Du bord du lac au pied de la cascade. 15 m
Allez jusqu’au pied de la cascade ; à chaque pas elle vous paraîtra changer d’aspect. Arrêtezvous souvent pour la contempler et pour 1 écouter mugir, et lorsque vous serez près d’entrer dans
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le nuage humide que forment ses vapeurs glacées, vous rétracterez j’espère votre première protestation.
C’est le cas d’emporter un souvenir de votre intrépide promenade. Vous le trouverez sans peine à vos pieds. Prenez un fragment de cette roche argentée dont les débris gisent partout entre le lac et la cascade. C’est tantôt Vhyaloinicte , tantôt Vhyalotalicte argentin, gras au toucher, doux et brillant à la vue, l’une des belles roches de nos Pyrénées. Peut-être vous préférerez ces tourmalines noires disséminées dans un granit blanc à gros grains. 11 y en a de très-belles, et la tourmaline n’est rien moins qu’une pierre précieuse, dont on ferait notamment de jolies poires ou olives pour boucles d’oreilles, si ces formes étaient encore portées.
Retour à la cabanne du Fermier 30 m.
Déjeuner ou goûter 30 m.
Après le déjeuner promenez-vous encore sur les bords du lac à droite et à gauche ; que votre esprit se remplisse de tout ce qui concourt h former cet inimaginable tableau. Si le soleil laisse dans l’ombre les eaux du lac, vous le
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verrez sous un tout autre aspect Comment le
préférez-vous ? dans l’ombre et sous un ciel nuageux, ou éclairé par une vive lumière? J’ai toujours éprouvé plus de plaisir à le voir privé des rayons solaires; mais il est plus magnifique encore par une belle nuit, lorsque la lune éclaire la moitié du lac et que dans l’autre moitié mille étoiles scintillent vivement, comme troublées par les mugisscmens de la cascade.
RETOUR. — Vous avez contemplé , vous avez admiré ce lac aux eaux bleues et blanches, et la cascade qui l’alimente, les montagnes sombres qui l’entourent , les monts glacés qui le dominent, le bruit et le silence qui le couvrent; votre ame est pleine de grandes et pieuses pensées; vous voulez quitter ces lieux dans un recueillement profond Mais voici l’instant le moins
poétique, selon Rabelais.... Il faut payer.... Affreuse fatalité qui nous poursuit partout , qui se montre à tous les momens de la vie, comme pour détruire aussitôtque formées ces douces illusions auxquelles se plaisent tant et le cœur et l’esprit. Et toutefois nul ne l’ignore, l’autel, le trône, le banc du ministre, la chaire du savant, le siège du juge, l’élude du procureur, le poste du
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soldat... jusqu’à la loge du portier ne sont occupés que moyennant salaire, comme le bureau du voiturier, le comptoir du marchand, la caisse du banquier ou l’atelier de l’industriel. Mais qui eut pu prévoir que jusqu’au sein des montagnes, presque dans les entrailles du sol , dans ce profond bassin de Séculéjo se trouverait aussi la cabane du fermier pour prélever impôt sur l’admiration de la nature ?... O sublime invention du 19." siècle!... Je me trompe, même en ceci nous sommes devancés : Caron , le vieux Caron nous reprend celte palme. Sous un tel précédent inclinons tout murmure. Payons au batelier ses droits si longue qu’en soit la liste, et sauvons-
nous, pour n’avoir rien à débattre avec un tel
officier.
Et d’ailleurs, on ne gagne rien à lui disputer son butin. Chaque année quelques personnes d’un caractère moins souple que celui du commun des baigneurs essayent de lui refuser ses droits, et pour le convaincre, lui développent de belles théories basées sur les plus grands principes de l’économie politique, de la charte, du code civil, etc. Sourd, et pour bien des raisons, à toutes ces démonstrations, le fermier suit ou lait suivre jusqu’à la ville les visiteurs insoumis
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et les assigne devant le juge-de-paix de Luchon, lequel toujours condamne le réfractaire à payer au fermier outre ses droits , sa course et les frais du procès. • — C’est que si, dans l’intérêt des étrangers , il a été statué qu’une barque, des provisions^ un abri , des secours seraient constamment tenus au lac d’üo à la disposition des visiteurs, il a bien fallu assurer à l’entrepreneur le juste dédommagement de son séjour au lac, de scs avances, de ses peines et soins. Or, s’il arrivait que personne ne voulut user de la barque ni toucher aux provisions du fermier, il en serait pour les frais de sa cabane, de son bateau, etc. En imposant ù tous les visiteurs une modique redevance pour la seule vue du bassin , on a sagement assuré un service nécessaire en ce lieu, bien qu’il soit libre à chacun de ne pas le mettre à profit ; et au reste c’est un arrêté du préfet de la Haute-Garonne qui autorise et règle cette perception.
Je n’indique pas ici les récoltes que peuvent faire dans le Larbousl les zoologistes , les botanistes et les minéralogistes parce que j’ai déjà publié ces indications dans ma relation des expériences du lac d'Ou , opuscule que possèdent déjà la plupart des naturalistes qui viennent explorer les environs de Bagnèrcs.