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De la cascade Barié à la cascade d’Enfer. 1 h

On reprend le chemin du Lys et 1 on admire tout autour de soi ces beaux arbres, hêtres, frênes et tilleuls reposant sur de gros blocs de roche . Ces roches elles-mêmes sont très-remarquables; les unes semblent sculptées en dentelles , d’autres paraissent tricotées, d’autres enfin sont entièrement compactes et d’une dureté excessive. Ce sont autant de variétés d eu) île • Mais comment ces arbres ont-ils pris naissance , comment se sont-ils développés sur ces roches nues et impénétrables? C est une question que chacun s’adresse et qui est souvent restée sans réponse. Voici 1 explication qui me parait la plus simple. J’admets que les roches qui por-

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tent ces arbres se trouvaient autrefois enfouies dans la terre végétale. Nés de graine à la surface de ce sol si fécond, les arbres ne purent pousser leurs racines sans rencontrer bientôt ces blocs d’eurite. Les racines durent en suivre les contours, s’enfoncer encore au-dessous deux et enlacer ainsi ces quartiers de roche. Plus tard de grandes eaux sont venues enlever la terre végétale ; les blocs de roche furent donc mis à nu aussi bien que les racines qui les enveloppent. Mais ces racines qui pénètrent profondément au-dessous de ces blocs s’enlacent encore sur d’autres roches sous-jacentes , si bien que les plus grandes eaux seraient désormais impuissantes à abattre ces arbres. Pour les arracher il faudrait une force capable de déchirer et rompre leurs racines ou bien de soulever à la fois cinq ou six de ces énormes blocs. Or ils sont engrainés tous ensemble et solidaires entr’eux comme ils le sont à l’égard de l’arbre qui les unit et qui les protège lui aussi contre la marche et l’active impulsion des torrens.

Au milieu de ces blocs et de ces arbres si étroitement unis se voient de grandes saillies de roche massive en place, c’est toujours de l’eurite *

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mais ce qu’il importe d’y remarquer ce sont ces surfaces polies et striées horisontalement qui se montrent le long du chemin : elles constatent l’action des glaciers qui remplissaient autrefois toute cette vallée aujourd’hui parée de verdure et de Heurs.

Cascade Richard. — A peine a-t-on dépassé ces arbres si étroitement unis aux rochers, que l’on voit, à gauche sur le gazon , un petit sentier jusqu’au torrent ; il vous mène à la cascade Richard, autre cataracte se brisant avec rage au milieu d’un gouffre d’une horrible beauté. M. Richard est un artiste distingué qui a beaucoup exploré les vallées Luchonnaises ; cette cascade lui est dédiée depuis long-temps. L’est devoir, c’est justice de lui conserver un tel nom.

Après avoir admiré quelques inslans les beaux mouvemens de la cascade Richard, on reprend encore le chemin du Lys. La vallée s ouvre aussitôt ; on arrive aux cabanes du plan de Casaux. Mais déjà l’esprit est absorbé par un spectacle magnifique : c’est la vue des monts glacés qui couronnent la vallée et dont 1 immense cadre grandit encore à chaque nouveau pas que Loti fait. Rien n’est plus saisissant que

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la vue de ces grandes montagnes livrées à la mort des frimais éternels. Il est vraiment à plaindre, je le répète, celui qui, en présence d’une telle manifestation du pouvoir sublime de Dieu , ne se sent nullement ému , et ne revient pas à l’humble pensée de sa faiblesse.

' Reconnaissez les principales tètes de ce magnifique tableau, toujours de gauche à droite: la tus de Maupas ( pic du mauvais pas ), les pics, les crêtes et les glaciers de Crabioules , el le pic Quairat derrière lequel se cachent les montagnes du port d’Oo.

Un peu plus loin on voit h droite un éboulemenl considérable de gros quartiers de roche. C’est le Cahos du Lys , fort peu de chose à côté > du célèbre cahos de Gavarnie.

Lorsque vous arrivez au centre de la vallée, faites une petite balte pour admirer dans tout son ensemble cette belle verdure, ces riches prairies; l’elfet toujours plus beau des glaciers de Crabioules; enfin, tout ce cirque de roches abruptes qui n’a pour issue que la porte d’enfer, et qui ne fut long-temps peuplé que par les pins et les sapins, ces habilans séculaires des lieux les plus sauvages'et les plus glacés.

