmosphériques, et le moindre refroidissement pourrait avoir des conséquences dangereuses, et faire même contracter des maladies plus graves que celles dont on cherche à se délivrer.
5° Inhalation. Le traitement par Y inhalation ou respiration consiste à faire absorber au malade les principes médicamenteux des eaux avec l'air qui entre naturellement dans ses poumons. A cet effet , on a disposé des salles qui se remplissent des vapeurs dégagées par les sources, et où les malades s'installent pour les respirer. La température de ces salles est ordinairement assez élevée; mais elle ne dépasse guère 28 degrés.
Cette chaleur supportable permet au malade d'y rester jusqu'à plusieurs heures de suite et de s'y livrer à la lecture ou à toute autre occupation, comme dans un salon. De cette manière , par le mécanisme de la respiration, l'air, en quelque sorte minéralisé, pénètre
dans la poitrine et exerce peu à. peu l'influence favorable à la guérison.
6° Aspiration ou humage. Enfin, on peut encore respirer les émanations ou vapeurs des eaux à leur sortie même de la source. Dans ce cas, ces vapeurs, n'ayant point ou presque point eu de contact avec l'atmosphère, sont encore chargées d'une trop forte dose de principes minéraux pour être supportées longtemps ; aussi ne les administre-t-on de cette manière que pendant dix à vingt minutes. La température en varie de 30 à 40 degrés.
Cette aspiration se pratique au moyen d'un long tube de fer-blanc qui traverse la voûte du grand réservoir; il est muni à son extrémité extérieure d'une embouchure à laquelle le malade vient appliquer sa bouche , de manière à ne respirer que la vapeur de l'eau mêlée d'une petite proportion d'air atmosphérique.
Le cabinet d'aspiration est situé à côté de la buvette de la Reine. Il nous semble que le but que l'on se propose par l'aspiration eût été beaucoup mieux atteint, si les tubes aboutissaient au griffon même des sources. Alors on aurait véritablement les émanations que les eaux sulfureuses produisent à leur sortie de terre.
nécessité d'un médecin. — Cet exposé des différentes manières dont on emploie les eaux suffit pour démontrer la nécessité de consulter un médecin en arrivant à Luchon, notamment afin d'être fixé sur le genre spécial de traitement que l'on doit suivre. Il serait même à désirer que les personnes atteintes d'une
lu H r.MPi.ni. | [)
maladie ou infirmité grave pussent remettre au médecin des eaux une note détaillée sur l'origine de leur affection, sur sa nature, sur ses progrès, sur le traitement suivi, etc., note rédigée par le docteur qui les a soignées jusqu'à leur, départ pour les eaux. La prescription du traitement thermal , appuyée de pareils renseignements, n'en serait que plus sûre, surtout lorsqu'il s'agit de jeunes femmes dont le tempérament ou l'état exige des soins délicats et continus.
Hygiène «lu baignenr. — L'efficacité des eaux est surtout secondée par les soins et les précautions hygiéniques que prennent les malades. Une nourriture saine et modérée, des exercices en rapport avec la force corporelle , la privation presque complète d'aliments acides ou de crudités sont une garantie de prompte et entière guérison.
Nous reproduisons ici les excellents conseils qu'un homme plus compétent que nous à cet égard, M. le docteur Lambron, donne aux baigneurs relativement aux précautions à prendre et au régime à observer durant l'usage des eaux.
« Les baigneurs doivent se vêtir suivant l'état de « l'atmosphère et ne jamais oublier que l'usage jour- « nalier des bains rend la peau très-impressionnable «aux agents extérieurs, quoique les bains sulfureux « l'amollissent beaucoup moins que les bains ordinai- « res.Ils se prémuniront donc contre toutes les causes « de refroidissement, s'ils veulent retirer des eaux tout « le bénéfice qu'ils sont en droit d'en attendre et se « soustraire aux maladies intercurrentes que ces refroi-
20 EUX DE LUCHO>'.
« dissements pourraient leur causer. On ne doit jamais « faire d'excursions dans les vallées ou d'ascensions « dans les montagnes, sans emporter des manteaux; « car ces excursions salutaires jettent toujours le corps « dans une abondante transpiration, et nous avons vu « combien dans ces lieux élevés la température est a variable et le temps incertain, même aux plus belles « journées.
