‹ Bajazet; tragédieChapitre 103 sur 161 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

ROXANE

De tout ce que je vois que faut-il que je pense 2? 1065

Tous deux à me tromper sont-ils d'intelligence?

1. La plaisanterie prend dans cette bouche qui tremble de colère des intonations lugubres. Elle tinte comme un glas fu/ièbre.

Cf. àcette scène Iphigénie^ acte II» scène v.

2. Ce monologue n'est pas déplacé. On conçoit que Roxane éprouve le besoin de se recueillir.

« Je ne sais rien de plus agité, de plus tumultueux que le monologue où Roxane, détrompée une seconde fois sur les sentiments de Bajazet, examine la situation et interroge son cœur. Elle ne sait que croire. Quel affront pour elle si cela était vrai ! Et puis elle se raccroche a l'espérance: s'ils étaient vraiment d'intelligence, que leur en coûterait-il de feindre un jour de plus ? Et elle se rassure. Après tout, Atalide n'a rien fait pour lui ; Atalide ne l'a pas couronné. Mais comme cette raison lui paraît faible à regarder de près !

Les bienfaits dans un cœur balancent-ils Tamour? Âi-je mieux reconnu le& bontés de son frère?

Ce retour sur soi-même est un trait de génie. » (F. Sargey, Le Temps, 11 avril 1887.)

Le monologue à la scène n'est vraisemblable que dans les moments de trouble extrême, où le personnage éprouve le besoin de mettre en ordre ses idées. Laféalité est pleine de ces soliloques, aux heures d'agitation intérieure. Mais de plus, pour qu'il soit intéressant au théâtre, il faut qu'il renferme un conflit de deux sentiments opposçs qui luttent. A vrai dire, le monologue au théâtre est toujours un dialogue : le personnage, hésitant entre deux parties, se dédouble ien<deux personnes qui parlent chacune à leur tour.

MiCHONNET, seul, écoutaitt ver* «a gauche.

enchaînés

plaudit.)

je deviens fou, je ris, je pleure... Je meurs do douleur et de joie ! Oh! Adrienne. en Vécoutant, j'oublie tout... (Cherchant aut.our de lui), niênie les accessoires... Où est donc la lettre de Zatime ? Je la tenais tout à l'beure !... Ësl-ce que je l'aurais perdue ? Pour la

'heure!... Est-ce que je l'aurais perdue ? Pour la première fois depuis.vingt ans, il y aumt erreur ou une omission par ma faute... C'est qu'une lettre turque n'est pas comme une autre, cela ne se remet point par la petite poste.

(Adrienne Leaomfreur,&Qt. II, se. vm.)

1 24 B AJAZET

Pourquoi ce changement, ce discours, ce départ ^ 1

N'ai-je pas môme entre eux surpris quelque regard ?

Bajazet interdit ! Atalide étonnée 2 1

O ciel I à, cet affront m'auriez-vous condamnée ? 1070

De mon aveugle amour seraient-ce là les fruits ?

Tant de jours douloureux, tant d*inquiétes nuits;

Mes brigues, mes complots, ma trahison fatale,

N*aurais-je tout tenté que pour une rivale^?

Mais* peut-être qu'aussi, trop prompte à m'affliger, 1075

J'observe de trop près un chagrin passager :

J*impute à son amour l'eflFet de son caprice.

N'eût-il pas jusqu'au bout conduit son artifice^?

Prêt à voir le succès de son déguisement.

Quoi! ne pouvait-il pas feindre encore un moment?

Non, non, rassurons-nous : trop d'amour m'intimide. 1080

Et pourquoi dans son cœur redouter Atalide "?

Quel serait son dessein? qu'a-t-elle fait pour lui<^?

Qui de nous deux enfin le couronne aujourd'hui ?

Mais, hélas! de l'amour ignorons-nous Pempire'? 1085

Si par quelque autre charme^ Atalide l'attire,

Qu'importe qu'il nous doive et le sceptre et le jour?

1. Au vers 1032, où Bajazet lui a brusquement brûlé la politesse.

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