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Entendez-vous mugir de toutes parts les cascades et les torrens ? Prenez garde, vous êtes dans le vestibule du trône de Plulon. Inspirezvous d’un souvenir de Proserpine ou d’Ænée et marchez droit à la cascade d’enfer. A ses côtés deux cascades aériennes ont déjà fixé vos regards, ce sont les ombres de Dietrich et de Palassou , les minéralogistes Pyrénéens qui eurent avec Pluton les relations les plus intimes.

Cascade Palassou. — Quelle soit dédiée à ce Pyrénéen célèbre , qui fut long-temps le patriarche des minéralogistes français, cette jolie cascade filiforme que vous voyez à gauche s’accrocher à la roche comme le mineur à son filon. Palassou, le marteau à la main, a exploré la chaîne entière des Pyrénées, il en a suivi toutes les couches, mesurant leurs directions et leurs inclinaisons et il a signalé des faits importans, notamment une roche qui porte encore son nom (ophite de Palassou). Or, cette ophite est par excellence la roche Plutonique de nos montagnes , celle qui dans toute la chaîne remplace les bazaltes et la lave des volcans. Palassou a composé plusieurs volumes de Mémoires sur les Pyrénées (1) ; il habitait Ogenne ,

(,) Ces Mémoires se vendent à Pau, chez É. Vicnascoub, édit.

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canton de Navarrenx , dans le Béarn, y est mort le 28 mai 1830, à l’âge de 85 ans.

Cascade Dietrich. — A droite vous voyez une cascade également filiforme, également accrochée aux sinuosités de la roche. N est-ce pas lame de Dietrich toujours en peine de découvrir quelque nouveau filon ou la trace de quelque métal précieux? Dietrich, qui est entré dans toutes les galeries, dans toutes les petites fouilles dont la chaîne est partout criblée , a fait sur les mines des Pyrénées le travail le plus complet, le plus énorme qui soit connu. Il a signalé et décrit trois ou quatre cents mines au moins dans nos montagnes -, beaucoup trop sans doute, mais qui n’en condamnent pas moins de toute la force d’une puissante voix l’oubli presque complet dans lequel on laisse les mines de toute espèce dont la nature a pris soin de doter notre chaîne.

On a dit souvent que les essais d’exploitation avaient tous échoué dans les Pyrénées, que décidément ces montagnes ne récèlent que des filons insuffisans. C’est là une double et profonde erreur. La preuve que tous les essais n’ont pas échoué dans nos montagnes, c’est

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qu’on retrouve encore sur plusieurs points de grands travaux, de longues galeries qui constatent d’anciennes exploitations faites sans nul doute avec avantage, puisqu’on les a si longtemps soutenues. Pourquoi donc les travaux plus récents sont-ils restés sans résultat? Pourquoi? La raison en est facile à donner. Les tentatives faites depuis 50 ans environ ont toutes péché par deux bases très-importantes. La plupart des cxploitans n’avaient pour tenter la fortune que de trop faibles avances qu’ils épuisaient avant d’avoir atteint le cœur de leur filon. Et , en outre , comment leurs travaux ont-ils été conduits ? de la manière la plus pitoyable , et presque toujours sous la direction d un simple piqueur , venu des ateliers d Allemagne ou du Piémont, et accepté chez nous comme maître mineur, directeur, ingénieur, géologue, chimiste, etc. De là mille fautes qui étaient commises : travaux ouverts sur des points mal choisis , direction de ces travaux toute contraire à celle qu’il eut été ralionel de leur donner, éboulemens , dégradations résultant d’imprévoyances grossières, constructions et machines impropres , produits accessoires utilisables rejetés par

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ignorance clans les déblais et qui devaient précisément former le bénéfice net de l’entreprise , etc,.... sans parler de dilapidations souvent inévitables entre gens sans nom et sans crédit. Les opérations de mines ne sont jamais de minces affaires. C’est les compromettre gravement, c’est risquer toute une fortune que de ne pas s’entourer, avant de les entreprendre, et pendant tout le cours des travaux, des lumières que peuvent fournir les hommes les plus spéciaux et les plus capables.

Cascade d’enfer- — Nous voici à la porte d’enfer. Descendez au pied de la cascade dont vous avez remarqué de loin les trois étages resserrés dans ce noir conduit qu’elle s’est verticalement creusée. Descendez, vous apprécierez mieux les détails qui se rattachent à cette belle cascade, si parfaitement dénommée la cascade d’en fer.

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