‹ Bajazet; tragédieChapitre 139 sur 161 · Une circonstance atténuante d'une délicatesse exquise · texte numérisé non relu

Une circonstance atténuante d'une délicatesse exquise

Un si noble présent me fit ouvrir les yeux.

Je chéris, j'acceptai, sans tarder davantage,

L*h^ureuse occasion de sortir d*esclavage ^,

D'autant plus qu*il fallait Taccepter ou périr;

D'autant plus que vous-même, ardente à me l'offrir, 1510

Vous ne craigniez rien tant que détre refusée;

Que même mes refus vous auraient exposée ;

Qu'après avoir osé me voir et me parler,

Il était dangereux pour vous de reculer.

Cependant, je n'en veux pour témoin^ que vos plaintes, 1515

Ai -je pu vous tromper par des promesses feintes 3?

Songez combien de fois vous m'avez reproché

Un silence témoin* de mon trouble caché ^ :

Plus l'effet de vos soins et ma gloire étaient proches 6,

Plus mon cœur interdit se faisait de reproches "ï, 1520

Le ciel, qui m'entendait, sait bien qu'en même temps

Je ne m'arrêtais pas à des vœux impuissants :

Et si l'effet enfin, suivant mon espérance,

Eût ouvert un champ libre à ma reconnaissance,

J'aurais, par tant d'honneurs, par tant de dignités, 1525

Contenté votre orgueil et payé vos bontés^

Que vous-même peut-être...

ROXANE

Et que pourrais-tu faire ^ ?

Sans l'offre de ton cœur, par où peux-tu me plaire ^^ ? Quels seraient de tes vœux les inutiles fruits ? Ne te souvient-il plus de tout ce que je suis ? 1530

Maîtresse du Sérail, arbitre de ta vie,

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