‹ Bajazet; tragédieChapitre 159 sur 161 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

ATALIDE, ZAÏRE

ATALIDE

Enfin, c*en est donc fait; et, par mes artifices s,

Mes injustes soupçons, mes funestes caprices,

Je suis donc arrivée au douloureux moment 1725

Où je vois par mon crime expirer mon amant!

N'était-ce pas assez, cruelle destinée,

Qu*à lui survivre, hélas ! je fusse condamnée?

Et fallait-il encor que, pour comble d'horreurs,

Je ne puisse imputer sa mort qu'à mes fureurs®? 1730

Oui, c'est moi, cher amant, qui t'arrache la vie*^;

Roxane, ou le Sultan, ne te l'ont point ravie :

Moi seule, j'ai tissu le lien malheureux

Dont tu viens d'éprouver les détestables nœuds.

1. Consulter, pris comme verbe neutre avec le sens de délibérer avec soimême. De même dans le Cid, III, ii :

Je ne consulte point pour suivre mon devoir.

2. Il e£face pour le moment sa personnalité, quitte à reparaître plus tard quand le moment sera venu d'en recauser.

3. Il compte donc bien, quoi qu'il en ait dit, sauver « cette tête coupable » (vers 1712).

k. Son plan est déjà fait : poursuivre la révolte, forcer la sortie du palais, et fuir. Amurat en rentrant ne trouvera plus personne. Cette fois, ce ne sera plus un faux départ comme au vers 87^

5. C'est Atalide qui a les honneurs du dénoûment. C'est encore une preuve de l'importance que Racine accordait à ce rôle. Il a refusé à celui de Roxane les honneurs d'une dernière grande scène. (Cf. vers 1635.)

6. Ces vers résument toute la marche de la pièce qui a été conduite par la seule Atalide, par ses « artifices », ses « soupçons )• et ses « caprices ».

Atalide exprime ici les sentiments qu'éprouvait le spectateur aux scènes m et IV de l'acte III.

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