BAJAZET, ATALIDE
Hé bien! c'est maintenant qu'il faut que je vous laisse, 665
Le ciel punit ma feinte, et confond votre adresse;
Rien ne m'a pu parer contre ses derniers coups ^ :
11 fallait ou m<>urir, ou n'être plus à vous.
De quoi nous a servi cette indigne contrainte?
Je meurs plus tard : voilà tout le fruit de ma feinte. 670
Je vous l'avais prédit : mais vous l'avez voulu 2;
J'ai reculé vos pleurs autant que je l'ai pu^.
Belle Atalide, au nom de cette complaisance,
Daignez de la Sultane éviter la présence :
Vos pleurs vous trahiraient, cachez-les à ses yeux^, 675
Et ne prolongez point de dangereux adieux.
ATALIDE
Non, Seigneur. Vos bontés pour une infortunée
Ont assez disputé contre la destinée.
11 vous en coûte trop pour vouloir m'épargner :
Il faut vous rendre; il faut me quitter et régner. 680
Vous quitter!
ATALIDE
Je le veux. Je me suis consultée.
1. « On dit parer des coups et se garantir des coups. Parer ne peut s'appliquer aux personnes que comme verbe rélléchi suivi de la particule de : se parer des embiiclies de l'ennemi, se parer du soleil ; mais on ne pourrait pas dire séparer contre L'ennemi. » (La Harpe.) Racine a employé le mot plus correctement dans Athalie, vers 1737 :
De ce coup imprévu songeons à nous parer.