« Il n'est pas moins important de veiller à son ali- « mentation. En général, on satisfait trop facilement « à l'appétit énorme que donnent les eaux, l'air pur
« et vif des montagnes, un exercice inaccoutumé
« La sobriété laisse aux eaux beaucoup plus d'action « sur nos organes; il faut donc savoir prendre avec « beaucoup de modération des mets nombreux qui « recouvrent les tables d'hôte. Le meilleur régime est « d'avoir une nourriture très-variée, composée d'ali- « ments en partie de nature animale, en partie de vête gétaux, de manière à atténuer par cette combinaU « son les propriétés trop exclusives de chacune de ces « espèces en particulier. On devra éviter ceux de diges- « tion difficile : le porc et ses diverses préparations , « les viandes noires, l'oie, le canard, le gibier, les « légumes secs, la salade, etc., etc. Les fruits sont « nuisibles en ce que les acides qu'ils renferment « détruisent l'alcalinité des eaux sulfureuses et en déce composent le principe actif. Mais on pourra manger « des fruits cuits, en sucrant beaucoup ceux qui garce dent un léger goût aigrelet , des pêches bien mûres « et qu'on sucrera également. Les petites fraises si sucée culentes des montagnes sont généralement bien
« digérées; il faut cependant en faire usage avec mo- « dération , car elles sont encore assez acides pour faire « passer beaucoup d'acide urique dans les urines. A « l'action déjà si excitante des eaux, il ne faut pas « joindre l'excitation que produisent les liqueurs, le « thé, le café surtout. Si les personnes habituées à ces « boissons ne peuvent sans inconvénient les supprimer « entièrement, elles doivent en diminuer beaucoup la « quantité. Les glaces vont mal avec le traitement « thermal ; cependant les personnes dont les organes « respiratoires ou digestifs ne sont pas malades pour- « ront quelquefois se les permettre.
« Les promenades, les courses en voiture, à cheval « ou à pied, dans les montagnes, en donnant à nos « organes une bienfaisante activité et en nous vivifiant « par un air plus pur et plus réparateur; les soirées, « les concerts, les bals, en faisant oublier nos maux, « nos affaires et distrayant agréablement l'esprit de « ses préoccupations habituelles, sont au traitement « balnéaire de puissants auxiliaires qu'on ne saurait « trop conseiller et que Le malade doit rechercher au- « tant que pourront le lui permettre ses forces et l'état « de sa santé. »
Durée du traitement. — On entend communément par saison des eaux la durée du traitement, qui est d'habitude de vingt-cinq à trente bains. Beaucoup de maladies exigent une double saison. Au reste, la durée du traitement est un point qui doit être réglé par le médecin, qui peut seul la déterminer en raison
de la nature de l'affection, du tempérament du malade, etc.
Mais ce qui ne se pratique guère encore aux Pyrénées, du moins à Lucbon, et dont les médecins reconnaissent cependant l'heureux résultat, c'est de prendre quatre à cinq jours de repos au milieu du traitement des eaux, et de passer ces quatre à cinq jours loin du lieu des bains. Tel est l'usage généralement suivi en Allemagne, en Suisse, en Savoie, et avec le plus grand succès. On garde. son logement des eaux, on y laisse ses malles, ses bagages, on prend avec soi l'indispensable pour quatre à cinq jours, comme pour une simple course de montagne, et oubliant une seconde fois le petit mi-ménage des bains, les plus petites affaires, les journaux, les moindres embarras de la vie, on va se reposer et se promener quatre à cinq jours; où?... où?... n'importe où... Mais ce n'est pas cinq jours de courses qu'il faut faire; c'est cinq jours de repos qu'il faut prendre, repos et promenade, car ceci s'adresse aux malades. Allez donc à Saint-Bertrand , à Montre* jau, à Lez, à Saint-Béât, aux Chalets Saint-Nérée, ou vous voudrez, où vous guidera le vent du jour ou votre caprice; mais quittez Luchon quatre à cinq jours au milieu de votre traitement, vous vous en trouverez beaucoup mieux : c'est presque comme si vous doubliez votre saison.
Nomenclature des sources, — Il n'y avait autrefois à Luchon que huit sources donnant 118,000 litres d'eau par vingt-quatre heures. Leur nombre
um EMPLOI.
et leur abondance se sont beaucoup accrus dans èOfl dernières années, grâce à de grands travaux de recherches commencés en 183*2 et qui se sont continués presque chaque année depuis cette époque. Aujourd'hui Luchon possède cinquante-quatre sources sulfureuses qui fournissent ensemble plus de 700,000 litres par vingt-quatre heures: ce qui porte à 2,600 environ le nombre de bains qu'on peut donner chaque jour.
Ce chiffre est assez imposant par lui-même pour qu'il nous paraisse superflu de réfuter ici l'opinion de quelques esprits inquiets qui ont parfois prétendu qu'on donne à l'établissement l'eau de la rivière en guise d'eau minérale. Nous espérons bien qu'une telle supposition ne trouvera aucun crédit auprès des personnes intelligentes ; car il leur suffira de remarquer que la rivière est très-éloignée des bains, que d'ailleurs elle coule à un niveau très-inférieur à celui des bassins de l'établissement, et qu'ainsi il serait impossible ou du moins fort difficile et fort coûteux d'amener cette eau dans ces réservoirs.
Voici le tableau des sources de Luchon avec leur température en degrés centigrades et la proportion de sulfure de sodium qu'elles contiennent par litre à leur point d'émergence, d'après les analyses de MM. Fontan et Filhol. Ce principe, qui est le plus important et le plus caractéristique dans les eaux sulfureuses naturelles chaudes , suffit pour établir leur classement et leur valeur thérapeutique. Toutefois, pour que le lecteur trouve ici l'analyse à peu près complète de la plupart de ces sources , nous donnons dans une colonne
2i eaux de luchon.
cates alcalins ou alcalino-terreux qu'elles contiennent, quantité représentée par son équivalent en carbonate de soude anhydre.