Du lac brun à la fontaine de La Coume . . 30 m
On est en présence du port des slaouas (port des mouches de cheval ) passage connu des contrebandiers. La roche schisteuse se divise en laiges dalles. On dirait des pierres sépulchiales et Ion voudrait les couvrir d’inscriptions. — Quelques pins groupés çà et là , déchu és la plupart ou dépouillés de leurs branches marquent la région des grandes neiges jusqu à la fontaine de La Coume où l’on rentre dans la région des fleurs.
route d’espagne. — 19.* COURSE.
17. e Cascade Boileau. — Lorsqu’on achève cetle dure descenle , tout près d’entrer dans le plan de la fontaine, on voit à gauche sur la muraille rocheuse qui borde cette étroite gorge, une cascade peu élevée mais pittoresque , tantôt abondante, tantôt fort réduite. Je la consacre à M. Paul Boileau botaniste Luchonnais bien connu , possesseur d’un riche herbier Pyrénéen qu’il a lui-même formé, et qui, longtemps maire de Luchon , a semé dans la ville naissante les premiers germes d’améliorations
et de progrès.
Halte à la fontaine de La Coume
Voici les chevaux, voici les provisions, et une fontaine délicieuse dont l’eau suffirait pom doubler l’appétit s’il n’était assez bien aiguise
déjà. Qu’ils soient les bien venus.
18. 6 Cascade Ducassë. — Après ce second dojeùner , avant de monter à cheval pour descendre à Luchon, visitez à gauche un tout peut vallon plein de secret et de mystère. C est le ta d’amour caché précisément au-dessus de la cascade du cœur. Suivez tous les refuges qu d recèle, vous reverrez la grande cascade k vj' J
LES CASCADES ILLl'STRES.
qui tombe du lac vert, un pont des plus agrestes et une nouvelle cascade , la plus gracieuse , la plus discrète qui soit possible. C est la cascade Ducassé , dédiée à l’un des médecins de Toulouse qui reçoivent le plus de confidences et 1 un des plus voués en même-temps au culte des sciences, des lettres et des arts. Lucbon lui doit chaque année d’aimables malades; il lui consacre en retour une de ses plus jolies cascades.
I4.« De la Fontaine de La Coume aux cabanes d’Artigue 30 m.
Les chevaux sont bridés, les bagages chargés, parlons, mais sans oublier que nous sommes encore dans le pays des cascades illustres; et d’abord :
19. « Cascade Azemar. — C’est l’une des plus belles qui se voient dans celte course. Je la consacre à celui qui a le plus fait pour Lucbon, à celui qui a le. plus sacrifié ses intérêts pour ceux du pays.
50. « Cascade Fontanges. — <Un peu plus bas on remarque une cataracte magnifique. Un peintre habile, M. Fontanges, en a fait le sujet d’un charmant tableau ; il s’est établi plusieurs jours dans le vallon, il y a pris duc et valable pos-
110LTE «'ESPAGNE. — 19. e COURSE.
session; c’est un droit acquis et à bon litre, je me plais à le constater.
Au-dessous de la cascade Fonlanges, voyez tous ces débris de pins ou de sapins précipités par les avalanches, et maintenant engrainés, enchevêtrés au milieu des rochers du torrent. Les plus grandes eaux ne sauraient les en arracher. Ils seront là trente et quarante ans encore livrés à une destruction très-lente; car ces eaux , quoique toujours furieuses d’impétuosité, toujours écumantcs , n’ont à cause de leur basse température qu’une faible puissance à décomposer les matières végétales.
21 .« Cascades Salage. — Vous êtes sur le point d’entrer dans le vallon d’Àrligue. Mais deux cascades accouplées fixent encore vos regards; elles paraissent dans leur chùte s’incliner l’une vers l’autre. Une puissance secrète semble les rapprocher. Parties de deux points assez distants, elles tombent ensemble dans un petit lac très-limpide dont elles creusent le bassin. Ensemble elles dessinent un cœur irréprochable ce sont les deux cascades Solage. En les consacrant à M. le comte et à M.“ la comtesse de Solage, je ne fais encore que rendre à César ce qui appartient à César.
LES CASCADES ILLUSTRES
Il y a déjà nombre d’années que M. de Solage, poussé par son amour de la belle nature, pénétra le premier dans ces gorges d’Arligue, entièrement ignorées jusque-là des étrangers. Séduit et retenu par la richesse de ce vallon délicieux, il n’en voulut plus descendre qu’il ne l’eût complètement exploré, qu’il n’en eut dessiné les plus belles cascades et les sites les plus gracieux. Aussitôt informée, M.“e de Solage vint visiter son mari dans sa nouvelle et agreste demeure; elle monta jusqu’à la fontaine de La Coume. Dix jours se passèrent à admirer et dessiner les gorges d’Artigue.
M. le comte de Solagc résolut d’améliorer le chemin et de construire dans le vallon une demeure champêtre , un pied à terre pour les plus beaux jours de l’été. Il fallait une autorisation de la commune. Le Conseil Municipal de Caslillon (vous seriez-vous douté que nous sommes ici dans la commune de Caslillon près d’üo? ) fut convoqué. Mais qu’elle pensez-vous que fut la délibération du Conseil municipal? Il délibéra que M. de Solage pourrait s’attribuer , par la suite , la propriété du pâturage, du vallon cl des montagnes qui l’entourent !
qu’ainsi l’on devait s’opposer par tous les moyens à la construction proposée!! Je vous ai dit comment d’Etigny fut obligé de se faire entourer d’un détachement de dragons pour exécuter l’allée de Luchon. Ceci ne trahit-il pas de la même manière le naturel du pays?... Au reste , à Narbonne et dans quelques autres villes du midi de la France, on dit proverbialement : C’est bête comme le Conseil Municipal, dicton délicieux , et trop souvent applicable , aussi bien dans le nord que dans le midi. Excusons donc un peu le Conseil Municipal de Castillon. Le proverbe établit en sa faveur des cii constances atténuantes. Mais convenez qu’il e,ùt été charmant d’arriver par un bon chemin jusqu’au vallon d’Artigue , et d’y trouver un salon gracieux fréquemment ouvert aux amis, aux touristes.
Au milieu du vallon d’Arligue ,. retournezvous pour jouir de la vue délicieuse du port des Staouas, des monts qui l’entourent, des gorges que vous venez de descendre et de la belle cascade Azemar qui anime tout ce riant tableau.
LES CASCADES ILLUSTRES