EAUX DE LUCHON
cjui se fait partout ailleurs ? Depuis dix ans on leur demande chaque année d’organiser dans leur ville quelque moyen de rapprocher les baigneurs cnlr’eux et de les occuper pendant les jours pluvieux; depuis dix ans, ils entendent mille bouches leur répéter le même reproche, et ils n’ont encore rien fait. Bien plus, ils ont repoussé jusqu’ici tout ce qui a été proposé dans ce but. — ïl faut dire toutefois qu’en ce moment il se forme enfin quelques essais tendant à remplir ces principales lacunes. M. Vidal fait construire un vaste établissement où se trouveront rassemblés tous les élémens nécessaires aux grandes fêtes, aux belles réunions du soir; et d’un autre côté , on se propose d’établir un Musée Pyrénéen de tableaux et d’histoire naturelle , avec une bibliothèque Pyrénéenne et un salon de causeries qui seront pour les personnes du monde une ressource précieuse. La bibliothèque surtout, unique en son genre, sera digne de remarque. Elle sera riche , entr’aulres, de plus de quatre-vingts volumes sur les Pyrénées ( histoire , poésies , sciences naturelles , médecine, etc.), tandis que la grande bibliothèque publique de Luchon offre à peine
MOEDltS.
douze ou quinze volumes consacrés à nos montagnes.
On ne sera pas surpris qu’il n’y ait à Luchon aucune espèce d’industrie, aucun de ces produits particuliers à chaque lieu, comme on en trouve partout en Suisse, et que l’on aime à emporter comme souvenir de voyage. Je dois cependant citer la fabrique de chocolat de M. Seube, dont les produits sont justement estimés et que visitent avec intérêt même ceux qui ont déjà vu les belles fabriques de Paris, de Lyon, pourvues de machines à vapeur si propres, si élégantes. Ici c’est un manège à deux chevaux qui met en mouvement la meule à broyer.
Du reste , il y a de gros marchands à Luchon , et pendant la saison il y vient un assez grand nombre de marchands étrangers , de telle sorte que la ville n’est dépourvue de rien.
IVlœui's. — Les Luchonnais sont très-religieux. Les fêtes et les cérémonies de l’église sont suivies par eux avec empressement. Us se rendent surtout en nombre aux enterremens , qui offrent un usage particulier. Les parents du défunt déposent quelquefois sur le cercueil une certaine quantité de pain ou de froment
EAUX DE LUCIION ,
que le prêtre bénit et qui est aussitôt distribué aux pauvres -, c’est comme un dernier banquet que le mort offre aux vivants et qu’il leur sert lui-même sur sa tombe.
Les Luchonnais sont aussi très-bons patriotes ; ils n’émigrent point. Aussitôt qu’un incendie se déclare, ils volent avec un rare dévouement au secours de leur frère affligé. Mais s ils aiment vivement leur pays et leurs frères on sera moins étonné d’apprendre qu ils aienLpeu de sympathie pour les étrangers et que les voyages soient pour eux sans attrait. Cela explique pourquoi on est encore si arriéré à Luchon pour une foule de choses dont les voyages seuls font sentir le besoin ou l’utilité , et pourquoi les étrangers s’ennuient à Luchon et se retirent aux premiers jours de pluie lorsqu’ils ne trouvent aucun moyen de société, de distraction ou de plaisir, nichez les habitans qui les hébergent , ni chez les autres baigneurs qu’ils ne connaissent point et qu’ils ne trouvent nulle part rassemblés.
Cependant les Luchonnais accueillent le nouvel arrivé avec le plus grand empressement. On l’entoure , on le presse au moment où il descend de voiture 5 on lui prodigue les plus grâcieux