QUE PEUT PRODUIRE CETTE MACHINE , BIEN APPLIQUEE
En 1817, j'ai présente à l'Académie des sciences un mémoire sur un balancier hydraulique que je voulais faire, et où était la planche ci-jointe à ce mémoire. Elle avait nommé une commission pour juger cette machine , composée de MM. de Pronj, Biot, et Gérard rapporteur, qui a fait le rapport ci-après.
La même année , j'ai construit ce balancier avec deux coffres ayant une superficie d'un mètre, et i3 pouces de hauteur pour l'eau;
mais leurs trois côtés étaient plus hauts de
4 pouces. La hauteur de la chute d'eau était de
5 pieds 9 pouces. Je n'avais de chute véritable que 4 pieds, parce qu'il a fallu ôter i4 pouces pour l'entrée de l'eau, et y pouces pour sa sortie, comme on le voit dans la planche ci-jointe. Ainsi, je n'avais que la force motrice de g pieds trois quarts cubes, tombant de 4 pieds.
J'ai fait un barrage plus bas que la sortie de l'eau pour mesurer la quantité qui s'en écoulerait dessous cette machine^ et celle qui s'élèverait par deux pompes, placées l'une et l'autre des deux côtés du balancier, et qui s'écoulerait dans un bassin fait exprès. J'ai trouvé que cette machine ne perdait de la force motrice de l'eau descendante que ii à 23 pour loo.
Si je n'avais pas vendu ma fabrique à la fin de 1823, j'aurais fait un autre balancier qui aurait eu une toise de superficie, sur i5 pouces de hauteur pour l'eau, dans ses deux coffres de bois , outre le plus de la hauteur sur leurs trois côtés. J'aurais placé cette machine sur une chute d'eau de 1 1 pieds 4 pouces , dont il aurait fallu ôter 16 pouces pour l'entrée de l'eau et 10 pouces pour la sortie. Il ne serait resté que 9 pieds 2 pouces de chute véritable pour 45 pieds cubes d'eau ; ce qui aurait donné une force plus grande de 10 et un quart, en corn-
paraison du premier balancier, qui n'eu avait qu'un.
Par suite de la dimension nouvelle de cette machine, j'aurais beaucoup diminué la résistance des frottemens, et par conséquent une partie des 22 à 25 centièmes que j'avais , dans mon premier balancier, de moins en force :
i". Parce que le balancier n'aurait pesé que quatre fois plus , et que le frottement des coffres , en descendant , aurait beaucoup diminué dans les 5 pieds et 2 pouces plus bas , en raison de la vitesse plus grande de la chute sur un plan perpendiculaire, incliné seulement de 5 lignes par pied, et glissant sur six poulies en cuivre, roulantes sur trois rainures en fer, incrustées dans la charpente, qui serait soutenue de l'autre côté par une maçonnerie ;
2°. Parce que les deux pompes n'auraient eu qu'un diamètre double et une hauteur proportionnée.
Ces deux espèces de frottemens, ainsi que celui de l'eau montante , n'auraient pas été, à beaucoup près, dix fois plus grands que dans mon premier balancier.
Ensuite, je perdais, dans mon premier balancier, sur la chute de l'eau 21 pouces sur 69 , ou 5o5 millièmes; et sur le second, j'aurais perdu ?6 pouces sur i36, ou 199 millièmes :
différence io4 millièmes (ou pius d'un tiers) de plus dans mon premier balancier.
D'après cela, je ne doute pas que l'on diminuerait d'autant plus les 22 a 20 centièmes de perte que j'éprouvais, que l'on ferait mon balancier sur une plus grande dimension et sur une chute d'eau plus haute. Mais, n'eùt-on perdu que 22 à 23 centièmes, ce serait encore un moyen d'employer plus utilement la force de l'eau tombante que par presque toutes les machines hydrauliques connues, et surtout avec moins de dépenses et d'entretien que pour les autres.
On dira peut-être que ce balancier ne donne qu'un mouvement d'oscillation ; mais c'est celui de toutes les machines à vapeur que l'on emploie à toutes les espèces d'usines. Même avec les roues hydrauliques, il faut faire un engrenage pour donner une rotation horizontale, comme dans les moulins à farine, etc. , etc. Ensuite il y a beaucoup d'usines auxquelles il ne faut qu'un mouvement de va-et-vient, comme dans les scieries, les bocards, le polissage des glaces, du marbre, les pompes, les soufflets. Dans tous ces cas, l'arbre qui porte les bras de mon balancier peut élever ou traîner tout ce qui doit redescendre ou se retirer par son propre poids , ou par un contre-
poids , et cela sans aucun engrenage ni frottement,
J'ai cru qu'en publiant les résultats réels de mon premier balancier, et le perfectionnement qu'il pourrait recevoir en le faisant plus en grand et sur une chute d'eau plus haute , je rendrais service à tous ceux qui, voulant faire de nouvelles usines mues par l'eau, ou à ceux qui , désirant augmenter la force qu'ils en obtiennent, viendraient à en prendre connaissance. C'est ce qui m'a décidé à rendre publique cette machine , plus qu'elle ne l'a été jusqu'à présent, ainsi que les résultats que j'en ai obtenus.