‹ Bains et courses de Lunchon. Vrai guideChapitre 76 sur 208 · COURSE · texte numérisé non relu

COURSE

regard , qui n’y trouveront pas l’objet d’une pensée ! . . . . Qu’ils me dispensent de reproduire ici mon opinion à leur égard; je l’ai dite assez nettement dans V Ilinénéraire de la grande tournée des Bains.

Rejoignons le guide qui descend avec les provisions, quelques pas plus loin, pour disposer le déjeûner auprès de la fontaine.

Halte pour le déjeûner I h.

Tout en déjeunant et sans disconvenir que ce soit , une bonne chose à une telle heure et à une telle hauteur, ( 2,480 mètres ou 7,440 piç^s au-dessus du niveau de la mer), causons encore de ces glaciers dont nous avons sous les yeux le plus bel exemple qui soit aux Pyrénées.

fies glaciers, les moraines, les roclses

polies. — Un tel glacier est loin d’être comme, on pourrait le croire une masse inerte et simplement congelée. C’est au contraire le théâtre et l’agent des plus beaux phénomènes que présente la physique du globe.

Un glacier est sans cesse en mouvement, et dans sa marche, que rien ne saurait arrêter ni ralentir, il entraîne les blocs les plus lourds , il émousse et il sillonne les rochers les plus durs et les plus résistans. Voici ce qui se passe :

A cette hauteur, la température de l’air toujours basse

fort de vénasque.

est néanmoins très-variable et atteint fréquemment plusieurs degrés, soit au-dessus, soit au-dessous de zéro. Par conséquent le glacier, à sa surface extérieure, tantôt se contracte lorsque la température baisse , et tantôt se dilate et entre même en fusion lorsque la température s’élève au-dessus de zéro. A sa surlace inférieure il n’en est pas ainsi ; en raison de la chaleur centrale du globe et défendue contre les variations extérieures par le glacier lui-même, la roche, sur laquelle il repose, conserve toujours la même température qui suffit à produire continuellement une lente fusion de glacier. Ainsi la surface inférieure du glacier conserve une température invariable, température voisine de zéro, puisqu’il s’y produit une continuelle fusion. Lorsque la température baisse notablement à l’extérieur , et cela arrive au moins toutes les nuits et au moment du lever du soleil, la glace extérieure éprouve une contraction ou retrait d’où résulte un fendillement général et des fissures plus ou moins larges, plus ou moins profondes qui se produisent avec bruit et fracas sur toute la surface du glacier; ensuite lorsque les premiers rayons du soleil amènent une petite fusion de glace à l’extérieur , l’eau qui eu résulte remplit ces fissures dans lesquelles bientôt elle subit une congélation nouvelle. Mais en passant à l’état de glace, l’eau augmente toujours de volume, et comme on le sait rien ne résiste à la puissance de l’eau qui se congèle. D’un autre côté, en raison de la forme de ces fissures, l’eau en s’y congélant y produit l’effet de coins dont la puissance est également irrésistible. Ainsi dilaté et forcé par ces milliers de coins qui agissent sur toute sa masse à la fois, le glacier tout entier

se meut et se pousse du côté où il peut le plus facilement avancer. S’il est encaissé latéralement par la vallée ou par les crêtes de la montagne, il ne peut que descendre en avant, et c’est ce qui arrive le plus souvent. Voilà donc comment il se fait que le glacier soit toujours en mouvement et qu’il marche sans cesse en avant.

Or ce glacier, dont l’épaisseur est énorme et le poids incalculable , en se traînant sur la montagne, roule et frotte contre elle de tout son poids tous les débris de roche qui s’y trouvent naturellement, ceux qu’il détache dans son mouvement irrésistible et ceux qui , engagés depuis longues années dans les couches du glacier, arrivent enfin à la couche inférieure par suite de la fusion lente dont j’ai déjà parlé. De là , le poli des roches sur lesquelles marche le glacier, et de là aussi les stries nombreuses qui se remarquent sur ces roches polies. Ces stries sont produites par des arêtes de pierres dures traînées et pressées sur le sol par le glacier.

