XII PREFACE
facile. Aurai-je atteint mon but"? Aurai-je donné à chacun les renseignements et les indications qui lui seront nécessaires sur chaque point ; au simple et timide visiteur de nos montagnes , à la jeune amazone qui l'accompagne insoucieuse et folâtre, au touriste habitué, à l'artiste admirateur, au naturaliste intrépide, au géologue scrutateur et insatiable ?
Je n'ose croire que je puisse avoir rempli un cadre aussi vaste, aussi complexe. Après quelques avis préalables, après avoir établi une sorte de classification parmi les courses et les promenades de Bagnères, j'indique les précautions à prendre pour chacune d'elles, le temps nécessaire pour toutes les distances, ensuite tout ce qui doit intéresser tel ou tel de mes voyageurs sur chaque point. J'ai dû me borner généralement à de simples indications et avoir garde de décrire les lieux. Quoi de plus inutile, de plus imparfait, de plus fastidieux le plus souvent, qu'une description pour celui qui a sous les yeux la nature, si belle, si supérieure à notre langage, si complaisante même parfois à se laisser voler son secret !
Ce livre, je le dis expressément, n'est point écrit pour être lu dans le cabinet, mais bien pour servir de guide-manuel au milieu des monts et des vallées. Lu sur place, .il tiendra lieu d'un cicérone au courant de tout; il doublera le plaisir et la curiosité des promenades; il les rendra même instructives. Partout ailleurs la lecture en serait fatigante et sans intérêt. Les fréquentes coupures, les indications succinctes qui s'y rencontrent ne peuvent avoir d'attrait, on le conçoit, que pour celui qui voit passer sous ses yeux les mille figures explicatives d'un texte, sans elles incomplet et insuffisant.
J'avais aussià surmonter une grande difficulté. Cet ouvrage devant Surtout avoir pour lecteurs des hommes du monde,
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des dames, des touristes, il fallait réduire la partie scientifique aux moindres proportions, l'écarter, la dissimuler en quelque sorte en caractère de notes et répandre dans le texte des formes de style, des pensées bien différentes de celle3 qui viennent d'ordinaire sous ma plume. A cet égard, j'ai hâte de réclamer toute l'indulgence de mes lecteurs, de ceux-là surtout que leurs habitudes littéraires portent à ne mesurer le mérite d'un livre que par la beauté du style et l'élégance de la composition.
Je sais qu'en écrivant cet ouvrage et quelques autres du même genre sur les Pyrénées, je paraîtrai déroger à ma spécialité de géologue : toutefois l'espoir que j'ai eu de faire de nouveaux prosélytes à la science en jetant quelque semence géologique sur les courses de Luchon, terre si propre à donner de tels fruits, me semble une première excuse. Ensuite j'ai été comme contraint de céder aux instances de quelques amis.... « Depuis quinze ans, m'ont-ils dit, vous parcourez les Pyrénées sur tous les points ; depuis quinze ans, on vous voit présider aux caravanes des grandes courses, aux explorations des géologues et des observateurs; personne ne connaît mieux que vous l'ensemble de ces montagnes; personne n'en a plus soigneusement visité les cimes les plus ardues, les gorges les plus secrètes ; personne n'a pu mieux apprécier ce qui manque aux étrangers nouveaux venus, ce qu'ils demandent, ce qu'ils regrettent : faites-nous donc un guide des Pyrénées, dans lequel vous constaterez succinctement vos observations, vos découvertes. C'est un service à rendre aux visiteurs des Pyrénées, maintenant que le nombre s'en accroît chaque année, et aux habitants même sde ces montagnes encore inhabiles à faire connaître l'attrait et les mer-