Mais à mesure que le glacier s’avance au-delà de la limite où la température n’est plus assez basse pour empêcher une complète fusion , il subit la loi de la chaleur. Là , est le terme de sa vie ; là , s’éteint sa marche et sa puissance; là, en se dissolvant il dépose humblement sa cendre et ses os. Sa cendre, tout ce sable qu’il traîne sous lui et avec lequel il polit la montagne ; ses os, ces énormes quartiers de roche que l’on voit à sa surface extérieure , dans l’épaisseur de sa masse et sous sa couche inférieure. Car les arêtes et les sommets de la montagne, perpétuellement déchirés par l’action de l’air, de la foudre, de la glace, du dégel et des avalanches, parsèment le glacier de leurs nombreux débris.

PORT DE VÉNASQÜE.

Le glacier emporte ces débris à sa surface et bientôt les cache dans son sein, en les couvrant chaque année d’une couche nouvelle , jusqu’à ce qu’ils parviennent à la couche inférieure pour lui servir alors à unir son lit de roche, ou bien jusqu’à ce qu’atteignant les limites du glacier , ils soient enfin délivrés de leur froide prison.

C’est ainsi qu’en avant du glacier, au point ou la température de l’air suffit pour le fondre incessamment, on voit une quantité considérable de débris de roches, les uns frottés , roulés et arrondis , d’autres encore complètement anguleux et tous mêlés d’un sable abondant, former une haute traînée , déposée par le glacier sur toute sa largeur, et par lui refoulés tous ensemble, lorsqu’à la faveur d’une plus basse température , il s'avance sans éprouver de fusion au-delà de sa limite ordinaire.

Ces traînées sont les moraines-, il n’y a point de gla-

cier sans moraine, et les moraines ont toutes la même origine; elles sont toutes le produit des déjections du glacier. Elles sont d’autant plus puissantes que le glacier est plus vaste et plus ancien ; car elles s’augmentent sans cesse des nouveaux débris que le glacier rejette chaque jour.

Il n’y a pas non plus de glacier sans roches polies. Telles sont donc les traces caractéristiques de tout glacier, les moraines et les roches polies et striées ; lesquelles ne sauraient être produites par aucune des autres causes qui agissent à la surface du globe. Les cours d’eau peuvent bien déposer des traînées de sable et de cailloux, mais en les disposant tout le long de leur cours, tandis que les moraines sont en travers des vallees dans une disposition toute contraire, et que les eaux courantes ne sauraient produire.

IlOL TE D ESPAGNE. ■ — 14.e COURSE.

Cependant, les moraines ne sont pas toujours aussi facilement reconnaissables. Lorsque le glacier est posé sur le flanc d’une haute montagne et lorsqu’à sa limite, au lieu d’une pente douce, se trouve un escarpement rapide comme cela se présente en avant du glacier d’Oo et en avant de celui de la Maledetta ; les déjections du glacier, au lieu de se ranger en cordon devant lui , tombent et roulent dans l’escarpement. La moraine se présente alors sous la foi me d un simple éboulement et ne produit sur la montagne qu un talus plus ou moins méconnaissable. Le glacier de la Maladetta rejette une telle quantité de débiis, qu on entend sans cesse le roulis des pierres qui tombent du glacier et qui en rendent sur plusieurs points l’approche dangereuse sinon impossible.

RETOUR. — Votre déjeûner est-il achevé?

Avez-vous bien vu, bien ressenti ce magnifique ensemble des monts maudits ? Songez bientôt au retour. On vous proposera de descendre jusqu’au trou du taureau ; je ne vousy engage pas. Il n’y a rien qui puisse satisfaire assez votre curiosité pour vous dédommager de deux heures et demie qu’il faudrait pour descendre et remonter au port de la Picade.

Du port de Vénasque où vous êtes encore, le plus court pour rentrer à Luchon serait de prendre la même route, mais quel touriste oserait se le permettre ? Passez par le port de

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